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{"id":3382,"date":"2024-07-04T08:06:02","date_gmt":"2024-07-04T11:06:02","guid":{"rendered":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/?p=3382"},"modified":"2024-07-04T08:06:02","modified_gmt":"2024-07-04T11:06:02","slug":"schismes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/?p=3382","title":{"rendered":"Schismes"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Sommaire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1 D\u00e9finition conceptuelle<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2 Acte schismatique dans l&#8217;histoire de l&#8217;\u00c9glise<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3 Le schisme comme lutte pour le pouvoir dans l&#8217;\u00c9glise<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3.1 Premier exemple : le schisme de Novatien \u00e0 Rome (251)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3.2 Deuxi\u00e8me exemple : le schisme des \u00e9glises nord-africaines au IVe si\u00e8cle<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4 Schisme, h\u00e9r\u00e9sie et violence : les limites de l&#8217;orthodoxie<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">5 Conclusion<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">6 R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1 D\u00e9finition conceptuelle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&#8217;un point de vue \u00e9tymologique, le terme schisme, issu du grec, signifie l&#8217;acte de s\u00e9paration, division ou rupture qui affecte une collectivit\u00e9, particuli\u00e8rement au sein du christianisme, par lequel un groupe de membres d&#8217;une communaut\u00e9 donn\u00e9e d\u00e9cide de vivre des aspects de la foi ou du culte d&#8217;une mani\u00e8re diff\u00e9rente de celle de leur communaut\u00e9 initiale. Pour cela, ce groupe se d\u00e9tourne de la pratique commune afin de rechercher une exp\u00e9rience plus sp\u00e9cifique ou particuli\u00e8re de la foi, soit en affirmant des aspects doctrinaux diff\u00e9rents (comme dans le cas de l&#8217;arianisme ou du p\u00e9lagianisme), soit en d\u00e9fendant une position disciplinaire ou morale diff\u00e9rente (comme dans le cas du novatianisme ou du donatisme) (STARK, 2007, p. 54).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, d&#8217;un point de vue historique, il est tr\u00e8s difficile de soutenir une compr\u00e9hension fixiste et universelle du schisme, car on constate que les communaut\u00e9s religieuses \u00e9laborent, \u00e0 leur mani\u00e8re, le concept de schisme en se guidant par leurs traditions et int\u00e9r\u00eats particuliers, ce qui peut \u00e9largir, durcir ou assouplir la signification r\u00e9elle de rupture ou de s\u00e9paration. Ainsi, il n&#8217;est pas facile pour le chercheur contemporain d&#8217;identifier l&#8217;acte schismatique dans son sens empirique, dans le pass\u00e9, car la compr\u00e9hension du schisme, souvent, se guidait par des jeux de pouvoir au sein des communaut\u00e9s et devenait un instrument de d\u00e9l\u00e9gitimation de sujets eccl\u00e9siaux sp\u00e9cifiques que l&#8217;on voulait retirer de la sc\u00e8ne officielle. Cette constatation nous forcera, dans ce texte, \u00e0 interroger la construction historique du concept de schisme, du point de vue de l&#8217;histoire de l&#8217;\u00c9glise, en le prenant comme partie du d\u00e9veloppement institutionnel des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes. Pour cela, nous ferons une discussion historique large et g\u00e9n\u00e9rale du concept, en tenant compte des manifestations concr\u00e8tes des actes schismatiques sans pour autant les particulariser ou les isoler comme des \u00e9v\u00e9nements atypiques ou circonstanciels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2 Acte schismatique dans l&#8217;histoire de l&#8217;\u00c9glise<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9tant un acte de rupture d\u00e9riv\u00e9 d&#8217;une situation de r\u00e9bellion, le schisme est particuli\u00e8rement ressenti lorsque la communaut\u00e9 religieuse affirme l&#8217;unit\u00e9 comme nature fondamentale, visible dans un corps doctrinal, disciplinaire, sacramentel et liturgique partag\u00e9 par les membres de la communaut\u00e9 ; dans ce cas, le schisme est interpr\u00e9t\u00e9 comme une s\u00e9cession d&#8217;une partie de cette communaut\u00e9 qui, \u00e0 partir d&#8217;un certain moment, prend un chemin particulier, se distan\u00e7ant de la tradition commune. Cette rupture est alors v\u00e9cue comme un traumatisme, un \u00e9v\u00e9nement d&#8217;une \u00e9norme magnitude qui, souvent, s&#8217;accompagne de conflits violents, parfois mortels, pratiqu\u00e9s par la communaut\u00e9 majoritaire qui, dans le but de sauvegarder l&#8217;unit\u00e9, investit toutes ses forces persuasives pour maintenir le groupe consid\u00e9r\u00e9 dissident au sein de l&#8217;unit\u00e9 originelle (GADDIS, 2005).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le cas chr\u00e9tien, l&#8217;exp\u00e9rience communautaire du schisme se pr\u00e9sente comme particuli\u00e8rement traumatique en raison d&#8217;une consid\u00e9ration particuli\u00e8re de l&#8217;unit\u00e9 qui, dans le cas de l&#8217;\u00c9vangile de Jean, est proclam\u00e9e par J\u00e9sus lors du discours d&#8217;adieu, surtout dans la pri\u00e8re sacerdotale : \u201cP\u00e8re saint, garde-les en ton nom, que tu m&#8217;as charg\u00e9 de faire conna\u00eetre, afin qu&#8217;ils soient un comme nous\u201d (Jn 17,11) ; dans la Premi\u00e8re Lettre aux Corinthiens (12,12-14), Paul identifie l&#8217;\u00c9glise au corps mystique du Christ qui, par analogie, doit \u00eatre un, comme lui, malgr\u00e9 la diversit\u00e9 de ses membres. Ainsi consid\u00e9r\u00e9, l&#8217;acte schismatique devient un attentat non seulement contre la communaut\u00e9, mais surtout contre le myst\u00e8re du Corps du Christ que l&#8217;\u00c9glise-une repr\u00e9sente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme on peut le constater, les premi\u00e8res communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes ne voyaient pas les schismes comme des \u00e9v\u00e9nements probables et compr\u00e9hensibles selon les logiques sociales qui r\u00e9gissent les groupes humains, dont le d\u00e9veloppement favorise souvent les s\u00e9parations et les d\u00e9membrages en vue de permettre la survie des h\u00e9t\u00e9ronomies qui, au fil du temps, ont \u00e9t\u00e9 assum\u00e9es comme faisant partie de l&#8217;identit\u00e9 de communaut\u00e9s pr\u00e9cises au sein d&#8217;une grande f\u00e9d\u00e9ration de communaut\u00e9s. Au contraire, les communaut\u00e9s, malgr\u00e9 la diversit\u00e9 des villes, des langues et des provenances ethniques \u00e0 partir desquelles elles s&#8217;inscrivaient, professaient une unit\u00e9, confondue avec une pr\u00e9tendue homog\u00e9n\u00e9it\u00e9, qui, en pratique, occultait leurs divergences naturelles de pratiques et de croyances (BROWN, 1999, p. 22).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 il n&#8217;\u00e9tait pas encore n\u00e9cessaire d&#8217;avoir un symbole \u00e9labor\u00e9 de la foi et o\u00f9 il n&#8217;y avait pas encore un canon exclusif des textes bibliques valable pour toutes les communaut\u00e9s, il est presque impossible de d\u00e9limiter jusqu&#8217;o\u00f9 allait la diversit\u00e9 tol\u00e9r\u00e9e (qui exprime cependant l&#8217;unit\u00e9) et o\u00f9 commen\u00e7ait la diversit\u00e9 intol\u00e9rable (celle-ci d\u00e9finie comme schisme). Un exemple de cette compr\u00e9hension compliqu\u00e9e se trouve dans les Actes des Ap\u00f4tres, chapitre 15, lorsque son auteur, en d\u00e9peignant la divergence entre la communaut\u00e9-m\u00e8re de J\u00e9rusalem, dirig\u00e9e par Jacques, et la communaut\u00e9-fille d&#8217;Antioche, dirig\u00e9e par Paul et Barnabas, a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 taire les profondes discordances entre les deux \u00e9glises (et entre Jacques et Paul), donnant \u00e0 l&#8217;\u00e9pisode une r\u00e9solution facile qui affirmait une unit\u00e9 tr\u00e8s fragile et menac\u00e9e, comme l&#8217;a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&#8217;ap\u00f4tre Paul lui-m\u00eame, dans sa Lettre aux Galates, chapitre 2. On peut argumenter que Luc, en tant qu&#8217;historien du christianisme naissant, se guidait plus par la th\u00e9ologie et la vision providentialiste de l&#8217;Histoire que par les canons de l&#8217;historiographie hell\u00e9nique, qu&#8217;il devait conna\u00eetre (MARGUERAT, 2003, p. 31) ; cependant, sa position th\u00e9ologique des faits, centr\u00e9e sur la conduite pneumatique, a conduit \u00e0 la pr\u00e9dominance d&#8217;une vision conciliatrice des diversit\u00e9s eccl\u00e9siales. Une fois que les Actes des Ap\u00f4tres sont devenus une sorte de prototype de ce que l&#8217;on appellera plus tard Histoire Eccl\u00e9siastique, expression invent\u00e9e par l&#8217;\u00e9v\u00eaque Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e (263-339), on peut dire que cette vision conciliante lucanienne s&#8217;est impos\u00e9e comme paradigme originel pour les auteurs chr\u00e9tiens anciens et est rest\u00e9e forte m\u00eame apr\u00e8s, lors de la syst\u00e9matisation g\u00e9n\u00e9rale de la foi avec le Concile de Nic\u00e9e (325).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;\u00e9v\u00eaque Ir\u00e9n\u00e9e de Lyon (130-202), dans son trait\u00e9 <em>Contre les H\u00e9r\u00e9sies<\/em> (Liv. I, 10,2), renfor\u00e7ait l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise qui, selon lui, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pandue en Orient et en Occident, lui attribuant l&#8217;uniformit\u00e9 de la foi, de la tradition et de l&#8217;enseignement malgr\u00e9 la variation linguistique qui caract\u00e9risait les r\u00e9gions du monde romain o\u00f9 les \u00e9glises \u00e9taient implant\u00e9es. Bien que son propre ouvrage d\u00e9non\u00e7\u00e2t l&#8217;existence et la force persuasive de communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes qui suivaient une autre th\u00e9ologie, qu&#8217;il appelait h\u00e9r\u00e9tiques ou gnostiques, Ir\u00e9n\u00e9e croyait que l&#8217;unit\u00e9 de la croyance \u00e9tait le sceau d&#8217;authenticit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise dont il faisait partie. Dans le m\u00eame sens, le th\u00e9ologien Orig\u00e8ne (185-254), dans les <em>Hom\u00e9lies sur \u00c9z\u00e9chiel<\/em> (9,1), consid\u00e9rait que l&#8217;unit\u00e9 et la communion d\u00e9rivaient de la vertu, tandis que la diversit\u00e9 ou la multiplicit\u00e9 provenaient des p\u00e9ch\u00e9s, d&#8217;o\u00f9 les schismes, les h\u00e9r\u00e9sies et les dissensions \u00e9taient n\u00e9cessairement lus comme l&#8217;expression de cette r\u00e9bellion originelle qui causa la disgr\u00e2ce de l&#8217;ordre de la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la lumi\u00e8re de ces deux t\u00e9moignages anciens, on voit que la diversit\u00e9 historique et les disputes entre les \u00e9glises, \u00e9videntes depuis ce que l&#8217;on appelle l&#8217;Accord de J\u00e9rusalem (Ac 15 ; Ga 2), ont \u00e9t\u00e9 couvertes par une lecture spiritualisante, c&#8217;est-\u00e0-dire qui minimisait le fait historique et social, en vue de la d\u00e9fense d&#8217;une orthodoxie qui, nous le savons, ne s&#8217;est pas form\u00e9e sans luttes et dissensions. Pour le courant eccl\u00e9sial repr\u00e9sent\u00e9 par Ir\u00e9n\u00e9e et Orig\u00e8ne, les schismes n&#8217;\u00e9taient pas seulement compris comme quelque chose de bien plus grave que la s\u00e9paration ou l&#8217;individualisation de communaut\u00e9s, mais surtout comme une \u00e9norme continuation du p\u00e9ch\u00e9 dans le monde. En associant la diversit\u00e9 au p\u00e9ch\u00e9 et l&#8217;uniformit\u00e9 \u00e0 la gr\u00e2ce, les discours eccl\u00e9siastiques ont d\u00e9form\u00e9 les manifestations d&#8217;h\u00e9t\u00e9ronomies et d&#8217;identit\u00e9s locales, les transformant en un obstacle \u00e0 l&#8217;uniformisation qui devait authentifier la communaut\u00e9 ; ainsi, la diversit\u00e9 est devenue quelque chose de risqu\u00e9 et probablement une atteinte \u00e0 la suppos\u00e9e uniformit\u00e9 originelle. Le cas du <em>Contre les H\u00e9r\u00e9sies<\/em> d&#8217;Ir\u00e9n\u00e9e nous permet de voir comment la sauvegarde d&#8217;une christologie incarn\u00e9e et historique a utilis\u00e9 une certaine plastification de l&#8217;uniformit\u00e9 qui, \u00e0 l&#8217;avenir, a conduit \u00e0 accuser de schisme ce qui n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;une r\u00e9ponse locale \u00e0 la foi apostolique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette compr\u00e9hension ir\u00e9n\u00e9enne de l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise a, d&#8217;une certaine mani\u00e8re, conditionn\u00e9 ce que l&#8217;on appelle l&#8217;Histoire des Dogmes. On a coutume d&#8217;interpr\u00e9ter les \u00e9tapes de la formation de la doctrine chr\u00e9tienne en fonction de phases g\u00e9n\u00e9ratives sp\u00e9cifiques, g\u00e9n\u00e9ralement appel\u00e9es controverses : controverse trinitaire, controverse christologique, controverse pneumatologique, controverse iconoclaste, entre autres. Historiens et th\u00e9ologiens croient habituellement que ces controverses constituent des \u00e9tapes chronologiques, donc historiques et r\u00e9elles (on dirait m\u00eame naturelles) d&#8217;une marche bimill\u00e9naire du christianisme dans l&#8217;Histoire. Le curieux est que cette d\u00e9limitation est en fait une abstraction explicative cr\u00e9\u00e9e <em>a posteriori<\/em>, sans le fondement de la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 condition que l&#8217;on examine les sources historiques sans les lunettes d&#8217;une interpr\u00e9tation \u00e9volutionniste de l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise. Cette observation nous enseigne qu&#8217;en faisant l&#8217;histoire de la th\u00e9ologie, il faut \u00e9viter la s\u00e9duction de la Th\u00e9ologie de l&#8217;Histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, si le schisme na\u00eet d&#8217;une controverse, nous devons alors red\u00e9finir le r\u00f4le du schisme dans l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise, car la controverse (dans ses diverses manifestations) constitue l&#8217;<em>ethos<\/em> m\u00eame de cette histoire : supposer un &#8220;christianisme normatif&#8221; depuis les origines est plus un acte de foi qu&#8217;une enqu\u00eate historiographique qui, au contraire, met en \u00e9vidence les extr\u00eames h\u00e9t\u00e9ronomies des communaut\u00e9s, qu&#8217;elles soient juridiques, doctrinales ou liturgiques (JOHNSON, 2001, p.58). Cependant, il faut faire attention : toute compr\u00e9hension diff\u00e9rente sur une question th\u00e9ologique ne conduit pas \u00e0 un conflit eccl\u00e9sial, ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 poser la question suivante : pourquoi certaines diff\u00e9rences de compr\u00e9hension engendrent-elles des conflits et des ruptures et d&#8217;autres non ? Pourquoi certains conflits aboutissent-ils \u00e0 des accords (assimilation de la diff\u00e9rence) et d&#8217;autres \u00e0 des schismes (\u00e9limination des dissidents) ? Une lecture non g\u00e9n\u00e9rative de l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise (qui ne suppose pas de phases in\u00e9vitables et naturalis\u00e9es de croissance) nous am\u00e8ne \u00e0 comprendre que, dans une dispute th\u00e9ologique, du moins dans l&#8217;Antiquit\u00e9 et au Moyen \u00c2ge, ce qui \u00e9tait en jeu \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement la d\u00e9fense du pouvoir de ceux qui \u00e9tablissaient la doctrine et non la doctrine elle-m\u00eame, ou la d\u00e9viance de la doctrine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d&#8217;autres termes, les controverses dogmatiques faisaient partie des expressions des chocs entre communaut\u00e9s ou entre dirigeants de ces communaut\u00e9s pour affirmer la sup\u00e9riorit\u00e9 d&#8217;une culture eccl\u00e9siale donn\u00e9e sur la culture d&#8217;une autre \u00e9glise, comme on le voit, tant de fois, dans les affrontements entre les \u00e9glises d&#8217;Antioche, d&#8217;Alexandrie et de Rome entre les IIIe et Ve si\u00e8cles. Selon Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e, par exemple, la garantie de l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise ne r\u00e9sidait pas dans la fixation d&#8217;id\u00e9es, mais dans la succession apostolique, c&#8217;est-\u00e0-dire dans la continuit\u00e9 des personnes : ce choix nous semble indicatif que les communaut\u00e9s n\u00e9gociaient le leadership et le pouvoir en utilisant les controverses comme motif pour opposer les &#8220;v\u00e9ritables&#8221; aux &#8220;faux&#8221; ministres (CAMERON, 2005, p. 133).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3 Le schisme comme lutte pour le pouvoir dans l&#8217;\u00c9glise : deux exemples<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3.1. Le schisme de Novatien \u00e0 Rome (251)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e, dans le Livre VI de son <em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em>, narre les \u00e9v\u00e9nements d\u00e9coulant de la pers\u00e9cution dite de l&#8217;empereur D\u00e8ce, en 249 ; le d\u00e9cret imp\u00e9rial obligeait tous les chr\u00e9tiens \u00e0 offrir des sacrifices aux dieux imp\u00e9riaux, sous peine de condamnation \u00e0 mort. Le sacrifice devait avoir lieu devant une autorit\u00e9 romaine en tant que t\u00e9moin de l&#8217;acte. Apr\u00e8s le sacrifice, qui pouvait consister simplement en la combustion d&#8217;un petit caillou d&#8217;encens, sans aucune n\u00e9cessit\u00e9 de croire aux dieux, le chr\u00e9tien recevait un certificat l\u00e9gal, appel\u00e9, en latin, <em>libellus<\/em>, raison pour laquelle ceux qui offraient le sacrifice \u00e9taient surnomm\u00e9s (p\u00e9jorativement) <em>libellatici<\/em> (FREND, 1982, p. 98). Pour \u00e9viter la mort et, en m\u00eame temps, le sacrifice, de nombreux chr\u00e9tiens riches soudoyaient les autorit\u00e9s pour que leurs noms soient inscrits dans le <em>libellus<\/em> sans qu&#8217;ils aient \u00e0 faire le sacrifice. Pour de nombreux chr\u00e9tiens, cette proc\u00e9dure \u00e9tait un scandale, car elle signifiait que ces personnes \u00e9taient tr\u00e8s l\u00e2ches et, pire encore, avaient apostasi\u00e9 et, par cons\u00e9quent, ne pouvaient plus participer \u00e0 la vie de l&#8217;\u00c9glise. Pour aggraver la situation, on soup\u00e7onnait que les <em>libellatici<\/em> collaboraient avec l&#8217;empire, en fournissant des informations sur les membres de la communaut\u00e9 qui n&#8217;\u00e9taient pas dispos\u00e9s \u00e0 s&#8217;engager envers l&#8217;empire. Dans ce cas, l&#8217;acte schismatique serait explicite \u00e0 la fois dans l&#8217;offre du sacrifice et dans la l\u00e2chet\u00e9 face au martyre, et sa condamnation se justifiait par la trahison de certains membres de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant ce temps, des courants rigoristes ont commenc\u00e9 \u00e0 pr\u00eacher que tout chr\u00e9tien devenu <em>libellaticus<\/em> perdait la gr\u00e2ce du bapt\u00eame et, s&#8217;il voulait revenir \u00e0 la communaut\u00e9 apr\u00e8s la pers\u00e9cution, il devait \u00eatre rebaptis\u00e9. D&#8217;autres n&#8217;accepteraient m\u00eame pas la r\u00e9insertion, m\u00eame par un nouveau bapt\u00eame. Ce drame communautaire, qui a touch\u00e9 les \u00e9glises de Rome, d&#8217;Alexandrie et m\u00eame de Carthage, en Afrique du Nord, t\u00e9moigne de l&#8217;existence d&#8217;un cadre d&#8217;exclusion interne \u00e0 l&#8217;\u00e9glise qui pouvait \u00eatre aussi ou plus violent que la pers\u00e9cution imp\u00e9riale ; l&#8217;exclusion des <em>libellatici<\/em> ou <em>lapsi<\/em> (c&#8217;est-\u00e0-dire ceux qui sont tomb\u00e9s par peur du martyre) est devenue la contre-face d&#8217;une v\u00e9ritable pers\u00e9cution intra-eccl\u00e9siale dans laquelle les rigoristes cherchaient \u00e0 expurger les membres ind\u00e9sirables des \u00e9glises. L&#8217;attitude des secteurs rigoristes, dans ces \u00e9glises, pourrait \u00eatre d\u00e9crite comme une sorte de &#8220;chasse aux sorci\u00e8res&#8221;, ce qui, bien s\u00fbr, causait de grandes turbulences parmi les fid\u00e8les et le clerg\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est ce qui s&#8217;est pass\u00e9, \u00e0 Rome, lors du martyre de l&#8217;\u00e9v\u00eaque\/pape Fabien (\u2020250), premi\u00e8re victime du d\u00e9cret de D\u00e8ce. La querelle pour la succession de Fabien t\u00e9moigne de la division de la communaut\u00e9 eccl\u00e9siale de Rome en deux tendances : les rigoristes, qui consid\u00e9raient les <em>lapsi<\/em> comme schismatiques, ont d\u00e9sign\u00e9 Novatien (\u2020258) comme leur candidat ; les autres, que nous pouvons appeler &#8220;mod\u00e9r\u00e9s&#8221;, c&#8217;est-\u00e0-dire ceux qui \u00e9taient dispos\u00e9s \u00e0 admettre les <em>lapsi<\/em>, ont d\u00e9sign\u00e9 Corneille (\u2020253) qui a fini par remporter l&#8217;\u00e9lection. En r\u00e9ponse \u00e0 la confiance de ses partisans, Corneille a d\u00e9ploy\u00e9 des efforts pour r\u00e9concilier les <em>lapsi<\/em> sans exiger un nouveau bapt\u00eame, mais en les obligeant \u00e0 une p\u00e9nitence publique. Les rigoristes alli\u00e9s \u00e0 Novatien n&#8217;ont pas accept\u00e9 la d\u00e9faite et, d\u00e8s lors, la rivalit\u00e9 entre le nouvel \u00e9v\u00eaque et son presbytre a commenc\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Novatien a men\u00e9 une r\u00e9volte interne dans l&#8217;\u00e9glise romaine, ce qui l&#8217;a m\u00eame conduit \u00e0 \u00eatre ordonn\u00e9 \u00e9v\u00eaque en dehors des proc\u00e9dures canoniques et \u00e0 exiger la d\u00e9position de Corneille \u2013 ce n&#8217;est pas pour rien que de nombreux historiens consid\u00e8rent Novatien comme le premier antipape. En racontant cet \u00e9v\u00e9nement, Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e ne cache pas son indignation envers Novatien. On remarque, cependant, que cette indignation d\u00e9coulait, en premier lieu, du fait qu&#8217;il \u00e9tait v\u00e9ritablement inconcevable pour lui qu&#8217;un presbytre pense diff\u00e9remment de son \u00e9v\u00eaque et, pire encore, qu&#8217;il se rebelle contre lui. Se r\u00e9volter contre son \u00e9v\u00eaque \u00e9tait le crime impardonnable de Novatien, son v\u00e9ritable schisme, pas sa position doctrinale rigoriste. Corneille, quant \u00e0 lui, en d\u00e9fendant une vision plus inclusive ou mis\u00e9ricordieuse \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des <em>lapsi<\/em>, cherchait \u00e0 assurer l&#8217;autorit\u00e9 superlative de l&#8217;\u00e9v\u00eaque de Rome.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les adeptes de Novatien, connus sous le nom de novatiens, n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9int\u00e9gr\u00e9s dans l&#8217;\u00e9glise romaine apr\u00e8s le conflit, mais ont form\u00e9 une \u00e9glise autonome, sans lien avec une ville pr\u00e9cise, et leurs membres se sont dispers\u00e9s dans diverses r\u00e9gions du monde romain ; lors du Concile de Nic\u00e9e (325), les novatiens ont souscrit au credo nic\u00e9en et, pour cette raison, ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme orthodoxes dans la foi, mais dissidents quant \u00e0 la discipline. En somme, la controverse autour des <em>libellatici<\/em> et le schisme de Novatien ne pointent pas imm\u00e9diatement vers un probl\u00e8me doctrinal, mais vers une lutte de pouvoir entre groupes rivaux au sein d&#8217;une m\u00eame communaut\u00e9, et vers une confrontation entre autorit\u00e9s hi\u00e9rarchiques, comme l&#8217;\u00e9v\u00eaque et son presbytre, face \u00e0 une d\u00e9faite \u00e9lectorale non assimil\u00e9e. La querelle de Novatien contre Corneille a donn\u00e9 l&#8217;occasion \u00e0 ce dernier de montrer quelle \u00e9tait la place d&#8217;un presbytre et quelle \u00e9tait la force de l&#8217;\u00e9piscopat romain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e, ardent d\u00e9fenseur de l&#8217;autorit\u00e9 \u00e9piscopale face aux tendances, disons, plus presbyt\u00e9rales ou coll\u00e9giales, nous conduit \u00e0 d\u00e9tester Novatien et \u00e0 le consid\u00e9rer comme un perfide schismatique. L&#8217;expulsion de la m\u00e9moire de Novatien, apr\u00e8s son attitude de se proclamer \u00e9v\u00eaque sans \u00e9lection canonique, nous oblige \u00e0 rester sans r\u00e9ponse \u00e0 de nombreuses questions sur la position de Corneille dans la d\u00e9fense des <em>lapsi<\/em>. Malgr\u00e9 le portrait ex\u00e9crable dress\u00e9 par Eus\u00e8be, Novatien et son mouvement ne peuvent pas, impun\u00e9ment, \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des victimes minoritaires et sans d\u00e9fense d&#8217;une communaut\u00e9 majoritaire et plus forte, car les deux manifestent des comportements d&#8217;exclusion et cherchent, avec les ressources qu&#8217;ils poss\u00e8dent, \u00e0 \u00e9lever leur th\u00e9ologie \u00e0 la cat\u00e9gorie de Th\u00e9ologie, mena\u00e7ant et pers\u00e9cutant les diff\u00e9rents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3.2. Le schisme des \u00e9glises nord-africaines au IVe si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le nord de l&#8217;Afrique a connu toutes les cons\u00e9quences de la pers\u00e9cution de D\u00e8ce, y compris le probl\u00e8me des <em>lapsi<\/em> et les difficult\u00e9s de leur r\u00e9insertion eccl\u00e9siale. Bien que nous sachions que la majorit\u00e9 des \u00e9glises africaines \u00e9taient compos\u00e9es de <em>lapsi<\/em> (FREND, 1982, p.100), une d\u00e9votion profond\u00e9ment enracin\u00e9e envers les martyrs qui avaient t\u00e9moign\u00e9 de constance et de force s&#8217;est r\u00e9pandue pendant et apr\u00e8s la r\u00e9pression. L&#8217;\u00e9norme quantit\u00e9 de r\u00e9cits de martyrs li\u00e9s \u00e0 des chr\u00e9tiens africains nous donne une bonne proportion de l&#8217;attachement des \u00e9glises de cette r\u00e9gion \u00e0 leurs h\u00e9ros et de l&#8217;importance du martyre dans la constitution d&#8217;une identit\u00e9 chr\u00e9tienne en Afrique. Il n&#8217;est pas difficile d&#8217;imaginer que cette identit\u00e9 martiale se retournerait bient\u00f4t contre l&#8217;acceptation de la\u00efcs et de clercs qui, pour diverses raisons, ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 r\u00e9sister \u00e0 la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La situation s&#8217;est aggrav\u00e9e lorsque, en 303, l&#8217;autorit\u00e9 imp\u00e9riale a lanc\u00e9 une nouvelle offensive contre les chr\u00e9tiens. Cette fois, il s&#8217;agissait de d\u00e9truire toutes les copies des \u00c9critures Saintes, les objets liturgiques et de br\u00fbler toutes les \u00e9glises afin que les fid\u00e8les n&#8217;aient plus de lieu pour c\u00e9l\u00e9brer leurs myst\u00e8res (FREND, 1982, p. 116). Ces vagues de pers\u00e9cution men\u00e9es par l&#8217;\u00c9tat romain peuvent \u00eatre expliqu\u00e9es comme une r\u00e9action politico-sociale face \u00e0 l&#8217;incapacit\u00e9 de l&#8217;Empire \u00e0 r\u00e9soudre ses probl\u00e8mes fiscaux et militaires, ce qui provoquait des luttes continues entre l&#8217;arm\u00e9e romaine et les arm\u00e9es non-romaines, appel\u00e9es barbares, qui se r\u00e9voltaient contre l&#8217;autorit\u00e9 imp\u00e9riale. Pour les \u00e9lites romaines, cette crise d\u00e9coulait de l&#8217;abandon du culte ancestral aux dieux et de l&#8217;adh\u00e9sion populaire au christianisme, ce qui explique que les pers\u00e9cutions de l&#8217;\u00e9poque de Diocl\u00e9tien (244-311) ont \u00e9t\u00e9 soutenues par les \u00e9lites municipales et provinciales, cette fois complices de la punition des chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette nouvelle r\u00e9pression imp\u00e9riale, en Afrique, a maximis\u00e9 la division entre les chr\u00e9tiens adeptes d&#8217;une identit\u00e9 martiale et ceux, plus mod\u00e9r\u00e9s, qui acceptaient de n\u00e9gocier face au danger. Ces derniers ont \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9s de <em>traditores<\/em> (tra\u00eetres), parce qu&#8217;ils avaient suppos\u00e9ment remis aux autorit\u00e9s les exemplaires des \u00e9critures et d\u00e9nonc\u00e9 leurs fr\u00e8res de foi. Avec l&#8217;ascension imp\u00e9riale de Constantin en 311, les pers\u00e9cutions ont cess\u00e9, mais dans la r\u00e9gion africaine, le r\u00e9sultat est rest\u00e9 n\u00e9gatif, car une lutte interne a commenc\u00e9 dans les \u00e9glises pour emp\u00eacher que les <em>traditores<\/em> continuent \u00e0 participer \u00e0 la vie de foi, surtout s&#8217;ils \u00e9taient clercs, car, dans ce cas, on consid\u00e9rait que les sacrements c\u00e9l\u00e9br\u00e9s par eux \u00e9taient invalides.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la ville de Carthage, ce groupe, que nous pouvons appeler radical, \u00e9tait dirig\u00e9 par le presbytre, puis \u00e9v\u00eaque, Donat de Casae Nigrae (\u2020c.355). Sa position de totale exclusion des <em>traditores<\/em>, consid\u00e9r\u00e9s comme collaborateurs de l&#8217;\u00c9tat romain, a engendr\u00e9 la conception que la v\u00e9ritable \u00c9glise du Christ, \u00e9tant sainte et immacul\u00e9e, devait \u00eatre form\u00e9e uniquement par ceux qui avaient r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l&#8217;Empire et n&#8217;avaient pas craint la mort : une \u00c9glise de purs et de saints qui n&#8217;avaient pas pactis\u00e9 avec l&#8217;ennemi. Par cons\u00e9quent, les assembl\u00e9es liturgiques ne pouvaient pas admettre la communion des tra\u00eetres du Christ ni le minist\u00e8re de clercs qui avaient apostasi\u00e9. \u00c0 tous ceux-l\u00e0, s&#8217;ils d\u00e9siraient revenir \u00e0 la communaut\u00e9, il fallait un nouveau bapt\u00eame et, pour les clercs, une nouvelle ordination. Il est bon de noter qu&#8217;en niant la validit\u00e9 des ordinations, les donatistes ont trouv\u00e9 un moyen de d\u00e9manteler l&#8217;organisation hi\u00e9rarchique des \u00e9glises nord-africaines, en la rempla\u00e7ant par leur propre hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, il y avait le groupe plus mod\u00e9r\u00e9, dirig\u00e9 par l&#8217;archidiacre (le premier parmi les diacres), puis \u00e9v\u00eaque, C\u00e9cilien (\u2020c.345), qui niait le rebapt\u00eame et les r\u00e9ordinations et consid\u00e9rait que l&#8217;\u00c9glise, en tant que p\u00e8lerine dans ce monde, comportait \u00e0 la fois les saints et les p\u00e9cheurs et qu&#8217;il serait impossible d&#8217;exclure les derniers pour ne laisser que les premiers. Cette aile de l&#8217;\u00e9glise carthaginoise d\u00e9fendait que la validit\u00e9 des sacrements ne d\u00e9pendait pas de la saintet\u00e9 personnelle du ministre, mais du minist\u00e8re re\u00e7u de l&#8217;\u00c9glise, elle-m\u00eame sainte \u00e0 cause du Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cas du donatisme, en Afrique du Nord, nous confronte au probl\u00e8me : quelle \u00e9tait la communaut\u00e9 schismatique, la donatiste, constitu\u00e9e par la majeure partie de l&#8217;\u00e9piscopat africain, ou la catholique, repr\u00e9sent\u00e9e par les quelques \u00e9v\u00eaques align\u00e9s \u00e0 la proposition mod\u00e9r\u00e9e de C\u00e9cilien et, plus tard, d&#8217;Augustin d&#8217;Hippone ? Qui s&#8217;est s\u00e9par\u00e9 de qui ? Du point de vue donatiste, la communaut\u00e9 catholique avait perdu la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la proposition du Christ et, en ce sens, avait cess\u00e9 d&#8217;\u00eatre une v\u00e9ritable \u00e9glise. L&#8217;acte schismatique, donc, aurait \u00e9t\u00e9 commis par les catholiques. Pour les donatistes, le clerg\u00e9 catholique, corrompu, n&#8217;\u00e9tait pas capable de dispenser des sacrements valides, car l&#8217;action de l&#8217;Esprit Saint ne profitait pas au geste des p\u00e9cheurs, m\u00eame c\u00e9l\u00e9br\u00e9 au nom du Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec la fin des pers\u00e9cutions imp\u00e9riales, en 311, r\u00e9sultat de la paix constantinienne, les esprits des \u00e9v\u00eaques nord-africains ne se sont pas apais\u00e9s, car Constantin, afin de tenter de pacifier la r\u00e9gion, a pris le parti de C\u00e9cilien et de ses partisans, leur accordant non seulement le soutien de l&#8217;Empire, mais aussi un soutien \u00e9conomique et un poste politique de premier plan. Les donatistes y voyaient la confirmation que la communaut\u00e9 catholique, pro-romaine, \u00e9tait de connivence avec l&#8217;Empire et ne pouvait, en aucun cas, \u00eatre une \u00e9glise authentique. Il convient de noter que, dans l&#8217;accusation donatiste contre la communaut\u00e9 catholique, se cache un certain m\u00e9pris des donatistes pour les r\u00e9f\u00e9rences culturelles romaines qui marquaient une partie des Africains du Nord r\u00e9sidant dans les villes fortement romanis\u00e9es du littoral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La position catholique profess\u00e9e par le groupe de C\u00e9cilien \u00e9tait en fait align\u00e9e avec l&#8217;ouverture culturelle du monde romain m\u00e9diterran\u00e9en qui postulait l&#8217;universalit\u00e9, ce qui, dans ce cas, s&#8217;accordait bien avec l&#8217;id\u00e9e de catholicit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise. C&#8217;est pourquoi Constantin a soutenu les catholiques, car son projet de gouvernement visait justement \u00e0 affirmer l&#8217;universalit\u00e9 de l&#8217;Empire contre les r\u00e9gionalismes fragmentaires. Les donatistes, en revanche, form\u00e9s par des individus et des communaut\u00e9s qui d\u00e9fendaient une culture nord-africaine locale, moins romanis\u00e9e et plus exclusiviste, ne tol\u00e9raient pas le lien entre l&#8217;\u00c9glise et l&#8217;Empire, m\u00eame si ce n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;en termes culturels. Ce que l&#8217;on peut comprendre de ce schisme nord-africain, c&#8217;est que les arguments eccl\u00e9siologiques et sacramentels cachaient, plus profond\u00e9ment, un probl\u00e8me sociopolitique qui affligeait la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble et qui incluait \u00e9galement une vive disparit\u00e9 et rivalit\u00e9 entre les communaut\u00e9s rurales, g\u00e9n\u00e9ralement align\u00e9es avec les donatistes, et les communaut\u00e9s urbaines, plus align\u00e9es avec les catholiques. Si l&#8217;on ne prend pas en compte ce r\u00e9seau complexe de relations, il est impossible de comprendre l&#8217;histoire du schisme africain et, par cons\u00e9quent, m\u00eame l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise (BROWN, 2005, p. 251 ; FIGUINHA, 2009, p. 16 ; FREND, 1982, p. 126).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>4 Schisme, h\u00e9r\u00e9sie et violence : les limites de l&#8217;orthodoxie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne la relation entre les \u00e9glises, le Ve si\u00e8cle n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 moins turbulent ; il a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 encore pire, comme on peut le lire, par exemple, dans l&#8217;<em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em> de Socrate de Constantinople (380-440), principal t\u00e9moignage du schisme nestorien de 431. Nestorius (386-451) \u00e9tait un moine antiochien \u00e9lu \u00e9v\u00eaque de Constantinople en 428. R\u00e9put\u00e9 pour sa pi\u00e9t\u00e9 et son \u00e9loquence, Nestorius a commenc\u00e9 son mandat en exhortant l&#8217;empereur Th\u00e9odose II (401-450) \u00e0 expurger la terre de tous les h\u00e9r\u00e9tiques, s&#8217;il voulait que Dieu lui donne la victoire sur l&#8217;Empire perse ennemi. Le texte de Socrate (7.29.5 ou 7.29.10) laisse voir comment, d\u00e9j\u00e0 dans la g\u00e9n\u00e9ration de 430, il y avait dans l&#8217;\u00c9glise une aile de clercs convaincus que l&#8217;\u00c9tat romain \u00e9tait un bon instrument de Dieu pour arracher, avec la force des armes, l&#8217;ivraie de l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie et du schisme. \u00c0 l&#8217;\u00c9tat, il revient d&#8217;utiliser la force dans l&#8217;\u00c9glise pour la lib\u00e9rer de l&#8217;erreur de certains, et \u00e0 l&#8217;\u00c9glise d&#8217;aider l&#8217;\u00c9tat dans ses besoins politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette opinion, d&#8217;ailleurs, n&#8217;\u00e9tait pas en soi une nouveaut\u00e9, car Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e (<em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em> VII, 27.29) soutenait la m\u00eame opinion lorsqu&#8217;il relatait le destin de l&#8217;\u00e9v\u00eaque Paul de Samosate (200-275) dans le si\u00e8ge d&#8217;Antioche, qui, vers 260, a d\u00e9cid\u00e9 de s&#8217;exprimer, en tant qu&#8217;\u00e9v\u00eaque, d&#8217;une mani\u00e8re qui d\u00e9rangeait les autres \u00e9v\u00eaques de Syrie. Ces derniers ont alors fait appel \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 imp\u00e9riale pour retirer Paul par la force de l&#8217;\u00e9v\u00each\u00e9 \u2013 rappelons qu&#8217;en 260, l&#8217;Empire pers\u00e9cutait encore l&#8217;\u00c9glise ; par cons\u00e9quent, ce recours \u00e0 l&#8217;Empire pa\u00efen montre que, lorsqu&#8217;il s&#8217;agissait de d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats, les \u00e9v\u00eaques ne voyaient aucun probl\u00e8me \u00e0 se rapprocher du pers\u00e9cuteur. Les anciens historiens eccl\u00e9siastiques, comme Eus\u00e8be et Socrate, mentionnent des actes de violence commis \u00e0 la fois par des \u00e9v\u00eaques consid\u00e9r\u00e9s comme mauvais et perdus, comme Nestorius, et par des \u00e9v\u00eaques v\u00e9n\u00e9r\u00e9s aujourd&#8217;hui comme saints, comme Cyrille d&#8217;Alexandrie. Dans l&#8217;<em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em> (7.13), Socrate raconte la violence avec laquelle l&#8217;\u00e9v\u00eaque Saint Cyrille a extirp\u00e9 tous les juifs de la ville et fait incendier leurs synagogues, ainsi que l&#8217;\u00e9pisode de l&#8217;assassinat de la philosophe alexandrine Hypatie (7.15.7). Bien que Socrate n&#8217;ait pas de sympathie pour Cyrille, son r\u00e9cit n&#8217;\u00e9tait pas fantaisiste, car il a pris soin de ne pas confondre la fureur de l&#8217;\u00e9v\u00eaque et de ses partisans avec le z\u00e8le juste et admissible d\u00e9montr\u00e9 par ceux que l&#8217;historien appelle les &#8220;hommes saints&#8221; de l&#8217;\u00c9glise (GADDIS, 2005, p. 222). Malgr\u00e9 cela, la destruction du temple de S\u00e9rapis et la pers\u00e9cution d&#8217;Hypatie s&#8217;appuient sur la l\u00e9gislation anti-pa\u00efenne promulgu\u00e9e par l&#8217;empereur Th\u00e9odose Ier entre 391-392 (CAMERON, 1998, p. 60).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ces r\u00e9cits anciens, il est difficile de s\u00e9parer le concept d&#8217;h\u00e9r\u00e9sie de celui de schisme ; les deux sont des comportements manifestement contraires \u00e0 l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise et \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 de ses pasteurs. C&#8217;est pourquoi nous voyons que les \u00e9v\u00eaques recourent presque toujours \u00e0 l&#8217;action de l&#8217;\u00c9tat pour \u00e9radiquer de l&#8217;\u00c9glise toute forme d&#8217;expression eccl\u00e9siale diff\u00e9rente : d&#8217;un point de vue strictement historique, le maintien de l&#8217;unit\u00e9 et l&#8217;\u00e9radication de l&#8217;erreur d\u00e9coulent de l&#8217;utilisation de la violence, tant celle de l&#8217;\u00c9tat que celle de l&#8217;\u00c9glise elle-m\u00eame. Il est important de noter que la radicalisation de certains secteurs cl\u00e9ricaux (qui n&#8217;\u00e9taient pas rares) s&#8217;est produite pendant, mais surtout apr\u00e8s la fin des pers\u00e9cutions contre la foi : comment expliquer cela ? Les \u00e9glises n&#8217;avaient-elles pas suffisamment souffert pendant trois si\u00e8cles ? Ne pr\u00eachaient-elles pas la paix ? N&#8217;\u00e9taient-elles pas les \u00e9pouses du Christ, le prince de la paix ? Il est curieux de constater que cette radicalisation, d&#8217;abord dirig\u00e9e contre les juifs, les pa\u00efens et les h\u00e9r\u00e9tiques, s&#8217;est \u00e9galement tourn\u00e9e contre les propres \u00e9v\u00eaques et clercs (d&#8217;abord non h\u00e9r\u00e9tiques) et, \u00e0 travers une longue lutte pour le pouvoir au sein de l&#8217;\u00e9cum\u00e8ne chr\u00e9tienne, la violence contre les juifs, les pa\u00efens et les h\u00e9r\u00e9tiques a l\u00e9g\u00e8rement diminu\u00e9 pour concentrer ses forces contre les \u00e9v\u00eaques entre eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On croyait que l&#8217;usage de la violence \u00e9tait juste parce que l&#8217;effet de l&#8217;erreur pr\u00e9sent dans les schismes, les h\u00e9r\u00e9sies et les idol\u00e2tries \u00e9tait bien pire. Le moine \u00e9gyptien Shenoute (ou Shenouda) d&#8217;Atripe (385-466), abb\u00e9 du Monast\u00e8re Blanc de Sohag, a un jour envahi la maison d&#8217;un aristocrate non chr\u00e9tien et d\u00e9truit toutes les idoles qu&#8217;il y trouvait. Accus\u00e9 de violence et de crime d&#8217;invasion et de banditisme, il r\u00e9pondit : &#8220;il n&#8217;y a pas de crime pour ceux qui poss\u00e8dent le Christ&#8221; (GADDIS, 2007, p. 1). La solution de Shenoute, en plus d&#8217;\u00eatre ill\u00e9gale, r\u00e9v\u00e8le que les chr\u00e9tiens pouvaient \u00e9galement forger leur propre compr\u00e9hension de ce qu&#8217;\u00e9tait le crime, la violence, l&#8217;erreur, le schisme et l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie. Ces derniers n&#8217;\u00e9taient pas des choses objectives, mais le r\u00e9sultat d&#8217;une interpr\u00e9tation particuli\u00e8re qui pouvait varier au gr\u00e9 des positions les plus radicales ou les plus mod\u00e9r\u00e9es. Ainsi, au lieu de nous \u00e9tonner de voir que les communaut\u00e9s eccl\u00e9siales anciennes pouvaient \u00eatre extr\u00eamement violentes (GADDIS, 2007 ; JENKINS, 2013), nous devons repenser la signification sociologique du conflit et le comprendre \u00e0 la lumi\u00e8re de l&#8217;horizon historique des personnages impliqu\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le conflit ou la gestion du conflit, aux IVe et Ve si\u00e8cles, \u00e9tait un m\u00e9canisme important dans la d\u00e9finition de l&#8217;autorit\u00e9 \u00e9piscopale (rappelons le cas de la querelle entre Novatien et Corneille \u00e0 Rome, ou de Donat et C\u00e9cilien \u00e0 Carthage) : lutter contre Novatien, consid\u00e9r\u00e9 par les catholiques comme un schismatique et un h\u00e9r\u00e9tique, a renforc\u00e9 Corneille en tant qu&#8217;\u00e9v\u00eaque, car il est devenu d\u00e9fenseur de la foi, et l&#8217;a aid\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir plus clairement son r\u00f4le de chef de l&#8217;\u00e9glise romaine et, plus encore, l&#8217;a plac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate des \u00e9glises italiennes, car l&#8217;\u00e9pisode a justifi\u00e9 la d\u00e9position des \u00e9v\u00eaques qui avaient ordonn\u00e9 Novatien illicitement. \u00c0 Carthage, la position de Donat \u00e9tait en accord avec l&#8217;opinion majoritaire des \u00e9v\u00eaques de Numidie qui, m\u00e9contents de la situation de leurs coll\u00e8gues consid\u00e9r\u00e9s comme collaborateurs, invalidaient leur ordination, ce qui montre que combattre les tra\u00eetres faisait partie de la fonction de l&#8217;\u00e9v\u00eaque de la v\u00e9ritable \u00c9glise, celle des purs et des immacul\u00e9s donatistes. En d&#8217;autres termes, les conflits \u00e9piscopaux, lorsqu&#8217;ils \u00e9taient efficacement g\u00e9r\u00e9s, conf\u00e9raient \u00e0 leurs gestionnaires une consolidation \u00e9norme de leur autorit\u00e9, d&#8217;une part, et de leur charisme personnel, d&#8217;autre part. La d\u00e9claration de condamnation de l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie ou du schisme faisait partie du r\u00e9pertoire rh\u00e9torique et politique mobilis\u00e9 par les \u00e9v\u00eaques pour soutenir leur pouvoir en contestant celui de leurs concurrents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>5 Conclusion<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, on peut conclure que, historiquement parlant, le schisme peut \u00eatre un acte sectaire, mais il est plus pr\u00e9cis\u00e9ment une mani\u00e8re de g\u00e9rer les diff\u00e9rences \u2013 sociales, culturelles, doctrinales et liturgiques \u2013 au sein d&#8217;une communaut\u00e9 eccl\u00e9siale donn\u00e9e ou entre deux ou plusieurs \u00e9glises locales. De plus, le schisme fait allusion aux multiples diff\u00e9rences r\u00e9gionales, politiques et sociales qui marquaient l&#8217;Empire romain et qui, par extension, ont \u00e9galement marqu\u00e9 les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes qui se sont d\u00e9velopp\u00e9es sur son sol. Il est trompeur de supposer que les \u00e9glises, d&#8217;hier et d&#8217;aujourd&#8217;hui, r\u00e9pondent uniquement \u00e0 leurs propres demandes et que leurs histoires se d\u00e9roulent parall\u00e8lement \u00e0 l&#8217;histoire sociale de leur milieu. Dans ce cas, le schisme doit \u00eatre r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 selon une cl\u00e9 qui comprend que la diversit\u00e9, et non l&#8217;uniformit\u00e9, est consubstantielle \u00e0 l&#8217;identit\u00e9 m\u00eame du christianisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela ne signifie pas, comme dit pr\u00e9c\u00e9demment, que l&#8217;exp\u00e9rience de rupture au sein des \u00e9glises n&#8217;\u00e9tait pas v\u00e9cue comme quelque chose de douloureux et scandaleux, mais nous ne devons pas oublier que les propres communaut\u00e9s eccl\u00e9siales, en d\u00e9finissant et en condamnant les schismes, cherchaient \u00e0 affirmer leurs idiosyncrasies et, en ce sens, d\u00e9fendaient leur perspective de vainqueurs, comme on le trouve, par exemple, dans l&#8217;<em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em> d&#8217;Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e. Cet \u00e9v\u00eaque, lorsqu&#8217;il \u00e9crivait son ouvrage, savait qu&#8217;il \u00e9tait membre d&#8217;un empire dirig\u00e9 par un empereur chr\u00e9tien et que les \u00e9v\u00eaques, successeurs des ap\u00f4tres, \u00e9taient \u00e9galement de v\u00e9ritables magistrats romains occupant les si\u00e8ges des villes d&#8217;un empire universel et \u00e9taient donc des hommes de pouvoir. Son <em>Histoire<\/em> refl\u00e8te cette situation hautement privil\u00e9gi\u00e9e de l&#8217;\u00e9piscopat monarchique, un type de gouvernement eccl\u00e9sial qui s&#8217;est lentement impos\u00e9 sur d&#8217;autres modes de gouvernement plus coll\u00e9giaux. En \u00e9crivant l&#8217;<em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em>, Eus\u00e8be louait la tradition \u00e9piscopale et l&#8217;\u00e9levait au rang de paradigme de l&#8217;apostolicit\u00e9 m\u00eame de l&#8217;\u00c9glise qu&#8217;il voyait comme la v\u00e9ritable \u00c9glise, ce qui restait de bon de toutes les sectes et schismes du pass\u00e9. Ce n&#8217;est pas qu&#8217;il manipulait habilement l&#8217;histoire en faveur de son parti, mais il est impossible de ne pas remarquer que, en tant qu&#8217;\u00e9v\u00eaque et alli\u00e9 de l&#8217;Empire, sa vision des faits \u00e9tait conforme \u00e0 sa position dans le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir de la constatation que les sources historiques dont nous disposons sont des produits de courants chr\u00e9tiens qui sont sortis victorieux de leurs affrontements et sont donc des discours d\u00e9pr\u00e9ciatifs des diff\u00e9rences, il est tr\u00e8s difficile de comprendre le v\u00e9ritable sens des schismes, surtout pour les groupes qui les ont choisis comme condition de survie de leur propre foi. Ainsi, l&#8217;historiographie et la th\u00e9ologie sont invit\u00e9es \u00e0 d\u00e9passer la vision t\u00e9l\u00e9ologique qui a marqu\u00e9 l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise, d&#8217;hier et d&#8217;aujourd&#8217;hui, pour trouver, sous les d\u00e9combres de la <em>damnatio memoriae<\/em> (la condamnation de certains aspects du pass\u00e9), les \u00e9l\u00e9ments les plus appropri\u00e9s pour \u00e9laborer leur propre lecture de l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<em>Andr\u00e9 Miatello,\u00a0<\/em>UFMG\/FAJE &#8211; Br\u00e9sil, Original en portugais<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>6 R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BROWN, Peter. <em>L&#8217;Ascension du Christianisme en Occident<\/em>. Trad. Eduardo Nogueira ; Rev. Saul Barata. Lisbonne : Editorial Presen\u00e7a, 1999.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">__________. <em>Saint Augustin une biographie<\/em>. Trad. Vera Ribeiro. Rio de Janeiro : Record, 2005.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CAMERON, Averil. <em>Le monde m\u00e9diterran\u00e9en dans l&#8217;Antiquit\u00e9 tardive, 395-600<\/em>. Trad. Te\u00f3filo de Lozoya. Barcelone : Cr\u00edtica, 1998.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CAMERON, Euan. <em>Interpr\u00e9ter l&#8217;histoire chr\u00e9tienne.<\/em> Le d\u00e9fi du pass\u00e9 des \u00c9glises. Malden : Blackwell Publishing, 2005.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">FIGUINHA, Matheus Coutinho. <em>Serviteurs de Dieu.<\/em> Monachisme, pouvoir et orthodoxie chez Saint Augustin. S\u00e3o Paulo : Annablume, 2009.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">FREND, W. H. C. <em>L&#8217;\u00c9glise primitive.<\/em> Minneapolis : Fortress Press, 1982.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">GADDIS, Michael. <em>Il n&#8217;y a pas de crime pour ceux qui ont le Christ<\/em>. Violence religieuse dans l&#8217;Empire romain chr\u00e9tien. Berkeley\/Los Angeles\/Londres : University of California Press, 2005.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">IRVIN, Dale ; SUNQUIST, Scott W. <em>Histoire du mouvement chr\u00e9tien mondial<\/em>. Volume I : Du christianisme primitif \u00e0 1453. S\u00e3o Paulo : Paulus, 2004.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">JENKINS, Philip. <em>Guerres Saintes.<\/em> Comment 4 Patriarches, 3 Reines et 2 Empereurs ont d\u00e9cid\u00e9 de ce que les chr\u00e9tiens croiraient pour les 1500 prochaines ann\u00e9es. Trad. Carlos Szlak. Rio de Janeiro : LeYa, 2013.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">JOHNSON, Paul. <em>Histoire du Christianisme.<\/em> Trad. Cristiana de Assis Serra. Rio de Janeiro : Imago, 2001.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MARGUERAT, Daniel. <em>La Premi\u00e8re Histoire du Christianisme.<\/em> Les Actes des Ap\u00f4tres. Trad. Fredericus Antonius Stein. S\u00e3o Paulo : Paulus ; Loyola, 2003.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">STARK, Rodney. <em>Ascension et affirmation du Christianisme.<\/em> Comment un mouvement obscur et marginal est devenu en quelques si\u00e8cles la religion dominante de l&#8217;Occident. Turin : Lindau s.r.l., 2007.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Sommaire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1 D\u00e9finition conceptuelle<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2 Acte schismatique dans l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3 Le schisme comme lutte pour le pouvoir dans l&#8217;\u00c9glise<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3.1 Premier exemple : le schisme de Novat \u00e0 Rome (251)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3.2 Deuxi\u00e8me exemple : le schisme des \u00e9glises nord-africaines au IVe si\u00e8cle<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4 Schisme, h\u00e9r\u00e9sie et violence : les limites de l&#8217;orthodoxie<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">5 Conclusion<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">6 R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1 D\u00e9finition conceptuelle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&#8217;un point de vue \u00e9tymologique, le terme schisme, issu du grec, signifie l&#8217;acte de s\u00e9paration, division ou rupture qui affecte une collectivit\u00e9, particuli\u00e8rement au sein du christianisme, par lequel un groupe de membres d&#8217;une communaut\u00e9 donn\u00e9e d\u00e9cide de vivre des aspects de la foi ou du culte d&#8217;une mani\u00e8re diff\u00e9rente de leur communaut\u00e9 initiale. Pour cela, ce groupe se d\u00e9tourne de la pratique commune afin de chercher une exp\u00e9rience plus sp\u00e9cifique ou particuli\u00e8re de la foi, affirmant parfois des aspects doctrinaux diff\u00e9rents (comme dans le cas de l&#8217;arianisme ou du p\u00e9lagianisme), d\u00e9fendant parfois une posture disciplinaire ou morale diverse (comme dans le cas du novatianisme ou du donatisme) (STARK, 2007, p. 54).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, d&#8217;un point de vue historique, il est tr\u00e8s difficile de soutenir une compr\u00e9hension fixiste et universelle du schisme, car on remarque que les communaut\u00e9s religieuses \u00e9laborent, \u00e0 leur mani\u00e8re, le concept de schisme en se guidant par leurs traditions et int\u00e9r\u00eats particuliers, ce qui peut \u00e9largir, durcir ou flexibiliser le v\u00e9ritable sens de rupture ou de s\u00e9paration. Ainsi, il n&#8217;est pas facile pour le chercheur contemporain d&#8217;identifier l&#8217;acte schismatique dans son sens empirique, dans le pass\u00e9, car la compr\u00e9hension du schisme \u00e9tait souvent guid\u00e9e par des jeux de pouvoir au sein des communaut\u00e9s et devenait un instrument de d\u00e9l\u00e9gitimation de sujets eccl\u00e9siaux sp\u00e9cifiques que l&#8217;on souhaitait retirer de la sc\u00e8ne officielle. Cette constatation nous forcera, dans ce texte, \u00e0 interroger la construction historique du concept de schisme, du point de vue de l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise, en le prenant comme partie du d\u00e9veloppement institutionnel des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes. C&#8217;est pourquoi nous ferons une discussion historique large et g\u00e9n\u00e9rale du concept, en tenant compte des manifestations concr\u00e8tes d&#8217;actes schismatiques sans pour autant les particulariser ou les isoler comme des \u00e9v\u00e9nements atypiques ou circonstanciels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2 Acte schismatique dans l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9tant un acte de rupture d\u00e9riv\u00e9 d&#8217;une situation de r\u00e9bellion, le schisme est particuli\u00e8rement ressenti lorsque la communaut\u00e9 religieuse affirme l&#8217;unit\u00e9 comme nature fondamentale, visible dans un corps doctrinal, disciplinaire, sacramentel et liturgique partag\u00e9 par les membres de la communaut\u00e9 ; dans ce cas, le schisme est interpr\u00e9t\u00e9 comme une s\u00e9cession d&#8217;une partie de cette communaut\u00e9 qui, \u00e0 partir d&#8217;un moment donn\u00e9, prend un chemin particulier, se distanciant de la tradition commune. Cette rupture est alors v\u00e9cue comme un traumatisme, un \u00e9v\u00e9nement d&#8217;une \u00e9norme magnitude qui, souvent, est accompagn\u00e9 de conflits violents, parfois mortels, commis par la communaut\u00e9 majoritaire qui, dans le but de sauvegarder l&#8217;unit\u00e9, investit toutes ses forces persuasives pour maintenir le groupe consid\u00e9r\u00e9 dissident dans l&#8217;unit\u00e9 originelle (GADDIS, 2005).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le cas chr\u00e9tien, l&#8217;exp\u00e9rience communautaire du schisme se pr\u00e9sente comme particuli\u00e8rement traumatique en raison d&#8217;une consid\u00e9ration particuli\u00e8re de l&#8217;unit\u00e9 qui, dans le cas de l&#8217;\u00c9vangile de Jean, est proclam\u00e9e par J\u00e9sus pendant le discours d&#8217;adieu, surtout dans la pri\u00e8re sacerdotale : &#8220;P\u00e8re saint, garde-les en ton nom, que tu m&#8217;as charg\u00e9 de faire conna\u00eetre, afin qu&#8217;ils soient un comme nous&#8221; (Jn 17,11) ; dans la Premi\u00e8re Lettre aux Corinthiens (12,12-14), Paul identifie l&#8217;\u00c9glise au corps mystique du Christ qui, par analogie, doit \u00eatre un, comme lui, malgr\u00e9 la diversit\u00e9 de ses membres. Ainsi consid\u00e9r\u00e9, l&#8217;acte schismatique devient une atteinte non seulement contre la communaut\u00e9, mais surtout contre le myst\u00e8re du Corps du Christ que l&#8217;\u00c9glise-une repr\u00e9sente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme on peut le noter, les premi\u00e8res communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes ne voyaient pas les schismes comme des \u00e9v\u00e9nements probables et compr\u00e9hensibles selon les logiques sociales qui r\u00e9gissent les groupes humains, dont le d\u00e9veloppement favorise souvent les s\u00e9parations et les d\u00e9membrements afin de permettre la survie des h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s qui, au fil du temps, ont \u00e9t\u00e9 assum\u00e9es comme partie de l&#8217;identit\u00e9 de communaut\u00e9s pr\u00e9cises au sein d&#8217;une grande f\u00e9d\u00e9ration de communaut\u00e9s. Au contraire, les communaut\u00e9s, malgr\u00e9 la diversit\u00e9 des villes, des langues et des provenances ethniques dans lesquelles elles s&#8217;inscrivaient, professaient une unit\u00e9, confondue avec une pr\u00e9tendue homog\u00e9n\u00e9it\u00e9, qui, dans la pratique, cachait leurs divergences naturelles de pratiques et de croyances (BROWN, 1999, p. 22).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 il n&#8217;\u00e9tait pas encore n\u00e9cessaire d&#8217;avoir un symbole \u00e9labor\u00e9 de la foi et o\u00f9 il n&#8217;y avait pas encore un canon exclusif des textes bibliques valable pour toutes les communaut\u00e9s, il est presque impossible de d\u00e9limiter jusqu&#8217;o\u00f9 allait la diversit\u00e9 tol\u00e9r\u00e9e (qui exprime n\u00e9anmoins l&#8217;unit\u00e9) et o\u00f9 commen\u00e7ait la diversit\u00e9 intol\u00e9rable (celle-ci d\u00e9finie comme schisme). Un exemple de cette compr\u00e9hension compliqu\u00e9e se trouve dans les Actes des Ap\u00f4tres, chapitre 15, lorsque son auteur, en d\u00e9crivant la divergence entre la communaut\u00e9-m\u00e8re de J\u00e9rusalem, dirig\u00e9e par Jacques, et la communaut\u00e9-fille d&#8217;Antioche, dirig\u00e9e par Paul et Barnabas, pr\u00e9f\u00e8re passer sous silence les profondes discordes entre les deux \u00e9glises (et entre Jacques et Paul), donnant \u00e0 l&#8217;\u00e9pisode une r\u00e9solution facile qui affirmait une unit\u00e9 tr\u00e8s fragile et menac\u00e9e, comme l&#8217;a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&#8217;ap\u00f4tre Paul lui-m\u00eame, dans sa Lettre aux Galates, chapitre 2. On pourrait argumenter que Luc, en tant qu&#8217;historien du christianisme naissant, se guidait plus par la th\u00e9ologie et la vision providentielle de l&#8217;Histoire que par les canons de l&#8217;historiographie hell\u00e9nique, qu&#8217;il devait conna\u00eetre (MARGUERAT, 2003, p. 31); cependant, sa position th\u00e9ologique des faits, centr\u00e9e sur la conduite pneumatique, a conduit \u00e0 la pr\u00e9dominance d&#8217;une vision conciliatrice des diversit\u00e9s eccl\u00e9siales. Une fois que les Actes des Ap\u00f4tres sont devenus une sorte de prototype de ce que l&#8217;on allait appeler l&#8217;Histoire Eccl\u00e9siastique, expression invent\u00e9e par l&#8217;\u00e9v\u00eaque Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e (263-339), on peut dire que cette vision conciliatrice lucanienne s&#8217;est impos\u00e9e comme un paradigme originel pour les auteurs chr\u00e9tiens anciens et est rest\u00e9e forte m\u00eame apr\u00e8s la syst\u00e9matisation g\u00e9n\u00e9rale de la foi avec le Concile de Nic\u00e9e (325).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;\u00e9v\u00eaque Ir\u00e9n\u00e9e de Lyon (130-202), dans son trait\u00e9 <em>Contre les H\u00e9r\u00e9sies<\/em> (Liv. I, 10,2), renfor\u00e7ait l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise qui, selon lui, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pandue en Orient et en Occident, lui attribuant l&#8217;uniformit\u00e9 de la foi, de la tradition et de l&#8217;enseignement malgr\u00e9 la variation linguistique qui caract\u00e9risait les r\u00e9gions du monde romain o\u00f9 les \u00e9glises \u00e9taient implant\u00e9es. Bien que son propre ouvrage d\u00e9non\u00e7\u00e2t l&#8217;existence et la force persuasive de communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes qui suivaient une autre th\u00e9ologie, qu&#8217;il appelait h\u00e9r\u00e9tiques ou gnostiques, Ir\u00e9n\u00e9e croyait que l&#8217;unit\u00e9 de la foi \u00e9tait le sceau d&#8217;authenticit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise dont il faisait partie. De m\u00eame, le th\u00e9ologien Orig\u00e8ne (185-254), dans les <em>Hom\u00e9lies sur \u00c9z\u00e9chiel<\/em> (9,1), consid\u00e9rait que l&#8217;unit\u00e9 et la communion d\u00e9rivaient de la vertu, tandis que la diversit\u00e9 ou la multiplicit\u00e9 provenaient des p\u00e9ch\u00e9s, d&#8217;o\u00f9 les schismes, les h\u00e9r\u00e9sies et les dissensions \u00e9taient n\u00e9cessairement lus comme l&#8217;expression de cette r\u00e9bellion originelle qui avait caus\u00e9 la disgr\u00e2ce de l&#8217;ordre de la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la lumi\u00e8re des deux t\u00e9moignages anciens, on voit que la diversit\u00e9 historique et les disputes entre les \u00e9glises, \u00e9videntes depuis ce que l&#8217;on appelle l&#8217;Accord de J\u00e9rusalem (Ac 15 ; Ga 2), ont \u00e9t\u00e9 couvertes par une lecture spiritualisante, c&#8217;est-\u00e0-dire qui a minimis\u00e9 les donn\u00e9es historiques et sociales, en vue de la d\u00e9fense d&#8217;une orthodoxie qui, nous le savons, ne s&#8217;est pas form\u00e9e sans luttes et dissensions. Pour le courant eccl\u00e9sial repr\u00e9sent\u00e9 par Ir\u00e9n\u00e9e et Orig\u00e8ne, les schismes n&#8217;\u00e9taient pas compris uniquement comme quelque chose de bien plus grave que la s\u00e9paration ou l&#8217;individualisation des communaut\u00e9s, mais surtout comme une terrible continuation du p\u00e9ch\u00e9 dans le monde. En associant la diversit\u00e9 au p\u00e9ch\u00e9 et l&#8217;uniformit\u00e9 \u00e0 la gr\u00e2ce, les discours eccl\u00e9siastiques ont tordu les manifestations d&#8217;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s et d&#8217;identit\u00e9s locales en les transformant en obstacles \u00e0 l&#8217;uniformisation qui devait authentifier la communaut\u00e9; ainsi, la diversit\u00e9 en est venue \u00e0 \u00eatre vue comme quelque chose de risqu\u00e9 et probablement une atteinte \u00e0 l&#8217;uniformit\u00e9 originelle suppos\u00e9e. Le cas du <em>Contre les H\u00e9r\u00e9sies<\/em>, d&#8217;Ir\u00e9n\u00e9e, nous permet de voir comment la sauvegarde d&#8217;une christologie incarn\u00e9e et historique a utilis\u00e9 une certaine plastification de l&#8217;uniformit\u00e9 qui, \u00e0 l&#8217;avenir, a rendu l&#8217;accusation de schisme \u00e0 ce qui n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;une r\u00e9ponse locale \u00e0 la foi apostolique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette compr\u00e9hension ir\u00e9n\u00e9enne de l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise a, en quelque sorte, conditionn\u00e9 ce que l&#8217;on appelle l&#8217;Histoire des Dogmes. On a tendance \u00e0 interpr\u00e9ter les \u00e9tapes de la formation de la doctrine chr\u00e9tienne sur la base de phases g\u00e9n\u00e9ratrices sp\u00e9cifiques, g\u00e9n\u00e9ralement appel\u00e9es controverses : controverse trinitaire, controverse christologique, controverse pneumatologique, controverse iconoclaste, entre autres. Les historiens et les th\u00e9ologiens croient g\u00e9n\u00e9ralement que ces controverses constituent des \u00e9tapes chronologiques, donc historiques et r\u00e9elles (on dirait m\u00eame naturelles) d&#8217;une marche bimill\u00e9naire du christianisme \u00e0 travers l&#8217;Histoire. Le curieux est que cette marquage est, en r\u00e9alit\u00e9, une abstraction explicative cr\u00e9\u00e9e <em>a posteriori<\/em>, sans le fondement r\u00e9el d\u00fb, tant que l&#8217;on regarde les sources historiques sans les lentilles d&#8217;une interpr\u00e9tation \u00e9volutionniste et controversiste de l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise. Cette observation nous apprend qu&#8217;en faisant l&#8217;histoire de la th\u00e9ologie, il faut \u00e9viter la s\u00e9duction de la Th\u00e9ologie de l&#8217;Histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De cette mani\u00e8re, si le schisme na\u00eet d&#8217;une controverse, nous devons alors red\u00e9finir le r\u00f4le du schisme dans l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise, car la controverse (dans ses diverses manifestations) constitue le propre <em>ethos<\/em> de cette histoire : supposer un \u201cchristianisme normatif\u201d depuis les origines est plus un acte de foi qu&#8217;une enqu\u00eate historiographique qui, au contraire, met en \u00e9vidence les extr\u00eames h\u00e9t\u00e9ronomies des communaut\u00e9s, qu&#8217;elles soient juridiques, doctrinales ou liturgiques (JOHNSON, 2001, p.58). Cependant, il faut \u00eatre attentif : tous les d\u00e9saccords sur une mati\u00e8re th\u00e9ologique ne conduisent pas \u00e0 un conflit eccl\u00e9sial, ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 poser la question : pourquoi certaines diff\u00e9rences de compr\u00e9hension g\u00e9n\u00e8rent-elles des conflits et des ruptures et d&#8217;autres non ? Pourquoi certains conflits se traduisent-ils par des accords (assimilation de la diff\u00e9rence) et d&#8217;autres par des schismes (\u00e9limination des d\u00e9viants) ? Une lecture non g\u00e9n\u00e9ratrice de l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise (qui ne suppose pas des phases incontournables et naturalis\u00e9es de croissance) nous am\u00e8ne \u00e0 constater que, dans une dispute th\u00e9ologique, au moins dans l&#8217;Antiquit\u00e9 et au Moyen \u00c2ge, ce qui \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement en jeu, c&#8217;\u00e9tait la d\u00e9fense du pouvoir de ceux qui \u00e9tablissaient la doctrine et non la doctrine elle-m\u00eame ou la d\u00e9viance de la doctrine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d&#8217;autres termes, les controverses dogmatiques faisaient partie des expressions des affrontements entre communaut\u00e9s ou entre leaders de ces communaut\u00e9s pour affirmer la sup\u00e9riorit\u00e9 d&#8217;une culture eccl\u00e9siale donn\u00e9e sur la culture d&#8217;une autre \u00e9glise, comme on le voit si souvent dans les confrontations des \u00e9glises d&#8217;Antioche, d&#8217;Alexandrie et de Rome entre les IIIe et Ve si\u00e8cles. Par exemple, dans la vision d&#8217;Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e, la garantie de l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise ne r\u00e9sidait pas dans la fixation des id\u00e9es, mais dans la succession apostolique, c&#8217;est-\u00e0-dire dans la continuit\u00e9 des personnes : ce choix semble nous indiquer que les communaut\u00e9s n\u00e9gociaient la direction et le pouvoir en utilisant les controverses comme motif d&#8217;opposition entre les \u201cvrais\u201d et les \u201cfaux\u201d ministres (CAMERON, 2005, p. 133).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3 Le schisme comme lutte pour le pouvoir dans l&#8217;\u00c9glise : deux exemples<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3.1. Le schisme de Novat \u00e0 Rome (251)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e, dans le Livre VI de son <em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em>, narre les \u00e9v\u00e9nements d\u00e9riv\u00e9s de la soi-disant pers\u00e9cution de l&#8217;empereur D\u00e8ce, en 249 ; le d\u00e9cret imp\u00e9rial obligeait tous les chr\u00e9tiens \u00e0 offrir des sacrifices aux dieux imp\u00e9riaux, sous peine de condamnation \u00e0 mort. Le sacrifice devait avoir lieu devant une autorit\u00e9 romaine en tant que t\u00e9moin de l&#8217;acte. Apr\u00e8s le sacrifice, qui pouvait consister simplement en la combustion d&#8217;une petite pierre d&#8217;encens, sans n\u00e9cessit\u00e9 de croire aux dieux, le chr\u00e9tien recevait un certificat l\u00e9gal, appel\u00e9 en latin <em>libellus<\/em>, raison pour laquelle ceux qui offraient le sacrifice \u00e9taient appel\u00e9s (p\u00e9jorativement) <em>libellatici<\/em> (FREND, 1982, p. 98). Pour \u00e9viter la mort et, en m\u00eame temps, l&#8217;offrande de sacrifice, de nombreux chr\u00e9tiens riches soudoyaient les autorit\u00e9s pour que leurs noms soient inscrits sur le <em>libellus<\/em> sans qu&#8217;ils fassent le sacrifice. Pour de nombreux chr\u00e9tiens, cette proc\u00e9dure \u00e9tait un scandale, car elle signifiait que ces personnes \u00e9taient tr\u00e8s l\u00e2ches et, pire encore, avaient apostasi\u00e9 et, par cons\u00e9quent, ne pouvaient plus participer \u00e0 la vie de l&#8217;\u00c9glise. Pour aggraver la situation, on soup\u00e7onnait que les <em>libellatici<\/em> collaboraient avec l&#8217;empire, fournissant des informations sur les membres de la communaut\u00e9 qui n&#8217;\u00e9taient pas dispos\u00e9s \u00e0 s&#8217;engager avec l&#8217;empire. Dans ce cas, l&#8217;acte schismatique \u00e9tait explicitement \u00e0 la fois dans l&#8217;offrande du sacrifice et dans la l\u00e2chet\u00e9 face au martyre, et sa condamnation se justifiait par la trahison de certains membres de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre-temps, des courants rigoristes ont commenc\u00e9 \u00e0 pr\u00eacher que tout chr\u00e9tien devenu <em>libellaticus<\/em> perdait la gr\u00e2ce du bapt\u00eame et, s&#8217;il voulait revenir \u00e0 la communaut\u00e9 apr\u00e8s la pers\u00e9cution, devait \u00eatre rebaptis\u00e9. D&#8217;autres n&#8217;accepteraient m\u00eame pas la r\u00e9int\u00e9gration, m\u00eame par un nouveau bapt\u00eame. Ce drame communautaire, qui a touch\u00e9 les \u00e9glises de Rome, Alexandrie et m\u00eame Carthage, dans le nord de l&#8217;Afrique, t\u00e9moigne de l&#8217;existence d&#8217;un cadre d&#8217;exclusion interne \u00e0 l&#8217;\u00e9glise qui pouvait \u00eatre aussi ou plus violent que la pers\u00e9cution imp\u00e9riale ; l&#8217;exclusion des <em>libellatici<\/em> ou <em>lapsi<\/em> (c&#8217;est-\u00e0-dire ceux qui ont c\u00e9d\u00e9 par peur du martyre) est devenue la contrepartie d&#8217;une v\u00e9ritable pers\u00e9cution intra-eccl\u00e9siale o\u00f9 les rigoristes cherchaient \u00e0 expurger des \u00e9glises les membres ind\u00e9sirables. L&#8217;attitude des secteurs rigoristes dans ces \u00e9glises pourrait \u00eatre d\u00e9crite comme une sorte de \u201cchasse aux sorci\u00e8res\u201d, ce qui, \u00e9videmment, causait une grande turbulence parmi les fid\u00e8les et le clerg\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Rome, lors du martyre de l&#8217;\u00e9v\u00eaque\/pape Fabien (\u2020250), premi\u00e8re victime du d\u00e9cret de D\u00e8ce. La lutte pour la succession de Fabien atteste \u00e0 quel point la communaut\u00e9 eccl\u00e9siale de Rome \u00e9tait divis\u00e9e entre deux tendances : les rigoristes, qui consid\u00e9raient les <em>lapsi<\/em> comme schismatiques, ont d\u00e9sign\u00e9 Novat (\u2020258) comme leur candidat ; les autres, que nous pouvons appeler les \u201cmod\u00e9r\u00e9s\u201d, c&#8217;est-\u00e0-dire ceux qui \u00e9taient dispos\u00e9s \u00e0 admettre les <em>lapsi<\/em>, ont d\u00e9sign\u00e9 Corneille (\u2020253) qui a fini par remporter l&#8217;\u00e9lection. En r\u00e9ponse \u00e0 la confiance de ses partisans, Corneille a d\u00e9ploy\u00e9 des efforts pour r\u00e9concilier les <em>lapsi<\/em> sans exiger un nouveau bapt\u00eame, mais en les obligeant \u00e0 une p\u00e9nitence publique. Les rigoristes alli\u00e9s \u00e0 Novat n&#8217;ont pas dig\u00e9r\u00e9 la d\u00e9faite et, depuis lors, la rivalit\u00e9 entre le nouvel \u00e9v\u00eaque et son pr\u00eatre a commenc\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Novat a dirig\u00e9 une r\u00e9volte interne dans l&#8217;\u00e9glise romaine, ce qui l&#8217;a conduit, y compris, \u00e0 \u00eatre ordonn\u00e9 \u00e9v\u00eaque en dehors des proc\u00e9dures canoniques et \u00e0 exiger la d\u00e9position de Corneille \u2013 il n&#8217;est donc pas surprenant que de nombreux historiens consid\u00e8rent Novat comme le premier antipape. En relatant cet \u00e9v\u00e9nement, Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e ne cache pas son indignation envers Novat. On per\u00e7oit, cependant, que cette indignation d\u00e9coulait, en premier lieu, du fait que, pour lui, il \u00e9tait v\u00e9ritablement inconcevable qu&#8217;un pr\u00eatre pense diff\u00e9remment de son \u00e9v\u00eaque et, pire encore, qu&#8217;il se rebelle contre lui. Se r\u00e9volter contre son \u00e9v\u00eaque \u00e9tait le crime impardonnable de Novat, son v\u00e9ritable schisme, et non sa position doctrinale rigoriste. Corneille, quant \u00e0 lui, en d\u00e9fendant une vision plus inclusive ou mis\u00e9ricordieuse \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des <em>lapsi<\/em>, cherchait \u00e0 assurer l&#8217;autorit\u00e9 supr\u00eame de l&#8217;\u00e9v\u00eaque de Rome.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les adeptes de Novat, connus sous le nom de novatiens, n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9int\u00e9gr\u00e9s dans l&#8217;\u00e9glise romaine apr\u00e8s le conflit, mais ont form\u00e9 une \u00e9glise autonome, non li\u00e9e \u00e0 une ville pr\u00e9cise, et leurs membres se sont r\u00e9pandus dans diverses r\u00e9gions du monde romain ; lors du Concile de Nic\u00e9e (325), les novatiens ont souscrit au credo nic\u00e9en et, par cons\u00e9quent, ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme orthodoxes dans la foi, mais dissidents en mati\u00e8re de discipline. En r\u00e9sum\u00e9, la controverse autour des <em>libellatici<\/em> et le schisme de Novat ne pointent pas imm\u00e9diatement vers un probl\u00e8me doctrinal, mais vers une lutte de pouvoir entre des groupes rivaux au sein d&#8217;une m\u00eame communaut\u00e9 et vers une confrontation entre les autorit\u00e9s hi\u00e9rarchiques, comme l&#8217;\u00e9v\u00eaque et son pr\u00eatre, face \u00e0 une d\u00e9faite \u00e9lectorale non assimil\u00e9e. La querelle de Novat contre Corneille a donn\u00e9 l&#8217;occasion \u00e0 ce dernier de montrer la place d&#8217;un pr\u00eatre et la force de l&#8217;\u00e9piscopat romain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e, fervent d\u00e9fenseur de l&#8217;autorit\u00e9 \u00e9piscopale face aux tendances, disons, plus presbyt\u00e9rales ou coll\u00e9giales, nous am\u00e8ne \u00e0 d\u00e9tester Novat et \u00e0 le consid\u00e9rer comme un perfide schismatique. L&#8217;expulsion de la m\u00e9moire de Novat, apr\u00e8s son attitude de se proclamer \u00e9v\u00eaque sans \u00e9lection canonique, nous oblige \u00e0 rester sans r\u00e9ponse \u00e0 de nombreuses questions sur la position de Corneille dans la d\u00e9fense des <em>lapsi<\/em>. Malgr\u00e9 le mauvais portrait trac\u00e9 par Eus\u00e8be, Novat et son mouvement ne peuvent pas, impun\u00e9ment, \u00eatre vus comme des victimes minoritaires et sans d\u00e9fense d&#8217;une communaut\u00e9 majoritaire et plus forte, car tant l&#8217;un que l&#8217;autre manifestent des comportements exclusivistes et cherchent, avec les ressources dont ils disposent, \u00e0 \u00e9lever leur th\u00e9ologie au rang de Th\u00e9ologie, mena\u00e7ant et pers\u00e9cutant les diff\u00e9rents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3.2. Le schisme des \u00e9glises nord-africaines au IVe si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;Afrique du Nord a subi toutes les cons\u00e9quences de la pers\u00e9cution de D\u00e8ce, y compris le probl\u00e8me des <em>lapsi<\/em> et les difficult\u00e9s de leur r\u00e9insertion eccl\u00e9siale. Bien que nous sachions qu&#8217;une grande partie des \u00e9glises africaines \u00e9tait compos\u00e9e de <em>lapsi<\/em> (FREND, 1982, p.100), une d\u00e9votion enracin\u00e9e pour les martyrs qui avaient t\u00e9moign\u00e9 de constance et de force s&#8217;est r\u00e9pandue pendant et apr\u00e8s la r\u00e9pression. La grande quantit\u00e9 de r\u00e9cits de martyres li\u00e9s aux chr\u00e9tiens africains nous donne une bonne proportion de l&#8217;attachement des \u00e9glises de cette r\u00e9gion \u00e0 leurs h\u00e9ros et de l&#8217;importance du martyre dans la constitution d&#8217;une identit\u00e9 chr\u00e9tienne en Afrique. Il n&#8217;est pas difficile d&#8217;imaginer que cette identit\u00e9 martiale se retournerait bient\u00f4t contre l&#8217;acceptation des la\u00efcs et des clercs qui, pour diverses raisons, avaient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 r\u00e9sister \u00e0 la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La situation s&#8217;est aggrav\u00e9e lorsque, en 303, l&#8217;autorit\u00e9 imp\u00e9riale a lanc\u00e9 une nouvelle offensive contre les chr\u00e9tiens. Cette fois, il s&#8217;agissait de d\u00e9truire toutes les copies des Saintes \u00c9critures, les objets liturgiques et de br\u00fbler toutes les \u00e9glises afin que les fid\u00e8les n&#8217;aient nulle part o\u00f9 c\u00e9l\u00e9brer leurs myst\u00e8res (FREND, 1982, p. 116). Ces vagues de pers\u00e9cution men\u00e9es par l&#8217;\u00c9tat romain peuvent \u00eatre expliqu\u00e9es comme une r\u00e9action politico-sociale face \u00e0 l&#8217;incapacit\u00e9 de l&#8217;Empire \u00e0 r\u00e9soudre ses probl\u00e8mes fiscaux et militaires, ce qui provoquait des luttes continues entre l&#8217;arm\u00e9e romaine et les arm\u00e9es non romaines, appel\u00e9es barbares, qui se r\u00e9voltaient contre l&#8217;autorit\u00e9 imp\u00e9riale. Pour les \u00e9lites romaines, cette crise r\u00e9sultait de l&#8217;abandon du culte ancestral des dieux et de l&#8217;adh\u00e9sion populaire au christianisme, d&#8217;o\u00f9 il est compr\u00e9hensible que les pers\u00e9cutions de l&#8217;\u00e9poque de Diocl\u00e9tien (244-311) aient b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la participation des \u00e9lites municipales et provinciales, cette fois complices de la punition des chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette nouvelle r\u00e9pression imp\u00e9riale, en Afrique, a maximis\u00e9 la division entre les chr\u00e9tiens adeptes d&#8217;une identit\u00e9 martiale et ceux, plus mod\u00e9r\u00e9s, qui acceptaient de n\u00e9gocier face au danger. Ces derniers ont \u00e9t\u00e9 tax\u00e9s de <em>traditores<\/em> (tra\u00eetres), car ils avaient soi-disant livr\u00e9 aux autorit\u00e9s des exemplaires des \u00c9critures et d\u00e9nonc\u00e9 leurs fr\u00e8res de foi. Avec l&#8217;ascension imp\u00e9riale de Constantin en 311, les pers\u00e9cutions ont cess\u00e9, mais, dans la r\u00e9gion africaine, le r\u00e9sultat est rest\u00e9 n\u00e9gatif, car une lutte interne a commenc\u00e9 dans les \u00e9glises pour emp\u00eacher les <em>traditores<\/em> de continuer \u00e0 participer \u00e0 la vie de foi, surtout s&#8217;ils \u00e9taient clercs, car, dans ce cas, les sacrements c\u00e9l\u00e9br\u00e9s par eux \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme invalides.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la ville de Carthage, ce groupe, que nous pouvons appeler radical, \u00e9tait dirig\u00e9 par le pr\u00eatre, puis \u00e9v\u00eaque, Donat de Casae Nigrae (\u2020c.355). Son attitude d&#8217;exclusion totale des <em>traditores<\/em>, consid\u00e9r\u00e9s comme collaborateurs de l&#8217;\u00c9tat romain, a donn\u00e9 naissance \u00e0 une conception selon laquelle la v\u00e9ritable \u00c9glise du Christ, parce qu&#8217;elle est sainte et immacul\u00e9e, devait \u00eatre form\u00e9e uniquement de ceux qui avaient r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l&#8217;Empire et n&#8217;avaient pas craint la mort : une \u00c9glise de purs et de saints qui n&#8217;avaient pas pactis\u00e9 avec l&#8217;ennemi. Par cons\u00e9quent, les assembl\u00e9es liturgiques ne pouvaient pas admettre la communion des tra\u00eetres du Christ ni le minist\u00e8re des clercs qui avaient apostasi\u00e9. \u00c0 tous ceux-ci, s&#8217;ils souhaitaient revenir \u00e0 la communaut\u00e9, un nouveau bapt\u00eame et, pour les clercs, une nouvelle ordination \u00e9taient n\u00e9cessaires. Il est bon de noter qu&#8217;en niant la validit\u00e9 des ordinations, les donatistes ont trouv\u00e9 un moyen de d\u00e9manteler l&#8217;organisation hi\u00e9rarchique des \u00e9glises nord-africaines, la rempla\u00e7ant par leur propre hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, il y avait le groupe plus mod\u00e9r\u00e9, dirig\u00e9 par l&#8217;archidiacre (le premier parmi les diacres), puis \u00e9v\u00eaque, C\u00e9cilien (\u2020c.345), qui refusait le rebapt\u00eame et les r\u00e9ordinations et consid\u00e9rait que l&#8217;\u00c9glise, en tant que p\u00e8lerine dans ce monde, comportait \u00e0 la fois des saints et des p\u00e9cheurs et qu&#8217;il serait impossible d&#8217;exclure les derniers pour ne laisser que les premiers. Cette branche de l&#8217;\u00e9glise carthaginoise d\u00e9fendait que la validit\u00e9 des sacrements ne d\u00e9pendait pas de la saintet\u00e9 personnelle du ministre, mais du minist\u00e8re re\u00e7u de l&#8217;\u00c9glise, elle-m\u00eame sainte \u00e0 cause du Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cas du donatisme, en Afrique du Nord, nous pose le probl\u00e8me suivant : quelle \u00e9tait la communaut\u00e9 schismatique, celle des donatistes, constitu\u00e9e par la majorit\u00e9 de l&#8217;\u00e9piscopat africain, ou celle des catholiques, repr\u00e9sent\u00e9e par les quelques \u00e9v\u00eaques align\u00e9s sur la proposition mod\u00e9r\u00e9e de C\u00e9cilien puis d&#8217;Augustin d&#8217;Hippone ? Qui s&#8217;est s\u00e9par\u00e9 de qui ? Du point de vue des donatistes, la communaut\u00e9 catholique avait perdu la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la proposition du Christ et, en ce sens, avait cess\u00e9 d&#8217;\u00eatre une v\u00e9ritable \u00e9glise. L&#8217;acte schismatique, donc, serait venu des catholiques. Pour les donatistes, le clerg\u00e9 catholique, corrompu, n&#8217;\u00e9tait pas capable de dispenser des sacrements valides, car l&#8217;action du Saint-Esprit ne b\u00e9n\u00e9ficiait pas au geste des p\u00e9cheurs, m\u00eame c\u00e9l\u00e9br\u00e9 au nom du Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec la fin des pers\u00e9cutions imp\u00e9riales, en 311, r\u00e9sultat de la paix constantinienne, les tensions parmi les \u00e9v\u00eaques nord-africains ne se sont pas apais\u00e9es, car Constantin, afin de tenter de pacifier la r\u00e9gion, a pris parti pour C\u00e9cilien et ses partisans, leur accordant non seulement le soutien de l&#8217;Empire, mais aussi un soutien \u00e9conomique et un poste politique de premier plan. Les donatistes y ont vu la confirmation que la communaut\u00e9 catholique, pro-romaine, \u00e9tait complice de l&#8217;Empire et ne pouvait en aucun cas \u00eatre une v\u00e9ritable \u00e9glise. Il convient de noter que, dans l&#8217;accusation donatiste contre la communaut\u00e9 catholique, se cache un certain m\u00e9pris des donatistes pour les r\u00e9f\u00e9rences culturelles romaines qui marquaient une partie des Nord-Africains r\u00e9sidant dans les villes fortement romanis\u00e9es du littoral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La position catholique profess\u00e9e par le groupe de C\u00e9cilien s&#8217;alignait en fait sur l&#8217;ouverture culturelle du monde m\u00e9diterran\u00e9en romain qui postulait l&#8217;universalisme, ce qui, dans ce cas, convenait bien \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de catholicit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise. C&#8217;est pourquoi Constantin a soutenu les catholiques, car son projet de gouvernement visait pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 affirmer l&#8217;universalit\u00e9 de l&#8217;Empire contre les r\u00e9gionalismes fragmentaires. Les donatistes, quant \u00e0 eux, form\u00e9s d&#8217;individus et de communaut\u00e9s d\u00e9fendant une culture nord-africaine locale, moins romanis\u00e9e et plus exclusiviste, ne tol\u00e9raient pas le lien entre l&#8217;\u00c9glise et l&#8217;Empire, m\u00eame s&#8217;il n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;en termes culturels. Ce que l&#8217;on peut comprendre de ce schisme nord-africain, c&#8217;est que les arguments de nature eccl\u00e9siologique et sacramentelle cachaient, en profondeur, un probl\u00e8me sociopolitique qui affligeait la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble et qui comprenait m\u00eame une forte disparit\u00e9 et rivalit\u00e9 entre les communaut\u00e9s rurales, g\u00e9n\u00e9ralement align\u00e9es avec les donatistes, et les communaut\u00e9s urbaines, plus align\u00e9es avec les catholiques. Si l&#8217;on ne prend pas en compte cette toile complexe de relations, on ne peut comprendre l&#8217;histoire du schisme africain et, par cons\u00e9quent, ni m\u00eame l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise (BROWN, 2005, p. 251 ; FIGUINHA, 2009, p. 16 ; FREND, 1982, p. 126).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>4 Schisme, h\u00e9r\u00e9sie et violence : les limites de l&#8217;orthodoxie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne les relations entre les \u00e9glises, le Ve si\u00e8cle n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 moins turbulent ; il a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 encore pire, comme on peut le lire, par exemple, dans l&#8217;<em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em> de Socrate de Constantinople (380-440), principal t\u00e9moin du schisme nestorien de 431. Nestorius (386-451) \u00e9tait un moine antioche \u00e9lu \u00e9v\u00eaque de Constantinople en 428. C\u00e9l\u00e8bre pour sa pi\u00e9t\u00e9 et son \u00e9loquence, Nestorius a commenc\u00e9 son mandat en exhortant l&#8217;empereur Th\u00e9odose II (401-450) \u00e0 purger la terre de tous les h\u00e9r\u00e9tiques, s&#8217;il voulait que Dieu lui accorde la victoire sur l&#8217;Empire perse ennemi. Le texte de Socrate (7.29.5 ou 7.29.10) montre comment, d\u00e8s la g\u00e9n\u00e9ration de 430, il y avait dans l&#8217;\u00c9glise une faction de clercs convaincus que l&#8217;\u00c9tat romain \u00e9tait un bon instrument de Dieu pour extirper, par la force des armes, les mauvaises herbes de l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie et du schisme. Il appartient \u00e0 l&#8217;\u00c9tat d&#8217;utiliser la force, dans l&#8217;\u00c9glise, pour la d\u00e9barrasser de l&#8217;erreur de certains et \u00e0 l&#8217;\u00c9glise d&#8217;aider l&#8217;\u00c9tat dans ses besoins politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette opinion, en soi, n&#8217;\u00e9tait pas nouvelle, car Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e (<em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em> VII, 27.29) soutenait la m\u00eame opinion lorsqu&#8217;il relatait le sort de l&#8217;\u00e9v\u00eaque Paul de Samosate (200-275), sur le si\u00e8ge d&#8217;Antioche, qui, vers 260, a d\u00e9cid\u00e9 de s&#8217;exprimer, en tant qu&#8217;\u00e9v\u00eaque, d&#8217;une mani\u00e8re qui d\u00e9rangeait les autres \u00e9v\u00eaques de Syrie. Ceux-ci ont alors fait appel \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 imp\u00e9riale pour retirer Paul de force de l&#8217;\u00e9v\u00each\u00e9 &#8211; n&#8217;oublions pas qu&#8217;en 260, l&#8217;Empire pers\u00e9cutait encore l&#8217;\u00c9glise ; par cons\u00e9quent, ce recours \u00e0 l&#8217;Empire pa\u00efen d\u00e9montre que, lorsqu&#8217;il s&#8217;agissait de d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats, les \u00e9v\u00eaques ne voyaient aucun probl\u00e8me \u00e0 se rapprocher du pers\u00e9cuteur. Les anciens historiens eccl\u00e9siastiques, comme Eus\u00e8be et Socrate, mentionnent des actes de violence commis aussi bien par des \u00e9v\u00eaques consid\u00e9r\u00e9s comme mauvais et perdus, comme Nestorius, que par des \u00e9v\u00eaques v\u00e9n\u00e9r\u00e9s aujourd&#8217;hui comme des saints, comme Cyrille d&#8217;Alexandrie. Dans l&#8217;<em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em> (7.13), Socrate raconte la violence avec laquelle l&#8217;\u00e9v\u00eaque Saint Cyrille a extirp\u00e9 tous les Juifs de la ville et a ordonn\u00e9 l&#8217;incendie de leurs synagogues, ainsi que l&#8217;\u00e9pisode de l&#8217;assassinat de la philosophe alexandrine Hypatie (7.15.7). Bien que Socrate n&#8217;ait pas de sympathies pour Cyrille, son r\u00e9cit n&#8217;\u00e9tait pas fantaisiste, car il a pris soin de ne pas m\u00e9langer la fureur de l&#8217;\u00e9v\u00eaque et de ses partisans avec le z\u00e8le juste et admissible d\u00e9montr\u00e9 par ceux que l&#8217;historien appelle les &#8220;hommes saints&#8221; de l&#8217;\u00c9glise (GADDIS, 2005, p. 222). Malgr\u00e9 cela, la destruction du temple de S\u00e9rapis et la pers\u00e9cution de Hypatie s&#8217;appuient sur la l\u00e9gislation anti-pa\u00efenne promulgu\u00e9e par l&#8217;empereur Th\u00e9odose Ier, entre 391-392 (CAMERON, 1998, p. 60).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ces r\u00e9cits anciens, il est difficile de s\u00e9parer le concept d&#8217;h\u00e9r\u00e9sie de celui de schisme ; les deux sont des comportements ouvertement contraires \u00e0 l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise et \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 de ses pasteurs. C&#8217;est pourquoi nous voyons que les \u00e9v\u00eaques font presque toujours appel \u00e0 l&#8217;action de l&#8217;\u00c9tat pour qu&#8217;il \u00e9radiquer de l&#8217;\u00c9glise toute forme d&#8217;expression eccl\u00e9siale diff\u00e9rente : d&#8217;un point de vue strictement historique, le maintien de l&#8217;unit\u00e9 et l&#8217;\u00e9radication de l&#8217;erreur r\u00e9sultent de l&#8217;usage de la violence, tant celle de l&#8217;\u00c9tat que celle de l&#8217;\u00c9glise elle-m\u00eame. Il est important de prendre en compte que la radicalisation de certains secteurs cl\u00e9ricaux (qui n&#8217;\u00e9taient pas rares) s&#8217;est produite pendant, mais surtout apr\u00e8s, la fin des pers\u00e9cutions contre la foi : qu&#8217;est-ce qui explique cela ? Les \u00e9glises n&#8217;avaient-elles pas suffisamment souffert pendant trois si\u00e8cles ? Ne pr\u00eachaient-elles pas la paix ? N&#8217;\u00e9taient-elles pas les \u00e9pouses du Christ, le prince de la paix ? Il est curieux de constater que cette radicalisation, d&#8217;abord dirig\u00e9e contre les juifs, les pa\u00efens et les h\u00e9r\u00e9tiques, s&#8217;est ensuite dirig\u00e9e \u00e9galement contre les propres \u00e9v\u00eaques et clercs (au d\u00e9part, non h\u00e9r\u00e9tiques) et, par une lutte durable pour le pouvoir au sein de l&#8217;\u00e9coum\u00e8ne chr\u00e9tienne, la violence contre les juifs, les pa\u00efens et les h\u00e9r\u00e9tiques a quelque peu diminu\u00e9 pour concentrer ses forces contre les \u00e9v\u00eaques entre eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On croyait que l&#8217;usage de la violence \u00e9tait juste parce que l&#8217;effet de l&#8217;erreur pr\u00e9sente dans les schismes, les h\u00e9r\u00e9sies et les idol\u00e2tries \u00e9tait bien pire. Le moine \u00e9gyptien Shenoute (ou Shenouda) d&#8217;Atripe (385-466), abb\u00e9 du Monast\u00e8re Blanc de Sohag, a un jour envahi la maison d&#8217;un aristocrate non chr\u00e9tien et a d\u00e9truit tous les idoles qu&#8217;il a trouv\u00e9s. Accus\u00e9 d&#8217;avoir commis des actes de violence, d&#8217;invasion et de banditisme, il a r\u00e9pondu : \u201cil n&#8217;existe pas de crime pour ceux qui poss\u00e8dent le Christ\u201d (GADDIS, 2007, p. 1). La solution de Shenoute, en plus d&#8217;\u00eatre ill\u00e9gale, r\u00e9v\u00e8le que les chr\u00e9tiens pouvaient aussi forger leur propre compr\u00e9hension de ce qu&#8217;\u00e9taient le crime, la violence, l&#8217;erreur, le schisme et l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie. Ces derniers n&#8217;\u00e9taient pas des choses objectives, mais le r\u00e9sultat d&#8217;une interpr\u00e9tation particuli\u00e8re qui pouvait varier au rythme des positions les plus radicales ou les plus mod\u00e9r\u00e9es. Ainsi, au lieu de nous \u00e9tonner en voyant que les communaut\u00e9s eccl\u00e9siales anciennes pouvaient \u00eatre extr\u00eamement violentes (GADDIS, 2007 ; JENKINS, 2013), nous devons repenser la signification sociologique du conflit et la comprendre \u00e0 la lumi\u00e8re de l&#8217;horizon historique des personnages impliqu\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le conflit ou la gestion du conflit, aux IVe et Ve si\u00e8cles, \u00e9tait un m\u00e9canisme important dans la d\u00e9finition de l&#8217;autorit\u00e9 \u00e9piscopale (souvenons-nous de la querelle entre Novatien et Corneille \u00e0 Rome, ou de Donat et C\u00e9cilien \u00e0 Carthage) : lutter contre Novatien, consid\u00e9r\u00e9 par les catholiques comme un schismatique et h\u00e9r\u00e9tique, a fait de Corneille un \u00e9v\u00eaque encore plus fort, car d\u00e9fenseur de la foi, et l&#8217;a aid\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir beaucoup plus clairement son r\u00f4le de chef de l&#8217;\u00e9glise romaine et, plus encore, \u00e0 le placer \u00e0 la t\u00eate des \u00e9glises italiennes, car l&#8217;\u00e9pisode a justifi\u00e9 la d\u00e9position des \u00e9v\u00eaques qui avaient ill\u00e9galement ordonn\u00e9 Novatien. \u00c0 Carthage, la position de Donat s&#8217;articulait avec l&#8217;opinion majoritaire des \u00e9v\u00eaques de Numidie qui, m\u00e9contents de la situation de leurs coll\u00e8gues consid\u00e9r\u00e9s comme collaborationnistes, invalidaient leur ordination, ce qui montre que combattre ceux qui \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des tra\u00eetres faisait partie des fonctions de l&#8217;\u00e9v\u00eaque de la v\u00e9ritable \u00c9glise, celle des donatistes purs et immacul\u00e9s. En d&#8217;autres termes, les conflits \u00e9piscopaux, lorsqu&#8217;ils \u00e9taient efficacement g\u00e9r\u00e9s, conf\u00e9raient \u00e0 leurs gestionnaires une \u00e9norme consolidation de leur autorit\u00e9, d&#8217;une part, et de leur charisme personnel, d&#8217;autre part. La d\u00e9claration de condamnation d&#8217;h\u00e9r\u00e9sie ou de schisme faisait partie du r\u00e9pertoire rh\u00e9torique et politique mobilis\u00e9 par les \u00e9v\u00eaques dans le but de maintenir leur pouvoir en contestant le pouvoir de leurs concurrents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>5 Conclusion<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, on peut conclure que, d&#8217;un point de vue historique, le schisme peut \u00eatre un acte sectaire, mais c&#8217;est plus pr\u00e9cis\u00e9ment une mani\u00e8re de g\u00e9rer les diff\u00e9rences &#8211; sociales, culturelles, doctrinales et liturgiques &#8211; au sein d&#8217;une communaut\u00e9 eccl\u00e9siale donn\u00e9e ou entre deux ou plusieurs \u00e9glises locales. De plus, le schisme fait allusion aux multiples diff\u00e9rences r\u00e9gionales, politiques et sociales qui marquaient l&#8217;Empire romain et qui, par extension, marquaient \u00e9galement les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes qui se sont d\u00e9velopp\u00e9es sur son sol. Il est trompeur de supposer que les \u00e9glises, d&#8217;hier et d&#8217;aujourd&#8217;hui, r\u00e9pondent uniquement \u00e0 leurs propres demandes et que leurs histoires se d\u00e9roulent en parall\u00e8le avec l&#8217;histoire sociale de leur milieu. Dans ce cas, le schisme doit \u00eatre r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 selon une perspective qui comprend que la diversit\u00e9, et non l&#8217;uniformit\u00e9, est consubstantielle \u00e0 l&#8217;identit\u00e9 m\u00eame du christianisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela ne signifie pas, comme dit pr\u00e9c\u00e9demment, que l&#8217;exp\u00e9rience de rupture au sein des \u00e9glises n&#8217;\u00e9tait pas v\u00e9cue comme quelque chose de douloureux et scandaleux, mais il ne faut pas oublier que les communaut\u00e9s eccl\u00e9siales elles-m\u00eames, en d\u00e9finissant et en condamnant les schismes, cherchaient \u00e0 affirmer leurs idiosyncrasies et, en ce sens, d\u00e9fendaient leur perspective de vainqueurs, comme nous le trouvons, par exemple, dans <em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em> d&#8217;Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e. Cet \u00e9v\u00eaque, lorsqu&#8217;il \u00e9crivait son ouvrage, savait qu&#8217;il \u00e9tait membre d&#8217;un empire dirig\u00e9 par un empereur chr\u00e9tien et que les \u00e9v\u00eaques, successeurs des ap\u00f4tres, \u00e9taient \u00e9galement de v\u00e9ritables magistrats romains qui occupaient les si\u00e8ges des villes d&#8217;un empire universel et, par cons\u00e9quent, \u00e9taient des hommes de pouvoir. Son <em>Histoire<\/em> refl\u00e8te cette situation hautement privil\u00e9gi\u00e9e de l&#8217;\u00e9piscopat monarchique, un type de gouvernement eccl\u00e9sial qui s&#8217;est lentement impos\u00e9 sur d&#8217;autres modes de gouvernement plus coll\u00e9giaux. En \u00e9crivant l&#8217;<em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em>, Eus\u00e8be tissait des louanges \u00e0 la tradition \u00e9piscopale et l&#8217;\u00e9levait \u00e0 la condition de paradigme de l&#8217;apostolicit\u00e9 m\u00eame de l&#8217;\u00c9glise qu&#8217;il voyait comme la v\u00e9ritable \u00c9glise, ce qui restait de bon de toutes les sectes et schismes de la p\u00e9riode ant\u00e9rieure. Non pas qu&#8217;il manipulait ing\u00e9nieusement l&#8217;histoire en faveur de son parti, mais il est impossible de ne pas remarquer que, en tant qu&#8217;\u00e9v\u00eaque et alli\u00e9 de l&#8217;Empire, sa vision des faits correspondait \u00e0 sa position dans le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partant de la constatation que les sources historiques dont nous disposons sont des produits de courants chr\u00e9tiens sortis vainqueurs de leurs affrontements et, par cons\u00e9quent, sont des discours d\u00e9pr\u00e9ciatifs des diff\u00e9rences, il est tr\u00e8s difficile de comprendre la v\u00e9ritable signification des schismes, principalement pour les groupes qui les ont choisis comme condition de survie de leur propre foi. Ainsi, l&#8217;historiographie et la th\u00e9ologie sont invit\u00e9es \u00e0 d\u00e9passer la vision t\u00e9l\u00e9ologique qui a marqu\u00e9 l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise, d&#8217;hier et d&#8217;aujourd&#8217;hui, pour trouver, sous les d\u00e9combres de la <em>damnatio memoriae<\/em> (la condamnation d&#8217;aspects du pass\u00e9) les \u00e9l\u00e9ments les plus convenables pour \u00e9laborer leur propre lecture de l&#8217;Histoire de l&#8217;\u00c9glise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<em>Andr\u00e9 Miatello,\u00a0<\/em>UFMG\/FAJE &#8211; Br\u00e9sil, Original portugais<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>6 R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BROWN, Peter. <em>La mont\u00e9e du christianisme en Occident<\/em>. Trad. Eduardo Nogueira ; Rev. Saul Barata. Lisbonne : Editorial Presen\u00e7a, 1999.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">__________. <em>Saint Augustin une biographie<\/em>. Trad. 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Berkeley\/Los Angeles\/Londres : University of California Press, 2005.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">IRVIN, Dale ; SUNQUIST, Scott W. <em>Histoire du mouvement chr\u00e9tien mondial<\/em>. Volume I : Du christianisme primitif \u00e0 1453. S\u00e3o Paulo : Paulus, 2004.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">JENKINS, Philip. <em>Guerres saintes.<\/em> Comment 4 patriarches, 3 reines et 2 empereurs ont d\u00e9cid\u00e9 en quoi les chr\u00e9tiens croiraient pour les 1500 prochaines ann\u00e9es. Trad. Carlos Szlak. Rio de Janeiro : LeYa, 2013.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">JOHNSON, Paul. <em>Histoire du christianisme.<\/em> Trad. Cristiana de Assis Serra. Rio de Janeiro : Imago, 2001.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MARGUERAT, Daniel. <em>La premi\u00e8re histoire du christianisme.<\/em> Les Actes des Ap\u00f4tres. Trad. Fredericus Antonius Stein. S\u00e3o Paulo : Paulus ; Loyola, 2003.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">STARK, Rodney. <em>Ascension et affirmation du christianisme.<\/em> Comment un mouvement obscur et marginal est devenu en quelques si\u00e8cles la religion dominante de l&#8217;Occident. Turin : Lindau s.r.l., 2007.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sommaire 1 D\u00e9finition conceptuelle 2 Acte schismatique dans l&#8217;histoire de l&#8217;\u00c9glise 3 Le schisme comme lutte pour le pouvoir dans l&#8217;\u00c9glise 3.1 Premier exemple : le schisme de Novatien \u00e0 Rome (251) 3.2 Deuxi\u00e8me exemple : le schisme des \u00e9glises nord-africaines au IVe si\u00e8cle 4 Schisme, h\u00e9r\u00e9sie et violence : les limites de l&#8217;orthodoxie 5 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1131],"tags":[],"class_list":["post-3382","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire-de-la-theologie-et-du-christianisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3382","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3382"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3382\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3383,"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3382\/revisions\/3383"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3382"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3382"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3382"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}