Sommaire
1 Le temps dans l’expĂ©rience humaine
1.1 La dimension objective et la dimension subjective du temps
1.2 L’« humanisation » du temps
2 Le temps dans l’expĂ©rience chrĂ©tienne
2.1 Le temps dans la Sainte Écriture
2.2 Le culte comme mémorial
2.3 La compréhension liturgique du temps
2.3.1 L’objet de la cĂ©lĂ©bration chrĂ©tienne
2.3.2 Dans l’histoire, vers la plĂ©nitude du Royaume
2.3.3 Cercle, ligne, spirale
2.3.4 Année, mois, jour et heure
3 L’annĂ©e liturgique chrĂ©tienne
4 La réforme de Vatican II
4.1 La structure actuelle de l’annĂ©e liturgique
4.1.1 Le cycle ou temps de Noël
4.1.2 Le cycle ou temps pascal
4.1.3 Le temps ordinaire
4.1.4 Autres fĂŞtes de l’annĂ©e liturgique
4.2 Le temps liturgique comme mystagogie de l’Église
1 Le temps dans l’expĂ©rience humaine
Le temps est, avant tout, une expĂ©rience fondamentale et dĂ©terminante de l’ĂŞtre humain. Avec l’espace, ce sont les deux coordonnĂ©es fondatrices de son expĂ©rience : nous sommes et nous nous dĂ©plaçons dans un lieu et dans un devenir. Tout ĂŞtre humain est conçu, naĂ®t et vit, jusqu’Ă sa mort, immergĂ© dans ces deux dimensions. Depuis l’espace protĂ©gĂ©, chaud et nutritif de l’utĂ©rus maternel, radicalement abandonnĂ© Ă la naissance pour entrer dans le grand espace du monde, bien moins aimable que le sein de la mère, l’ĂŞtre humain transite, habite et domestique l’espace naturel ou celui qu’il construit lui-mĂŞme pour vivre.
Il en va de mĂŞme pour le temps, que l’homme expĂ©rimente comme une Ă©volution continue (un devenir continu), sans retour en arrière, perceptible dans le changement, le renouvellement et le vieillissement des choses et des personnes, impossible Ă arrĂŞter. « Change, tout change », dit une chanson populaire latino-amĂ©ricaine bien connue, qui exprime non seulement l’expĂ©rience de l’inĂ©vitable changement, mais aussi celle de la persistance de la mĂ©moire et des valeurs humaines.
Le temps est l’expĂ©rience que tout peut ĂŞtre mesurĂ© en termes de durĂ©e. Il donne Ă l’ĂŞtre pensant un passĂ©, un prĂ©sent et un futur, qui est Ă la fois individuel et social. Le temps et l’espace dĂ©terminent l’homme en tant qu’individu et en tant qu’ĂŞtre social, rendant possible et limitant en mĂŞme temps son existence, qui est radicalement spatio-temporelle. L’homme ne peut Ă©chapper Ă la rĂ©alitĂ© d’ĂŞtre situĂ© dans ces deux dimensions, et peut les expĂ©rimenter comme des zones de libertĂ© ou, aussi, de limitation.
L’expĂ©rience du temps rĂ©side dans l’esprit et les Ă©motions, plus que dans les sentiments. Il est plus difficile Ă saisir, Ă dĂ©finir, Ă mesurer et Ă contrĂ´ler que l’espace. C’est une expĂ©rience qui Ă©veille un sentiment de fragilitĂ©, d’impuissance, de dĂ©pendance Ă des forces incontrĂ´lables. C’est pourquoi l’ĂŞtre humain a toujours cherchĂ© Ă le contrĂ´ler, Ă le maĂ®triser et Ă le surmonter, se heurtant Ă l’impossibilitĂ© objective de le faire, car il est comme un fleuve impĂ©tueux qui ne peut ĂŞtre arrĂŞtĂ©. Cette expĂ©rience mène au sentiment religieux. La religion a la capacitĂ© d’incliner en faveur de l’homme un devenir qui effraie, en lui donnant un sens ; ou de construire, Ă travers sa ritualitĂ©, l’illusion de le contrĂ´ler et de le maĂ®triser.
La première et la plus rĂ©pandue des actions de contrĂ´le du temps par l’homme est sa mesure et, pour cela, il a l’aide de la nature elle-mĂŞme.
1.1 La dimension objective et la dimension subjective du temps
Il existe des rythmes qui aident l’ĂŞtre humain Ă mesurer le temps. Parmi ceux qui appartiennent Ă la nature humaine elle-mĂŞme, il y a les rythmes biologiques : les battements du cĹ“ur et la respiration sont des caractĂ©ristiques de sa corporĂ©itĂ©. Parmi ceux que l’homme observe dans la nature, il y a les rythmes cosmiques, comme le trajet quotidien du soleil d’est en ouest, la succession du jour et de la nuit, les mois dĂ©terminĂ©s par les phases de la lune et le mouvement des Ă©toiles qui, liĂ© aux saisons de la nature, dĂ©termine la durĂ©e d’une annĂ©e.
BasĂ© sur ces rythmes naturels, l’homme a créé des rythmes sociaux tels que l’heure, la semaine et le mois, qui, dans leur durĂ©e objective, ont beaucoup variĂ© d’une Ă©poque Ă l’autre et d’une culture Ă l’autre. L’ĂŞtre humain n’a pas seulement besoin de mesurer le temps. Il est Ă©galement capable de gĂ©nĂ©rer un horizon temporel et de distinguer, dans sa conscience, entre le moment prĂ©sent, le passĂ© et l’avenir. Cet horizon dĂ©pend de l’âge et du dĂ©veloppement intellectuel et est dĂ©terminĂ© par la situation sociale de chaque personne. De mĂŞme, l’horizon temporel d’un groupe humain dĂ©pend, entre autres facteurs, de son dĂ©veloppement Ă©conomique, social et culturel.
Il faut donc distinguer entre le temps subjectivement vĂ©cu et le temps objectivement mesurĂ©. Dans les deux cas, il s’agit du temps pour l’ĂŞtre humain, puisque sa perception et sa mesure sont intimement liĂ©es Ă la conscience et Ă l’intelligence de l’homme.
Le temps mesurĂ© objectivement peut ĂŞtre dĂ©terminĂ© Ă la fois par les rythmes biologiques et cosmiques, et par les systèmes de mesure conçus par l’ĂŞtre humain. Le temps subjectivement vĂ©cu, cependant, est dĂ©terminĂ© par les Ă©vĂ©nements qui marquent la vie humaine personnelle ou sociale. Toute pĂ©riode de la vie d’une personne est vĂ©cue comme « courte » ou « longue », selon qu’elle est amusante ou ennuyeuse, importante ou banale, heureuse ou douloureuse. Qui n’a jamais ressenti comme interminables les dix minutes d’attente dans une file Ă la banque, et comme extrĂŞmement courtes ces mĂŞmes dix minutes partagĂ©es avec la personne aimĂ©e ? Par consĂ©quent, ce n’est pas le temps en soi, mais ce qui s’y passe, qui dĂ©termine l’expĂ©rience temporelle.
1.2 L’« humanisation » du temps
L’ĂŞtre humain tente de maĂ®triser le flux imparable du temps par sa mesure et son organisation. Cependant, toutes les formes de mesure du temps sont basĂ©es sur une conception prĂ©alable de celui-ci ; ces conceptions sont essentiellement au nombre de deux : la cyclique et la linĂ©aire.
La conception cyclique, exprimĂ©e graphiquement par le cercle, est typique des cultures les plus archaĂŻques, puisque son origine se trouve dans les rythmes de la nature. Cela explique pourquoi les catĂ©gories de l’annĂ©e, du mois et du jour existent dans le monde entier : elles sont facilement saisissables dans l’expĂ©rience quotidienne.
La forme linĂ©aire perçoit le temps comme un devenir permanent, sans possibilitĂ© de retour en arrière, reprĂ©sentĂ© graphiquement par une ligne qui avance toujours. Sa mesure consiste Ă segmenter cette ligne en pĂ©riodes. En elle, l’objectif, le « jusqu’oĂą » la ligne va, ou oĂą elle se termine, acquiert une importance fondamentale. La tradition judĂ©o-chrĂ©tienne adhère fondamentalement Ă cette conception du temps.
L’alternance du jour et de la nuit est le modèle le plus immĂ©diat pour mesurer le temps. Mais la durĂ©e de la lumière et de l’obscuritĂ© qui y sont liĂ©es varie beaucoup d’une rĂ©gion Ă l’autre et d’une saison Ă l’autre. Ainsi, l’ingĂ©niositĂ© humaine a inventĂ© des instruments qui mesurent les heures du jour, indĂ©pendamment du facteur clair-obscur : les cadrans solaires, les horloges Ă eau et, finalement, seulement au XIVe siècle, l’horloge mĂ©canique. Celle-ci s’est massifiĂ©e au XIXe siècle avec la production en sĂ©rie de montres de poche et de montres-bracelets. Au dĂ©but du XXe siècle, le système temporel a Ă©tĂ© universalisĂ© en Ă©tablissant l’heure de Greenwich (GMT – Greenwich Mean Time) comme standard de temps, ce qui a favorisĂ© l’organisation du temps pour un monde de plus en plus globalisĂ© dans les domaines de la production, du transport et de la mobilitĂ© humaine.
Le mois, d’autre part, est une unitĂ© complexe. Bien qu’il ait un appui naturel Ă©vident dans les phases de la lune, il est vĂ©cu comme faisant partie d’un segment plus grand, qui est l’annĂ©e. Cependant, la durĂ©e du cycle solaire, que nous appelons annĂ©e, ne coĂŻncide pas avec la division en mois basĂ©e sur le cycle lunaire. Cela a conduit Ă diffĂ©rentes solutions : le calendrier islamique a adoptĂ© le cycle lunaire, divisant l’annĂ©e en douze mois lunaires, de sorte que son annĂ©e est dix jours plus courte que l’annĂ©e solaire ; ou comme l’a fait le calendrier julien, qui a pris le cycle solaire comme base et a standardisĂ© les douze cycles lunaires pour qu’ils s’y conforment.
La semaine est diffĂ©rente du jour, du mois et de l’annĂ©e, car elle n’est pas liĂ©e Ă des cycles naturels, sauf dans les cultures oĂą s’est imposĂ©e la semaine de sept jours, qui reprĂ©sente presque un quart de la durĂ©e du cycle lunaire, qui est de 29,5 jours.
La semaine est d’origine culturelle. Par consĂ©quent, dans les temps anciens, elle Ă©tait diffĂ©rente selon les sociĂ©tĂ©s. En MĂ©sopotamie et en IsraĂ«l, la semaine comptait sept jours. Les anciens Romains avaient une semaine de huit jours, les Chinois une de dix, et dans plusieurs cultures d’Afrique de l’Ouest, d’Asie du Sud-Est et d’AmĂ©rique centrale, il y avait des semaines d’environ trois et six jours. Ce qui leur Ă©tait commun Ă toutes, c’Ă©tait le schĂ©ma toujours rĂ©current de certains jours, probablement pour rĂ©guler certaines activitĂ©s rĂ©pĂ©titives, comme les jours de marchĂ©. De nombreuses sociĂ©tĂ©s connaissaient, dans le système hebdomadaire, un jour de soulagement spĂ©cial, gĂ©nĂ©ralement fondĂ© sur la religion : le shabbat du judaĂŻsme, le dimanche du christianisme et le vendredi de l’islam.
2 Le temps dans l’expĂ©rience chrĂ©tienne
L’expĂ©rience humaine du temps et son organisation sociale sont intimement liĂ©es Ă la conscience religieuse de l’homme. Dans toutes les religions, le temps joue un rĂ´le important, mais la conception du temps et le comportement religieux et cultuel Ă son Ă©gard, qui dĂ©coulent de cette comprĂ©hension, sont très variĂ©s. La conception biblique et liturgique chrĂ©tienne n’est que l’une d’entre elles.
2.1 Le temps dans la Sainte Écriture
L’expĂ©rience biblique du temps est Ă la base de la signification que la liturgie chrĂ©tienne lui attribue. Le Dieu chrĂ©tien est le Dieu-homme, le Dieu-avec-nous, le Dieu qui s’incarne et assume non seulement la beautĂ© de sa crĂ©ation et de ses crĂ©atures, mais aussi leurs limites et leurs conditionnements. C’est le Dieu qui s’est fait chair, fragile, limitĂ©e et corruptible, situĂ© dans les coordonnĂ©es fondamentales du temps et de l’espace. Cela dĂ©termine radicalement la liturgie, tout comme le mystère pascal du Christ, qui reprĂ©sente le dĂ©passement de tout conditionnement, y compris celui du temps : le RessuscitĂ© introduit l’humanitĂ© dans la nouvelle Ă©ternitĂ©, dans un temps nouveau, qui attend sa seconde venue, la dĂ©finitive.
Dans la Bible prĂ©domine une idĂ©e du temps qui le considère comme le cadre de l’action de Dieu et de la rĂ©vĂ©lation du dessein divin dans l’histoire. C’est fondamentalement une conception linĂ©aire du temps, Ă l’exception du livre de QohĂ©let, qui introduit une conception cyclique et fataliste, caractĂ©ristique du monde hellĂ©nique, dont la culture a dominĂ© la Palestine Ă partir des conquĂŞtes d’Alexandre le Grand au IVe siècle av. J.-C.
Avant tout, le temps dans la Bible est l’histoire du salut. Le temps est l’histoire dans laquelle Dieu rĂ©vèle son projet salvifique, manifeste sa volontĂ© en appelant des personnes concrètes, convoque et rassemble un peuple qui lui appartient, le libĂ©rant en permanence de l’esclavage et du pĂ©chĂ©, le conduisant jusqu’Ă l’accomplissement de ses promesses.
Cette promesse s’accomplit pleinement en JĂ©sus-Christ, l’irruption de Dieu dans l’histoire humaine, dans l’incarnation et dans sa vie historique. Cette irruption, le jour favorable du salut, ne se termine pas avec la vie humaine de JĂ©sus de Nazareth, mais inaugure l’Ă©ternitĂ© dĂ©finitive, le temps de la plĂ©nitude qui n’attend que sa consommation Ă la parousie, la venue dĂ©finitive du Christ glorieux. Le concept de « royaume » de Dieu, inaugurĂ© par JĂ©sus-Christ, est un concept temporel et non prĂ©cisĂ©ment gĂ©ographique. Il Ă©quivaut au « règne » de Dieu, c’est-Ă -dire Ă l’instauration de sa souverainetĂ©. JĂ©sus a affirmĂ© que ce règne Ă©tait dĂ©jĂ au milieu de son peuple en raison de ses interventions salvatrices (Lc 11,20). Sa propre irruption dans l’histoire Ă©tait dĂ©jĂ le dĂ©but du règne, et la rĂ©surrection des morts a ouvert la porte du temps dĂ©finitif, traçant ainsi la ligne vers la consommation de sa venue eschatologique.
2.2 Le culte comme mémorial
Dans cette idĂ©e du temps, le culte acquiert une signification particulière. Les grandes fĂŞtes annuelles de l’Ancien Testament, qui Ă l’origine Ă©taient des fĂŞtes de la nature, cycliques, ont Ă©tĂ© historicisĂ©es. Leur contenu original a Ă©tĂ© remplacĂ© par des actions salvifiques de Dieu dans l’histoire. Les festivitĂ©s se sont transformĂ©es en fĂŞtes mĂ©morielles, qui rappelaient des faits salvifiques du passĂ©. Ă€ travers des paroles et des actions rituelles, ces Ă©vĂ©nements actualisaient (rendaient prĂ©sent) le salut de Dieu et, en mĂŞme temps, promettaient le salut dĂ©finitif pour l’avenir.
Le rituel est devenu un signe mĂ©moriel de ce qui s’Ă©tait passĂ© Ă un moment donnĂ©, une expression de fidĂ©litĂ© aux prĂ©ceptes divins et un signe d’espoir dans l’accomplissement futur de la promesse de Dieu. C’est sa fidĂ©litĂ© qui actualise dans le prĂ©sent le salut dĂ©jĂ accompli et le promet pour l’avenir.
Cette comprĂ©hension du temps et de l’action cultuelle au fil de celui-ci se retrouve tant dans la liturgie de la synagogue que dans la liturgie de notre Église chrĂ©tienne.
2.3 La compréhension liturgique du temps
Le temps est l’Ĺ“uvre de Dieu et Lui appartient, comme tout ce qu’Il a créé. Dieu existe de toute Ă©ternitĂ© et pour toujours, c’est-Ă -dire en dehors du temps et non soumis Ă sa domination. Le « temps » de Dieu est appelĂ© Ă©ternitĂ©. Il est l’auteur, le crĂ©ateur et le seigneur du temps.
Dans le temps, la vie humaine se dĂ©ploie, prenant conscience du devenir, en faisant une histoire. Le christianisme est une religion historique. Sa liturgie est Ă©galement historique, dans un double sens : elle cĂ©lèbre l’histoire et est cĂ©lĂ©brĂ©e dans l’histoire.
2.3.1 L’objet de la cĂ©lĂ©bration chrĂ©tienne
Qu’est-ce que notre liturgie cĂ©lèbre prĂ©cisĂ©ment de l’histoire ? Le point central de la liturgie chrĂ©tienne est le mystère pascal du Christ, c’est-Ă -dire les Ă©vĂ©nements historiques de sa mort et de sa rĂ©surrection. Ils constituent le sommet et l’articulation du temps chrĂ©tien. Dans la liturgie, on cĂ©lèbre un Dieu qui, selon la rĂ©vĂ©lation, n’est pas seulement le crĂ©ateur de tout ce qui existe, mais qui se manifeste aussi en libĂ©rant et en sauvant l’homme dans l’histoire, parce qu’il s’est lui-mĂŞme fait histoire du salut.
Les interventions libĂ©ratrices de Dieu dans l’histoire du salut, passĂ©e, prĂ©sente et future, se concentrent sur l’Ă©vĂ©nement du Christ, sur son mystère pascal. Et c’est prĂ©cisĂ©ment ce mystère pascal que l’Église cĂ©lèbre toujours dans toutes les liturgies. Comme le mystère pascal est la synthèse de l’histoire du salut, la liturgie est son « moment » privilĂ©giĂ©, son actualisation. Elle cĂ©lèbre cette histoire dans la mesure oĂą elle est remplie par les interventions libĂ©ratrices de Dieu, avant et après l’incarnation. Elle ne cĂ©lèbre pas seulement la mort et la rĂ©surrection du Christ, mais toute sa vie, terrestre, prĂ©existante et glorieuse, son message et ses propres actes salvifiques.
2.3.2 Dans l’histoire, vers la plĂ©nitude du Royaume
La liturgie est cĂ©lĂ©brĂ©e dans l’histoire. Ce n’est pas une action intemporelle, elle ne prĂ©tend pas « surmonter » le temps. Elle n’est pas cĂ©lĂ©brĂ©e en tournant le dos Ă l’histoire, mais immergĂ©e dans l’histoire rĂ©elle, car elle actualise les irruptions salvifiques passĂ©es de Dieu dans l’histoire prĂ©sente, qui est, elle aussi, la continuation de l’histoire du salut.
La liturgie chrĂ©tienne ne prĂ©tend donc ni surmonter ni dominer le temps, mais au contraire, en lui, qui est le théâtre de l’histoire du salut, elle fait « renaĂ®tre » l’histoire rĂ©elle des ĂŞtres humains, en la submergeant dans le mystère du Christ pour que les croyants cĂ©lèbrent les interventions libĂ©ratrices de Dieu comme un jour permanent de salut : l’aujourd’hui du mystère pascal qui se rend prĂ©sent dans la vie concrète de l’Église.
2.3.3 Cercle, ligne, spirale
Dans la liturgie, se rassemblent les trois temps qui distinguent notre conscience : le passĂ©, avec toute sa richesse d’interventions de Dieu ; le prĂ©sent, avec les circonstances concrètes et dĂ©terminantes de l’assemblĂ©e qui cĂ©lèbre ; et le futur, comme but eschatologique qui mobilise l’espĂ©rance et l’engagement des chrĂ©tiens : « Nous annonçons ta mort, nous proclamons ta rĂ©surrection. Viens, Seigneur JĂ©sus ! », disons-nous dans l’acclamation, après le rĂ©cit de l’institution de l’eucharistie. La liturgie est cĂ©lĂ©brĂ©e dans la tension d’une ligne qui avance vers la rencontre dĂ©finitive avec le Seigneur de l’histoire.
Dans le temps liturgique chrĂ©tien, il y a une synthèse des deux grands systèmes d’organisation temporelle, le cyclique et le linĂ©aire. Il est organisĂ© autour des cycles naturels du jour, du mois et de l’annĂ©e et, surtout, comme l’a soulignĂ© le Concile Vatican II, autour du cycle culturel-religieux de la semaine de sept jours, avec le dimanche comme jour principal. Le monde occidental, influencĂ© par le christianisme, a dĂ©terminĂ© le dĂ©but de son calendrier, l’an zĂ©ro, en fonction de la naissance de JĂ©sus-Christ. Aujourd’hui, grâce Ă des Ă©tudes qui ont corrigĂ© les calculs du passĂ©, nous savons que la naissance de JĂ©sus a eu lieu, en fait, entre les annĂ©es 4 et 7 avant l’an 0.
Selon la conception cyclique, la liturgie chrĂ©tienne est rythmĂ©e par les heures du jour, dans la sĂ©quence hebdomadaire marquĂ©e par le dimanche, et par l’annĂ©e, qui reçoit plusieurs noms : « annĂ©e liturgique », « annĂ©e ecclĂ©siale », « annĂ©e du Seigneur ». Pour rĂ©partir la richesse de la Bible dans les lectures des diverses cĂ©lĂ©brations, le temps liturgique est organisĂ©, depuis la rĂ©forme du Concile Vatican II, en un cycle de trois ans : A, B et C. La liturgie des heures organise les textes bibliques de l’office des lectures en un cycle de deux ans, An Pair et An Impair. L’Église universelle a Ă©tabli une annĂ©e jubilaire tous les 50 ans. Tous ces schĂ©mas se rĂ©pètent de manière circulaire, une unitĂ© après l’autre, sans changement. Ils reprĂ©sentent la continuitĂ© de la conception cyclique dans le temps liturgique.
En mĂŞme temps, la tension sous-jacente du temps liturgique est clairement constituĂ©e par une comprĂ©hension linĂ©aire : l’Église, peuple de Dieu nĂ© de la Pâque du Christ, pĂ©rĂ©grine vers la « fin des temps », vers la plĂ©nitude du Royaume de Dieu qui sera dĂ©finitivement installĂ© lors de la seconde venue du Christ : la parousie.
De la synthèse du cercle et de la ligne, Ă©merge l’image la plus appropriĂ©e du temps de l’Église, qui est le temps liturgique : la spirale ascendante. Elle contient Ă la fois le mouvement circulaire, des cycles qui se rĂ©pètent sans changement, et le mouvement linĂ©aire de l’histoire qui avance sans jamais revenir en arrière. Chaque tour de la spirale Ă la fois rĂ©pète et renouvelle, revient sur elle-mĂŞme et avance vers ce qui n’a jamais Ă©tĂ© parcouru auparavant. Ce qui se rĂ©pète dans l’annĂ©e liturgique, en fait, ne se rĂ©pète jamais comme dans le cycle prĂ©cĂ©dent, mais toujours Ă un niveau supĂ©rieur, dans un contexte nouveau et diffĂ©rent, parce que le monde et l’humanitĂ©, les chrĂ©tiens et ceux qui cĂ©lèbrent ne sont pas les mĂŞmes qu’un an auparavant, ni mĂŞme qu’un mois, une semaine ou un jour avant. Bien que tout dans la liturgie se rĂ©pète, tout est aussi toujours nouveau, parce que le monde et l’humanitĂ© « changent, tout change ».
2.3.4 Année, mois, jour et heure
Comme dans la sociĂ©tĂ© civile, l’unitĂ© principale du temps liturgique est l’« annĂ©e », bien qu’il s’agisse d’une « annĂ©e » particulière, dont le dĂ©but et la fin ne coĂŻncident pas temporellement avec l’annĂ©e civile. Sa valeur est thĂ©ologique, et non organisationnelle. Elle n’est pas dĂ©finie comme une simple grandeur temporelle, mais comme le symbole d’une rĂ©alitĂ© surnaturelle. Pour le christianisme, c’est l’analogie d’une rĂ©alitĂ© spirituelle bien plus profonde que les donnĂ©es cosmologiques d’un tour de la Terre autour du soleil. Elle a de profondes racines bibliques, cristallisĂ©es dans les expressions « annĂ©e de grâce de YahvĂ© » (Is 61,2), « annĂ©e de grâce du Seigneur » (Lc 4,19), « plĂ©nitude des temps » (Ga 4,4 ; Ep 1,10), « Royaume des Cieux » (Mt 3,2).
Le fondement chrĂ©tien de l’annĂ©e est le Seigneur JĂ©sus-Christ lui-mĂŞme. L’annĂ©e de grâce du Seigneur est le temps de la prĂ©sence du Christ qui dure pour toujours. L’annĂ©e liturgique est le symbole de l’Ă©ternitĂ© dĂ©finitive inaugurĂ©e par JĂ©sus-Christ avec sa rĂ©surrection et, pour cette raison, elle devient un symbole de la vie pleine du ressuscitĂ©.
La liturgie, en cĂ©lĂ©brant le mystère pascal du Christ au long des annĂ©es, mois, semaines, jours et heures, pascalise le temps, le plaçant explicitement dans la ligne de l’histoire du salut. En d’autres termes, elle le sanctifie.
Au cours de la journĂ©e, l’Église cĂ©lèbre l’eucharistie et la liturgie des heures. Avec la liturgie des heures, l’Église sanctifie les moments du dĂ©but et de la fin de la journĂ©e – le lever du soleil et son coucher – avec les prières des Laudes et des VĂŞpres, qu’elle considère comme « le double axe sur lequel tourne l’Office quotidien » – et les heures principales, ainsi que le milieu du jour ou le temps intermĂ©diaire, avec les heures mineures de Tierce, Sexte et None. Elle y ajoute l’office des lectures et une prière brève – les Complies – avant le repos nocturne.
La semaine est marquĂ©e principalement par le dimanche, qui est la première fĂŞte des chrĂ©tiens, comme l’a soulignĂ© Vatican II. Le rythme hebdomadaire reprĂ©sente de la manière la plus Ă©vidente la sanctification du temps liturgique. La Pâque hebdomadaire est la sĂ©quence fondamentale du temps liturgique chrĂ©tien.
L’annĂ©e est clairement organisĂ©e dans le calendrier romain, qui a Ă©tĂ© entièrement rĂ©formĂ© par le Concile Vatican II. Le concept biblique et liturgique d’« annĂ©e sainte » a Ă©tĂ© incorporĂ© dans l’Église par la coutume d’instituer rĂ©gulièrement, tous les 25 ans, et aussi Ă l’occasion d’un Ă©vĂ©nement extraordinaire, une annĂ©e festive portant ce nom.
3 L’annĂ©e liturgique chrĂ©tienne
Le temps liturgique chrĂ©tien a pris une forme concrète, en tant que partie de la liturgie et en tant qu’organisation concrète des diverses cĂ©lĂ©brations, comme une « annĂ©e liturgique ». Celle-ci ne s’est pas créée ou dĂ©veloppĂ©e Ă partir de la thĂ©orie, mais s’est formĂ©e Ă partir de la pratique de cĂ©lĂ©brer et d’approfondir les vĂ©ritĂ©s thĂ©ologiques des chrĂ©tiens de divers lieux. Elle a Ă©tabli, dès le dĂ©but, des usages distincts et des diffĂ©rences, qui ont Ă©tĂ© en partie unifiĂ©s par la suite pour affirmer la communion de l’Église et en partie maintenus, certains jusqu’Ă aujourd’hui, comme des pratiques distinctes au sein de la communion ecclĂ©siale. Par exemple, les Églises orientales, mĂŞme celles en communion avec Rome, cĂ©lèbrent Pâques, la principale fĂŞte des chrĂ©tiens, Ă une date diffĂ©rente de celle des catholiques romains. Et il en va de mĂŞme pour d’autres dates et temps liturgiques.
Comment cela a-t-il commencĂ© ? Ă€ partir de l’eucharistie hebdomadaire – les premiers chrĂ©tiens cĂ©lĂ©braient tous les « huitièmes jours », que nous appelons aujourd’hui dimanche (de dominica dies, « jour du Seigneur ») – et de la Pâque annuelle (cĂ©lĂ©bration de la Pâque de la RĂ©surrection une fois par an), un riche cycle de cĂ©lĂ©brations s’est dĂ©veloppĂ© tout au long de l’annĂ©e.
Les Ă©glises chrĂ©tiennes des premiers siècles, soumises pendant de longues pĂ©riodes aux persĂ©cutions de l’Empire romain, commencèrent Ă vĂ©nĂ©rer leurs martyrs, qui donnaient leur vie et versaient leur sang pour l’Évangile, participant ainsi au mystère pascal du Seigneur. La rĂ©currence annuelle de la date de ces morts a donnĂ© naissance Ă ce que nous appelons le « martyrologe », c’est-Ă -dire la liste de tous les saints que nous vĂ©nĂ©rons dans la liturgie. Le martyrologe est enrichi en permanence par la bĂ©atification et la canonisation de nouveaux hommes et femmes, comme cela s’est produit rĂ©cemment avec Monseigneur Oscar Romero, du Salvador (canonisĂ© le 14 octobre 2018, Ă Rome).
Au quatrième siècle, la fĂŞte de la naissance de JĂ©sus est apparue, consĂ©quence logique de l’attention portĂ©e Ă toute sa vie et son Ĺ“uvre, depuis le moment de sa conception et de sa naissance. Dans les siècles suivants, d’autres Ă©vĂ©nements de la vie de JĂ©sus ont acquis le statut de fĂŞtes liturgiques. Au mĂŞme siècle, la figure de Marie est entrĂ©e avec force dans la liturgie, Ă mesure que la thĂ©ologie et la spiritualitĂ© dĂ©finissaient et approfondissaient son rĂ´le essentiel dans l’histoire du salut.
Depuis le Concile de Trente, au XVIe siècle, l’annĂ©e liturgique, comme toute la liturgie, Ă©tait formĂ©e dans toutes ses structures fondamentales, qui sont restĂ©es sans changements majeurs jusqu’au Concile Vatican II en 1965. Le CVII a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ© de plus d’un siècle d’Ă©tudes liturgiques scientifiques, qui ont peu Ă peu remis en question une sĂ©rie d’aspects de la liturgie qui seraient profondĂ©ment rĂ©formĂ©s Ă partir de la seconde moitiĂ© du XXe siècle.
4 La réforme de Vatican II
Depuis le Concile Vatican II, nous avons une annĂ©e liturgique très renouvelĂ©e par rapport au passĂ©. Le nombre Ă©norme de fĂŞtes obligatoires de saints qui s’Ă©taient accumulĂ©es au fil de l’histoire a progressivement entraĂ®nĂ© la perte de la centralitĂ© du mystère pascal du Christ et de l’importance du dimanche. La conscience de l’importance fondamentale de la Sainte Écriture pour la foi et la catĂ©chèse de l’Église a rendu nĂ©cessaire de repenser sa prĂ©sence dans la liturgie. On peut en dire autant de l’usage des langues de chaque pays ou groupe humain, clĂ© de la comprĂ©hension et, surtout, de la participation plus active des personnes Ă la cĂ©lĂ©bration. La participation de l’assemblĂ©e a Ă©tĂ© l’une des principales questions de la rĂ©forme, qui a conçu la liturgie non comme une fonction sacrĂ©e Ă laquelle les fidèles assistent passivement, en Ă©coutant et en rĂ©pĂ©tant des gestes prĂ©dĂ©finis, mais comme une fĂŞte du peuple de Dieu, prĂ©sidĂ©e par le Christ lui-mĂŞme en ses ministres, et caractĂ©risĂ©e par la participation active de toute l’assemblĂ©e liturgique, chacun selon sa condition et sa fonction, et avec une plus grande spontanĂ©itĂ© et prĂ©sence de la vie concrète des fidèles.
Tenant compte de ces aspects et d’autres qui nĂ©cessitaient une rĂ©forme urgente, le Concile a profondĂ©ment renouvelĂ© la liturgie et l’annĂ©e liturgique. Il a réévaluĂ© la centralitĂ© du dimanche, la cĂ©lĂ©bration de la « Pâque hebdomadaire » et le rythme fondamental de l’annĂ©e liturgique. Une autre grande richesse de la rĂ©forme est la prĂ©sence renouvelĂ©e de la Bible dans les cĂ©lĂ©brations. Pour l’eucharistie dominicale, un cycle de trois ans a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©, au cours duquel des lectures de toute la Bible ont Ă©tĂ© rĂ©parties, permettant aux communautĂ©s de se familiariser avec les fondements de la Sainte Écriture pendant cette pĂ©riode.
4.1 La structure actuelle de l’annĂ©e liturgique
L’organisation actuelle de l’annĂ©e liturgique comporte des « temps » et des cĂ©lĂ©brations pour l’Église universelle. Dans l’Église catholique, elle commence avec les Premières VĂŞpres du Premier Dimanche de l’Avent (c’est-Ă -dire le samedi après la fĂŞte du Christ-Roi, dans l’après-midi). La date de ce jour n’est pas fixe, mais change lĂ©gèrement chaque annĂ©e. Comme il y a quatre dimanches de prĂ©paration Ă NoĂ«l, on compte Ă rebours Ă partir du dernier dimanche avant le 25 dĂ©cembre pour dĂ©terminer la date du premier dimanche de l’Avent. C’est toujours entre les derniers jours de novembre et les premiers jours de dĂ©cembre. Avec l’Avent commence le cycle de NoĂ«l (Ă©galement appelĂ© cycle de la Manifestation du Seigneur), qui se poursuit jusqu’Ă la fĂŞte du baptĂŞme du Seigneur, le premier dimanche après le 6 janvier.
Le deuxième temps est le temps ordinaire, qui commence après la fĂŞte du baptĂŞme de JĂ©sus et s’Ă©tend jusqu’au dĂ©but du CarĂŞme, temps de prĂ©paration Ă la Pâque de la rĂ©surrection. Cette date n’est pas non plus fixe, car elle est dĂ©terminĂ©e par la date de Pâques, Ă©tablie sur la base du calendrier lunaire, et non solaire : Pâques est toujours le premier dimanche qui suit la pleine lune après l’Ă©quinoxe de printemps. Elle oscille entre le 22 mars et le 25 avril.
Commence alors le cycle pascal, qui est constitué par le Carême, la Semaine Sainte et Pâques, culminant avec la solennité de la Pentecôte.
Le lundi après la PentecĂ´te, le temps ordinaire reprend et dure jusqu’au samedi suivant la solennitĂ© du Christ-Roi. Le temps ordinaire compte 33 ou 34 semaines et est le plus long de l’annĂ©e liturgique. Avec les premières VĂŞpres du dimanche suivant cette fĂŞte, une nouvelle annĂ©e liturgique commence.
4.1.1 Le cycle ou temps de Noël
Ce cycle ou temps, le deuxième en importance de l’annĂ©e liturgique, est aussi appelĂ© « cycle de la manifestation du Seigneur », car nous cĂ©lĂ©brons le Christ qui se rĂ©vèle Ă nous dans ses manifestations dans l’histoire humaine. Il est organisĂ© autour de la deuxième grande fĂŞte du Seigneur, NoĂ«l, qui cĂ©lèbre sa naissance Ă BethlĂ©em.
L’« incarnation » de Dieu, le fait de se faire « chair » ou personne humaine, est la condition nĂ©cessaire pour qu’il puisse historiquement vivre et mourir. Le mystère pascal a Ă©tĂ© possible parce que Dieu s’est fait homme. Ce cycle commence l’annĂ©e liturgique de l’Église, le premier dimanche de l’Avent. Ses principaux moments sont :
– les quatre dimanches de l’Avent, qui constituent la prĂ©paration Ă NoĂ«l et nous sensibilisent Ă l’espĂ©rance de la venue dĂ©finitive du Seigneur ;
– NoĂ«l, fĂŞte de la naissance de JĂ©sus-Christ Ă BethlĂ©em ;
– l’Octave de NoĂ«l, semblable Ă celle de Pâques, qui prolonge la fĂŞte pendant une semaine entière ; elle inaugure le « temps de NoĂ«l », qui dure jusqu’au dĂ©but du temps ordinaire ;
– la fĂŞte de la Sainte Famille, le dimanche après NoĂ«l ;
– le jour de l’Octave, le 1er janvier et dĂ©but de l’annĂ©e civile dans une grande partie du monde, cĂ©lĂ©brant la solennitĂ© de Sainte Marie, Mère de Dieu ;
– l’Épiphanie, le 6 janvier ou le deuxième dimanche après NoĂ«l, qui rappelle la manifestation du nouveau-nĂ© Ă toutes les nations, reprĂ©sentĂ©es par les mages d’Orient ;
– le baptĂŞme du Seigneur, le dimanche après l’Épiphanie, qui fait mĂ©moire du dĂ©but de son ministère messianique, se manifestant ainsi Ă son peuple, IsraĂ«l. Avec cette fĂŞte, le « temps de NoĂ«l » se termine et la première semaine du « temps ordinaire » commence.
4.1.2 Le cycle ou temps pascal
Le cycle, ou temps, de Pâques est le plus important de l’annĂ©e liturgique, car en son centre se trouve la principale fĂŞte chrĂ©tienne, la Pâque de la RĂ©surrection. Le cycle commence le Mercredi des Cendres, avec le CarĂŞme, un temps de conversion et de rĂ©flexion qui dure 40 jours et est orientĂ© vers la prĂ©paration de Pâques. Ă€ la fin du CarĂŞme, vient la Semaine Sainte, la plus intense de l’annĂ©e liturgique, dont les jours les plus importants sont :
– le Dimanche des Rameaux, oĂą elle commence et commĂ©more l’entrĂ©e de JĂ©sus Ă JĂ©rusalem avant de mourir et de ressusciter ;
– le Jeudi Saint, oĂą l’on cĂ©lèbre la « messe chrismale » de l’Ă©vĂŞque avec tous ses collaborateurs dans le ministère (prĂŞtres et diacres) et oĂą les huiles sont bĂ©nites pour les baptĂŞmes, confirmations, onctions des malades et ordinations de l’annĂ©e (il y a des diocèses oĂą cette messe est reportĂ©e Ă un autre jour de la Semaine Sainte) ; et, le soir du Jeudi Saint, la Cène du Seigneur oĂą nous cĂ©lĂ©brons l’institution de l’eucharistie et du sacerdoce ordonnĂ© ;
– le Vendredi Saint, le jour oĂą nous nous souvenons de la mort du Seigneur ; c’est le seul jour de l’annĂ©e oĂą l’eucharistie n’est pas cĂ©lĂ©brĂ©e (c’est pourquoi nous communions avec les hosties consacrĂ©es le Jeudi Saint) ;
– le Samedi Saint, qui culmine, le soir, avec la vigile pascale ;
– et la cĂ©lĂ©bration dominicale de la rĂ©surrection.
La cĂ©lĂ©bration de la rĂ©surrection se prolonge dans l’Octave de Pâques, jusqu’au dimanche suivant, comme « un unique jour de fĂŞte ». Elle se poursuit, en outre, pendant toute la cinquantaine pascale ou temps pascal, qui sont les cinquante jours qui culminent avec la fĂŞte de l’Esprit Saint, la PentecĂ´te. Le 40e jour est cĂ©lĂ©brĂ©e la FĂŞte de l’Ascension du Seigneur, qui dans de nombreux pays est reportĂ©e au dimanche suivant, qui est celui avant la PentecĂ´te.
4.1.3 Le temps ordinaire
Pendant tout le temps qui se situe en dehors des deux grands cycles prĂ©cĂ©dents, d’une durĂ©e de 33 ou 34 semaines, aucun aspect particulier du mystère pascal n’est cĂ©lĂ©brĂ©, mais plutĂ´t le mystère du Christ et de son Église dans son ensemble. Les dimanches en sont les jours principaux ; tous les sept jours a lieu la fĂŞte de la rĂ©surrection pour les chrĂ©tiens. Une plus petite partie de ces dimanches, entre 5 et 9, se trouve après le cycle de la manifestation, Ă partir de la fĂŞte du baptĂŞme du Seigneur, et les autres, après le dimanche de la PentecĂ´te, jusqu’au samedi prĂ©cĂ©dant le premier dimanche de l’Avent.
Quant Ă la lecture de l’Ă©vangile, l’Ă©vangĂ©liste Luc a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© pour l’annĂ©e A, les Ă©vangĂ©listes Marc et Jean pour l’annĂ©e B, et l’Ă©vangĂ©liste Matthieu pour l’annĂ©e C. Tous les trois ans, le cycle recommence, nous donnant la possibilitĂ© d’un nouveau parcours Ă travers les livres et les textes les plus importants pour notre foi. Dans le temps ordinaire, les dimanches et les jours de la semaine sont le motif de la cĂ©lĂ©bration, en particulier le lectionnaire. Avec les lectures des annĂ©es A, B et C, son unitĂ© est donnĂ©e, laquelle n’est pas rompue par sa division en deux parties.
4.1.4 Autres fĂŞtes de l’annĂ©e liturgique
Dans le temps ordinaire, l’Église place une sĂ©rie d’autres festivitĂ©s importantes, parmi lesquelles se distinguent de nombreuses fĂŞtes de la Vierge et des saints, bien que celles-ci soient Ă©galement rĂ©parties tout au long de l’annĂ©e, pouvant se trouver dans les cycles de la manifestation et de Pâques. Les Ă©vĂ©nements les plus importants sont les suivants.
En ce qui concerne JĂ©sus-Christ : PrĂ©sentation du Seigneur (2 fĂ©vrier, en rĂ©alitĂ©, elle entre dans le complexe des festivitĂ©s de la manifestation) ; Exaltation de la Croix (14 septembre ou 3 mai) ; Très Sainte TrinitĂ© (dimanche après la PentecĂ´te ; cĂ©lèbre le Père, le Fils et le Saint-Esprit) ; FĂŞte-Dieu (Corpus Christi – Corps et Sang du Christ ; deuxième jeudi après la PentecĂ´te) ; SacrĂ©-CĹ“ur de JĂ©sus (troisième vendredi après la PentecĂ´te) ; Transfiguration du Seigneur (6 aoĂ»t) ; Christ Roi (dernier dimanche de l’annĂ©e liturgique, c’est-Ă -dire avant le premier jour de l’Avent).
En ce qui concerne la Vierge Marie : Annonciation du Seigneur (25 mars : neuf mois avant la naissance) ; Assomption de Marie (15 aoĂ»t) ; ImmaculĂ©e Conception (8 dĂ©cembre) ; CĹ“ur ImmaculĂ© de Marie (troisième samedi après la PentecĂ´te) ; et de nombreuses invocations spĂ©ciales, comme Notre-Dame de Lourdes (11 fĂ©vrier), Notre-Dame de Fátima (13 mai), et, surtout en AmĂ©rique Latine, le continent marial par excellence, dont les pays vĂ©nèrent la Vierge Marie comme patronne sous diverses invocations : Notre-Dame de Guadalupe (patronne de l’AmĂ©rique Latine, 12 dĂ©cembre), Notre-Dame d’Aparecida (12 octobre), Vierge de Luján (8 mai), Notre-Dame du Carmel (16 juillet) et bien d’autres.
En ce qui concerne les saints : Toussaint (1er novembre), Saint Joseph (19 mars) et Saint Joseph Artisan (1er mai), Saint Jean-Baptiste (24 juin), Saint Pierre et Saint Paul (29 juin) et d’autres propres Ă chaque pays. Le grand nombre d’hommes et de femmes qui ont Ă©tĂ© canonisĂ©s depuis le pontificat de Saint Jean-Paul II est dĂ» au dĂ©sir d’enrichir les calendriers particuliers avec des saints et saintes locaux, en plus de ceux du calendrier universel.
Il y a encore beaucoup d’autres fĂŞtes de la Vierge Marie et des saints. Elles sont souvent plus liĂ©es Ă la dĂ©votion personnelle ou Ă certaines rĂ©gions. Pour son importance pour de nombreux catholiques, nous devons Ă©galement mentionner la commĂ©moration de Tous les fidèles dĂ©funts (2 novembre), un jour de grande affluence dans les cimetières.
La communion n’est pas l’uniformitĂ©, mais l’unitĂ© dans la richesse de la diversitĂ©. Pour cette raison, l’annĂ©e liturgique devient locale dans chaque Église particulière, Ă travers ses propres cĂ©lĂ©brations et fĂŞtes.
Les cĂ©lĂ©brations ont leurs propres couleurs, qui sont utilisĂ©es dans les vĂŞtements liturgiques et autres signes/symboles de l’espace de cĂ©lĂ©bration : le vert pour le temps ordinaire, tant les dimanches que les jours de fĂŞte et de semaine ; le rouge pour le Dimanche des Rameaux, le Vendredi Saint et les fĂŞtes des apĂ´tres et martyrs ; le violet pour l’Avent, le CarĂŞme et les cĂ©lĂ©brations pour les dĂ©funts ; et le blanc pour Pâques, NoĂ«l et les autres solennitĂ©s et fĂŞtes du Christ et de la Vierge Marie. En divers lieux, la couleur bleue a Ă©tĂ© popularisĂ©e pour les fĂŞtes de la Vierge. La signification des couleurs est conventionnelle, elle peut changer d’une culture Ă l’autre : le rouge pour la passion, les apĂ´tres et les martyrs qui ont donnĂ© leur sang, comme JĂ©sus-Christ, pour l’Ă©vangile. Le blanc, couleur par excellence de la saintetĂ© et de la puretĂ©, pour les grandes solennitĂ©s de l’annĂ©e et pour les fĂŞtes de la Vierge. Le violet, couleur originellement pĂ©nitentielle, de recueillement et de conversion, pour les temps de prĂ©paration et pour les cĂ©lĂ©brations de la mort des chrĂ©tiens. Le vert, la couleur la plus commune, pour le temps normal.
4.2 Le temps liturgique comme mystagogie de l’Église
L’annĂ©e liturgique n’est pas une simple organisation des cĂ©lĂ©brations liturgiques de l’Église dans le temps. Bien plus qu’une simple structure, elle est en rĂ©alitĂ© une mystagogie de l’Église, c’est-Ă -dire un itinĂ©raire formatif qui introduit au mystère du Christ et conduit Ă un approfondissement toujours plus grand de l’Ă©vangile et de toute la doctrine chrĂ©tienne et, par consĂ©quent, Ă une croissance dans l’engagement des fidèles envers leur foi.
On commĂ©more toute la richesse du mystère du Christ : sa naissance, sa vie, sa passion, sa mort et sa rĂ©surrection, ses paroles et ses actes, sa Mère Marie, les effets de son message sur tant de tĂ©moins et de martyrs Ă partir des lectures bibliques, la richesse et la beautĂ© des textes liturgiques Ă©laborĂ©s par l’Église, l’expĂ©rience de cĂ©lĂ©brer en communautĂ© et de participer activement aux cĂ©lĂ©brations, de chanter et de dialoguer dans des ambiances fraternelles, d’expĂ©rimenter les dĂ©fis auxquels le Seigneur nous appelle depuis la cĂ©lĂ©bration de la foi ; tout cela est un chemin unique de croissance et d’approfondissement de la vie chrĂ©tienne pour tous les fidèles.
Vivre consciemment le dĂ©roulement de l’annĂ©e liturgique, non seulement pendant un an, mais pendant les trois ans du cycle dominical, nous permet de parcourir les fondements de la rĂ©vĂ©lation chrĂ©tienne Ă travers les lectures bibliques, et aide Ă©galement Ă gĂ©nĂ©rer, dans l’Église, l’authentique communion dans la diversitĂ© et, en chaque chrĂ©tien, la conscience d’une foi et d’un engagement qui ne sont pas statiques. Ce sont d’authentiques « histoires du salut » vĂ©cues dans l’Ă©volution du temps, toujours mises au dĂ©fi d’une plus grande fidĂ©litĂ© Ă l’Ă©vangile et toujours attirĂ©es par l’espĂ©rance du Royaume, sommet du temps et de l’annĂ©e liturgique.
Guillermo Rosas. Université pontificale catholique du Chili. Texte original en espagnol.
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