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{"id":3330,"date":"2024-06-28T04:43:43","date_gmt":"2024-06-28T07:43:43","guid":{"rendered":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/?p=3330"},"modified":"2024-06-28T05:07:22","modified_gmt":"2024-06-28T08:07:22","slug":"heresies-a-lepoque-pre-niceenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/?p=3330","title":{"rendered":"H\u00e9r\u00e9sies \u00e0 l&#8217;\u00e9poque pr\u00e9-nic\u00e9enne"},"content":{"rendered":"<h5><strong>Sommaire<\/strong><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">1 D\u00e9finition conceptuelle<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2 Chemins irr\u00e9conciliables<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3 Nous, les n\u00f4tres et eux, les h\u00e9r\u00e9tiques<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4 D\u00e9voiler et d\u00e9montrer l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">5 L&#8217;h\u00e9r\u00e9sie comme question d&#8217;\u00c9tat<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><strong>1 D\u00e9finition conceptuelle<\/strong><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;h\u00e9r\u00e9sie d\u00e9rive de <em>hairesis<\/em> [\u03b1\u1f35\u03c1\u03b5\u03c3\u03b9\u03c2], un mot grec provenant du verbe <em>hair\u00e9o<\/em> [\u03b1\u1f31\u03c1\u03ad\u03c9], qui a trois principales classes de signification : la premi\u00e8re indique l&#8217;action de prendre, saisir, tenir ; la deuxi\u00e8me, de vaincre et gagner ; et la troisi\u00e8me, de condamner et recevoir une condamnation. <em>Hairesis<\/em> [\u03b1\u1f35\u03c1\u03b5\u03c3\u03b9\u03c2] est entr\u00e9 dans le lexique latin sous le nom de <em>haeresis<\/em> et, comme en grec, il est utilis\u00e9 pour nommer l&#8217;op\u00e9ration de \u00ab s\u00e9lectionner \u00bb et \u00ab choisir \u00bb quelque chose, surtout dans le domaine de la connaissance, et pour d\u00e9signer les principes ou postulats th\u00e9oriques et moraux d&#8217;une certaine <em>\u00e9cole<\/em> de pens\u00e9e, <em>secte<\/em> ou <em>parti<\/em> religieux. Dans les <em>Antiquit\u00e9s juives<\/em> de Flavius Jos\u00e8phe (Ier si\u00e8cle), nous pouvons lire :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Juifs comptaient depuis la plus lointaine antiquit\u00e9 trois <em>haireseis<\/em> [parti, \u00e9cole ou secte] : celle des ess\u00e9niens, celle des sadduc\u00e9ens et, en troisi\u00e8me lieu, celle des pharisiens. [&#8230;] les pharisiens m\u00e8nent une vie frugale, sans la moindre concession \u00e0 la d\u00e9licatesse, et suivent fid\u00e8lement ces principes que la raison leur sugg\u00e8re et d\u00e9termine comme bons, puisqu&#8217;ils consid\u00e8rent que l&#8217;observance des principes que la raison leur veut exhiber est quelque chose pour laquelle il vaut la peine de lutter. (la traduction de Vara, dans JOSEPH, 1997, p. 1080, a \u00e9t\u00e9 compar\u00e9e et adapt\u00e9e \u00e0 partir de la traduction de Whiston, dans JOSEPHUS, 1865, p. 58)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au si\u00e8cle suivant, Sextus Empiricus, dans les <em>Hypotyposes pyrrhoniennes<\/em>, va dans la m\u00eame direction :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car si nous comprenons qu&#8217;appartenir \u00e0 une \u00e9cole [<em>hairesis<\/em>] signifie adh\u00e9rer \u00e0 un ensemble de dogmes qui d\u00e9pendent les uns des autres ainsi que de ce qui appara\u00eet, et si nous disons que \u00ab dogme \u00bb est assentiment \u00e0 quelque chose de non \u00e9vident, alors, nous consid\u00e9rons que le sceptique n&#8217;appartient \u00e0 aucune \u00e9cole. Mais, si nous entendons par \u00ab \u00e9cole \u00bb une proc\u00e9dure qui, conform\u00e9ment \u00e0 ce qui appara\u00eet, suit une certaine ligne argumentative montrant comment il est possible de vivre correctement [&#8230;], dans ce cas, nous disons que le sceptique appartient \u00e0 une \u00e9cole, puisque nous suivons de mani\u00e8re coh\u00e9rente, conform\u00e9ment \u00e0 ce qui appara\u00eet, une ligne de raisonnement qui nous indique une forme de vie en conformit\u00e9 avec les lois et les coutumes traditionnelles et avec nos propres sentiments. (EMPIRICO, 1997, p. 118)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que ce soit dans les <em>Antiquit\u00e9s<\/em> ou dans les <em>Hypotyposes<\/em>, secte, parti ou \u00e9cole se pr\u00e9sentent comme des modes d&#8217;organisation communautaire, de style de vie, d&#8217;ensemble doctrinal, de m\u00e9thodes de raisonnement et de postulats partag\u00e9s par des adeptes et\/ou des disciples et, de cette mani\u00e8re, n&#8217;ont rien de n\u00e9gatif ou de p\u00e9joratif. Cependant, cette compr\u00e9hension commencerait \u00e0 changer lorsque les premiers chr\u00e9tiens, d\u00e9fi\u00e9s \u00e0 surmonter toute sorte de diff\u00e9rence sociale et \u00e0 construire des communaut\u00e9s missionnaires \u00e9galitaires, ont mis en doute toute attitude ou raisonnement qui pourrait g\u00e9n\u00e9rer divergence ou particularisme, ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif pour que l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie prenne des aspects tr\u00e8s n\u00e9gatifs et, comme telle, soit consid\u00e9r\u00e9e avec crainte et pr\u00e9caution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un premier pas dans cette direction se trouve dans 1Cor 11,17-19 :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puisque je donne des recommandations, je ne peux pas vous louer ; car vous vous r\u00e9unissez non pour le meilleur, mais pour le pire. D&#8217;abord, j&#8217;entends dire que, lorsque vous vous r\u00e9unissez comme \u00e9glise, il y a des dissensions (\u03c3\u03c7\u1f77\u03c3\u03bc\u03b1\u03c4\u03b1\/<em>scismata<\/em>) parmi vous. Et, en partie, je le crois. Il est n\u00e9cessaire qu&#8217;il y ait m\u00eame des divisions (\u03b1\u1f31\u03c1\u1f73\u03c3\u03b5\u03b9\u03c2\/<em>haireseis<\/em>) parmi vous, afin que soient reconnus ceux qui, parmi vous, sont \u00e9prouv\u00e9s !<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme tant d&#8217;autres \u00e9glises de l&#8217;\u00e9poque, l&#8217;assembl\u00e9e de Corinthe r\u00e9unissait riches et pauvres, esclaves et libres, hommes et femmes, une attitude qui attirait beaucoup l&#8217;attention des observateurs pa\u00efens et, certainement, apportait des d\u00e9fis suppl\u00e9mentaires pour la coexistence communautaire, comme le passage cit\u00e9 le d\u00e9nonce. Les congr\u00e9gations chr\u00e9tiennes, en effet, cherchaient \u00e0 relativiser les diff\u00e9rences sociales et \u00e9conomiques en vue de la concorde et de la fraternit\u00e9 spirituelle, issue du bapt\u00eame, ce qui ne signifie pas qu&#8217;elles r\u00e9ussissaient toujours. Sans nier que les riches chr\u00e9tiens pouvaient continuer \u00e0 vivre comme riches, Paul, d&#8217;autre part, n&#8217;admettait pas qu&#8217;ils profitent de la c\u00e9l\u00e9bration liturgique pour \u00ab m\u00e9priser l&#8217;\u00e9glise, en humiliant les pauvres \u00bb (1Cor 11,22). Une chose \u00e9tait la distinction sociale, tol\u00e9r\u00e9e dans certaines limites, une autre bien diff\u00e9rente \u00e9tait la dissension que la premi\u00e8re pouvait causer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est dans ce sens que l&#8217;ap\u00f4tre con\u00e7oit la difficile coexistence entre riches et pauvres comme une bonne occasion pour la communaut\u00e9 de tester la qualit\u00e9 de sa congr\u00e9gation : ceux qui savaient renoncer aux signes ext\u00e9rieurs de sup\u00e9riorit\u00e9 sociale, en faveur d&#8217;une assembl\u00e9e coh\u00e9rente et inclusive, ceux-l\u00e0 seraient consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9prouv\u00e9s ; ceux qui ne pouvaient pas agir ainsi, r\u00e9prouv\u00e9s. Malgr\u00e9 cette concession, les divisions eccl\u00e9siales (<em>haireseis<\/em>), qui cr\u00e9aient le contexte pour les dissensions et dissidences, \u00e9taient loin d&#8217;\u00eatre vues avec cette naturalit\u00e9 avec laquelle Flavius Jos\u00e8phe parlait des partis au sein du juda\u00efsme. L&#8217;unit\u00e9 restait une valeur non n\u00e9gociable, expression concr\u00e8te de la communion r\u00e9alis\u00e9e dans la \u00ab c\u00e8ne du Seigneur \u00bb, qui c\u00e9l\u00e9brait le m\u00e9morial du sacrifice du Christ pour toutes les personnes, indistinctement. Ainsi, si Paul semble conc\u00e9der \u00e0 la division, c&#8217;est en vue d&#8217;une plus grande unit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, l&#8217;unit\u00e9 avait un co\u00fbt. Si les divisions et dissensions \u00e9taient un test de qualit\u00e9, que se passerait-il avec ceux qui \u00e9choueraient ? Sous la forme de l&#8217;anath\u00e8me, la communaut\u00e9 a commenc\u00e9 \u00e0 utiliser le recours \u00e0 l&#8217;exclusion comme un dispositif r\u00e9gulateur de sa propre identit\u00e9 de groupe, transformant l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie en un verdict condamnatoire prononc\u00e9 par ceux qui se sentaient \u00e9prouv\u00e9s et authentiques contre ceux qui \u00e9taient vus comme faux fr\u00e8res. Encore une fois, c&#8217;\u00e9tait le contraire de ce qui se passait dans le juda\u00efsme ou m\u00eame dans les \u00e9coles philosophiques hell\u00e9niques, o\u00f9 la d\u00e9limitation des ensembles doctrinaux \u00e9tait librement faite par les propres partis ou \u00e9coles, et c&#8217;\u00e9tait \u00e0 partir de cela que les partisans \u00e9tablissaient <em>objectivement<\/em> les caract\u00e9ristiques de leur association. Au sein du mouvement chr\u00e9tien, l&#8217;acception de l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie comme \u00e9cole est tr\u00e8s rare et, lorsqu&#8217;elle appara\u00eet, les auteurs qui l&#8217;utilisent insistent pour ne pas reconna\u00eetre la l\u00e9gitimit\u00e9 de ceux qui pensaient diff\u00e9remment ; il en r\u00e9sulte que l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie, parmi les chr\u00e9tiens, est d\u00e9finie par ceux qui la condamnent, non par ses adeptes. Ceux-ci, lorsqu&#8217;on les interroge, r\u00e9pondent que les h\u00e9r\u00e9tiques sont ceux qui les accusent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voyons quelques exemples. L&#8217;auteur de la <em>Seconde \u00c9p\u00eetre de Pierre<\/em> d\u00e9sapprouve et avilit ces chr\u00e9tiens qu&#8217;il appelle \u00ab faux ma\u00eetres \u00bb, une probable r\u00e9f\u00e9rence aux pr\u00e9dicateurs gnostiques, \u00ab qui introduisent sournoisement des h\u00e9r\u00e9sies pernicieuses, jusqu&#8217;\u00e0 renier le Souverain qui les a rachet\u00e9s \u00bb (2P 2,1) ; d\u00e9j\u00e0 l&#8217;auteur de l&#8217;<em>Apocalypse de Pierre<\/em>, de la biblioth\u00e8que gnostique de Nag Hammadi, se d\u00e9fend des accusations de ceux \u00ab qui se disent \u00e9v\u00eaques et aussi diacres \u00bb (ROBINSON, 1990, p. 372), c&#8217;est-\u00e0-dire les ministres catholiques, affirmant que ce sont eux qui \u00e9taient \u00ab contamin\u00e9s \u00bb et, par cons\u00e9quent, \u00ab tomberont dans un nom d&#8217;erreur, passant entre les mains d&#8217;un homme mauvais et astucieux, de dogme multiforme, et seront gouvern\u00e9s h\u00e9r\u00e9tiquement \u00bb (ROBINSON, 1990, p. 375). Et les gnostiques s&#8217;accusaient aussi mutuellement : dans le trait\u00e9 <em>Le T\u00e9moignage de la V\u00e9rit\u00e9<\/em>, \u00e9galement de la biblioth\u00e8que de Nag Hammadi, l&#8217;auteur, qui est ouvertement gnostique, appelle <em>h\u00e9r\u00e9tiques<\/em> d&#8217;autres gnostiques, qui ne pensaient pas comme lui, par exemple Basilide, Valentin et Isidore, nomm\u00e9ment cit\u00e9s comme grands imposteurs (ROBINSON, 1990, p. 456).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand des \u00ab h\u00e9r\u00e9tiques \u00bb accusent d&#8217;autres \u00ab h\u00e9r\u00e9tiques \u00bb d&#8217;h\u00e9r\u00e9sie, on peut constater que les diff\u00e9rents interpr\u00e8tes de l&#8217;h\u00e9ritage de J\u00e9sus de Nazareth n&#8217;admettaient pas la possibilit\u00e9 qu&#8217;il puisse y avoir plus d&#8217;une interpr\u00e9tation authentique de cet h\u00e9ritage et que, paradoxalement, ce qu&#8217;ils appelaient christianisme \u2013 titre que chaque groupe se r\u00e9servait uniquement \u2013 \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 un kal\u00e9idoscope de mouvements et de partis, chacun d\u00e9fendant la l\u00e9gitimit\u00e9 de sa propre th\u00e9ologie et l&#8217;autorit\u00e9 exclusive de sa doctrine. De ce point de vue, il semble peu productif de d\u00e9finir l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie comme la n\u00e9gation de l&#8217;orthodoxie, car, en termes historiques, l&#8217;orthodoxie r\u00e9sultait justement de cette longue querelle entre partis (<em>haireseis<\/em>) chr\u00e9tiens, qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente depuis le d\u00e9bat entre Paul et les chr\u00e9tiens juda\u00efsants de J\u00e9rusalem (Ga 2 ; Ac 15), traversait tout le IIe si\u00e8cle, opposant catholiques et gnostiques, et arrivait au Concile de Nic\u00e9e (325), lequel, loin de mettre fin \u00e0 la dispute, l&#8217;\u00e9levait \u00e0 un niveau sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><strong>2 Chemins irr\u00e9conciliables<\/strong><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la seconde moiti\u00e9 du IIe si\u00e8cle, Celse, un \u00e9crivain grec, \u00e9crivit une \u0153uvre pol\u00e9mique contre les chr\u00e9tiens, qu&#8217;il intitula <em>Le Discours V\u00e9ritable<\/em>; ce texte n&#8217;a pas surv\u00e9cu int\u00e9gralement, et ce que nous pouvons en lire sont les extraits qu&#8217;Orig\u00e8ne (mort en 254) a copi\u00e9s et comment\u00e9s, soixante-dix ans plus tard, dans sa r\u00e9plique intitul\u00e9e <em>Contre Celse<\/em>. D&#8217;apr\u00e8s les annotations d&#8217;Orig\u00e8ne, il est possible de percevoir que Celse avait une bonne connaissance de la diversit\u00e9 du christianisme et des querelles th\u00e9ologiques complexes qui divisaient les chr\u00e9tiens en groupes rivaux. Voici comment il d\u00e9crit la situation :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 peine se propagent-ils en grand nombre, [les chr\u00e9tiens] se divisent et se s\u00e9parent, et chacun veut avoir sa propre faction. S\u00e9par\u00e9s \u00e0 nouveau en raison de leur grand nombre, ils s&#8217;anath\u00e9matisent les uns les autres; ils n&#8217;ont plus rien en commun, pour ainsi dire, si ce n&#8217;est le nom [de chr\u00e9tiens], s&#8217;ils l&#8217;ont encore! C&#8217;est au moins la seule chose qu&#8217;ils ont eu honte d&#8217;abandonner; pour le reste, chacun a embrass\u00e9 une secte diff\u00e9rente. (ORIG\u00c8NE, 2004, p. 213)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et cela ne s&#8217;arr\u00eate pas l\u00e0 : \u00ab [&#8230;] ces gens se d\u00e9chargent les uns sur les autres de toutes les horreurs possibles, rebelles \u00e0 la moindre concession \u00e0 la concorde et anim\u00e9s de haines implacables \u00bb (ORIG\u00c8NE, 2004, p. 446). Celse, en effet, d\u00e9testait le christianisme et le consid\u00e9rait comme une menace pour l&#8217;ordre civil, cependant, il ne mentait pas en soulignant le factionnalisme chr\u00e9tien et les accusations mutuelles en r\u00e9sultant. Justin de Rome (<em>I Apologie<\/em>), Ir\u00e9n\u00e9e de Lyon (<em>Contre les H\u00e9r\u00e9sies<\/em>), Tertullien de Carthage (<em>Prescription contre les H\u00e9r\u00e9sies<\/em>) et Hippolyte de Rome (<em>R\u00e9futation de toutes les H\u00e9r\u00e9sies<\/em>) ont \u00e9galement mis en \u00e9vidence cet antagonisme : Hippolyte, par exemple, a r\u00e9pertori\u00e9 33 syst\u00e8mes chr\u00e9tiens diff\u00e9rents, les prenant tous comme des d\u00e9formations de la vraie foi (ALTANER ; STUIBER, 2004, p. 173).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame s&#8217;il cherchait \u00e0 r\u00e9futer les critiques de Celse, Orig\u00e8ne ne pouvait nier que le pa\u00efen avait raison, au moins lorsqu&#8217;il observait que le mouvement chr\u00e9tien \u00e9tait assez agit\u00e9. Ainsi, Orig\u00e8ne, au lieu de nier qu&#8217;il y ait des divisions doctrinales, pr\u00e9f\u00e9ra retrouver l&#8217;ancien sens de l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie comme \u00e9cole philosophique : chaque faction point\u00e9e par Celse repr\u00e9senterait, en r\u00e9alit\u00e9, une \u00e9cole chr\u00e9tienne diff\u00e9rente. De cette mani\u00e8re, si le pa\u00efen souhaitait critiquer le christianisme pour se diviser en tant d&#8217;\u00e9coles, qu&#8217;il critique aussi les anciens philosophes. Orig\u00e8ne n&#8217;y voyait rien de mal. D&#8217;autant plus que, comme il l&#8217;affirme, les \u00ab diff\u00e9rentes \u00e9coles\/sectes \u00bb [<em>haireseis diaforoi<\/em>\/\u03b1\u03af\u03c1\u03ad\u03c3\u03b5\u03b9\u03c2 \u03b4\u03b9\u03ac\u03c6\u03bf\u03c1\u03bf\u03b9] des chr\u00e9tiens ne d\u00e9coulaient jamais \u00ab de rivalit\u00e9s et d&#8217;esprit de dispute \u00bb, mais du fait que l&#8217;\u00c9glise accueillait, dans ses communaut\u00e9s, de nombreux sages grecs, qui apportaient avec eux leurs propres exigences philosophiques (ORIG\u00c8NE, 2004, p. 214).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que le christianisme ait attir\u00e9 des personnes int\u00e9ress\u00e9es par la philosophie, voire des philosophes professionnels, devient \u00e9vident, par exemple, dans le c\u00e9l\u00e8bre cas de la conversion du philosophe Justin (mort en 165); dans son <em>Dialogue avec Tryphon<\/em>, Justin confesse avoir cherch\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 dans divers syst\u00e8mes philosophiques diff\u00e9rents jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il d\u00e9couvre le christianisme et l&#8217;embrasse comme v\u00e9ritable philosophie. Dans la <em>Prescription contre les H\u00e9r\u00e9sies<\/em>, \u00e9crite entre 197-200, Tertullien de Carthage confirme que divers chr\u00e9tiens \u00e9rudits cherchaient \u00e0 concilier les contenus de la foi r\u00e9v\u00e9l\u00e9e avec les m\u00e9thodes et postulats de la philosophie hell\u00e9nique, mais pour lui c&#8217;\u00e9tait un non-sens complet. Voyons sa description :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les propres h\u00e9r\u00e9sies, en somme, sont \u00e9quip\u00e9es par la philosophie. C&#8217;est de l\u00e0 que Valentin a tir\u00e9 les \u00e9ons et je ne sais quelles formes infinies et la triade de l&#8217;homme : il \u00e9tait platonicien. C&#8217;est de l\u00e0 qu&#8217;est sorti le dieu meilleur de Marcion, qui repose dans tant de tranquillit\u00e9 : Marcion \u00e9tait sto\u00efcien. Et quand on affirme que l&#8217;\u00e2me est p\u00e9rissable, c&#8217;est d&#8217;\u00c9picure que l&#8217;on parle. Pour nier la r\u00e9surrection de la chair, on peut prendre des le\u00e7ons dans toutes les \u00e9coles des philosophes. L\u00e0 o\u00f9 la mati\u00e8re est \u00e9gal\u00e9e \u00e0 Dieu, il y a la doctrine de Z\u00e9non. L\u00e0 o\u00f9 l&#8217;on enseigne que Dieu est feu, c&#8217;est H\u00e9raclite que l&#8217;on \u00e9voque. H\u00e9r\u00e9tiques et philosophes traitent de la m\u00eame mati\u00e8re et s&#8217;occupent des m\u00eames sujets. (TERTULLIEN, 1957, p. 96-97).<span style=\"text-indent: 36px;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certainement Tertullien ne pensait pas \u00e0 Justin lorsqu&#8217;il affirmait que J\u00e9rusalem n&#8217;avait rien \u00e0 voir avec Ath\u00e8nes, ni l&#8217;Acad\u00e9mie avec l&#8217;\u00c9glise (TERTULLIEN, 1957, p. 98), car Justin, qui soutenait que la philosophie \u00e9tait un chemin vers le Christ, \u00e9tait \u00e9galement un opposant aux syst\u00e8mes h\u00e9r\u00e9tiques, auxquels il accorde aussi le nom d&#8217;\u00e9coles, comme l&#8217;\u00ab \u00e9cole de M\u00e9nandre, \u00e0 Antioche \u00bb (JUSTIN DE ROME, 1995, p. 42). Ainsi, Orig\u00e8ne avait un soutien historique pour comparer les h\u00e9r\u00e9sies chr\u00e9tiennes aux \u00e9coles de philosophie hell\u00e9niques, mais dissimulait en niant qu&#8217;il y ait \u00ab esprit de dispute \u00bb entre les diverses tendances. Par exemple, Justin, dans sa <em>I Apologie<\/em> (c. 140), n&#8217;a pas honte de dire que Simon le Samaritain (cf. Ac 8, 9-24) et tous les membres de son \u00e9cole \u00e9taient poss\u00e9d\u00e9s par le d\u00e9mon, ainsi que Marcion (JUSTIN DE ROME, 1995, p. 42). Et Ir\u00e9n\u00e9e de Lyon ne semble pas plus gentil lorsqu&#8217;il compare les barbelonites \u00e0 une infestation de champignons surgissant de la terre (IR\u00c9N\u00c9E DE LYON, 1995, p. 112).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, s&#8217;il \u00e9tait possible de traiter les factions chr\u00e9tiennes comme des \u00e9coles doctrinales, pourquoi Celse a-t-il \u00e9vit\u00e9 cette approche lorsqu&#8217;il a critiqu\u00e9 les divisions au sein du christianisme? Une partie de la r\u00e9ponse d\u00e9coule de la propre notion d&#8217;\u00e9cole philosophique, comme nous l&#8217;avons vu avec Sextus Empiricus : les philosophes se regroupaient en \u00e9coles pour que ma\u00eetres et disciples aient de meilleures conditions pour pratiquer la r\u00e9flexion selon leurs propres m\u00e9thodes et modes de vie (HADOT, 2004, p. 150). Les participants d&#8217;une \u00e9cole pouvaient \u00e9ventuellement censurer le mode de vie d&#8217;autres \u00e9coles, mais ils savaient que leur mani\u00e8re de pratiquer la philosophie n&#8217;\u00e9tait pas la seule possible. Les chr\u00e9tiens, en revanche, pensaient exactement le contraire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;\u00e9v\u00eaque Ir\u00e9n\u00e9e de Lyon, qui \u00e9crivit le <em>Contre les H\u00e9r\u00e9sies<\/em> \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque o\u00f9 Celse publia son <em>Discours<\/em>, oppose la doctrine apostolique, qu&#8217;il professait, \u00e0 ce qu&#8217;il appelle la <em>fausse gnose<\/em>, c&#8217;est-\u00e0-dire les doctrines de Simon, M\u00e9nandre, Saturnin, Basilide, Marcion, Valentin, Carpocrate, C\u00e9rinthe, et tant d&#8217;autres : la foi orthodoxe, fond\u00e9e sur l&#8217;enseignement des ap\u00f4tres, transmise par la succession \u00e9piscopale et condens\u00e9e dans ce qu&#8217;on appelle la R\u00e8gle de la Foi, constituerait la <em>v\u00e9ritable gnose<\/em> ; tout autre enseignement chr\u00e9tien qui s&#8217;\u00e9cartait de cette norme n&#8217;\u00e9tait que mensonge. Justin aurait ajout\u00e9 mensonge \u00ab diabolique \u00bb, car, pour lui, les enseignements h\u00e9r\u00e9tiques \u00e9taient venus pour \u00ab diviser \u00bb (<em>diabolus<\/em> comme ce qui divise) ceux qui invoquent le Christ comme sauveur. Tertullien va dans la m\u00eame direction : les h\u00e9r\u00e9sies, comme des voies parall\u00e8les, d\u00e9tournent le fid\u00e8le de la foi simple de l&#8217;\u00c9vangile :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">o\u00f9 se termine la recherche? O\u00f9 est la demeure de la foi? O\u00f9 cessent les d\u00e9couvertes? Chez Marcion? Mais Valentin me dit aussi : <em>cherchez et vous trouverez<\/em>. Alors, chez Valentin? Maintenant, Apelle frappe \u00e0 ma porte. \u00c9bion, Simon et tous les autres, l&#8217;un apr\u00e8s l&#8217;autre, utilisent le m\u00eame artifice pour s&#8217;insinuer \u00e0 moi et m&#8217;attirer vers eux. Tant que j&#8217;entendrai de tous c\u00f4t\u00e9s <em>cherchez et vous trouverez<\/em>, je n&#8217;arriverai jamais \u00e0 la fin; on dirait que je n&#8217;ai jamais appris ce que le Christ a enseign\u00e9, ce qu&#8217;il convient de chercher, ce qu&#8217;il est n\u00e9cessaire de croire. (TERTULLIEN, 1957, p. 103-104)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9ticence de Justin, Ir\u00e9n\u00e9e et Tertullien \u00e0 admettre que Marcion, Valentin ou tout autre puissent avoir raison en ce qui concerne l&#8217;h\u00e9ritage de J\u00e9sus d\u00e9coule pr\u00e9cis\u00e9ment de la m\u00e9fiance qu&#8217;ils avaient envers les \u00e9coles philosophiques : si chacune con\u00e7oit la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 sa mani\u00e8re, comment trouver la V\u00e9rit\u00e9? Les P\u00e8res de l&#8217;\u00c9glise soutenaient que J\u00e9sus de Nazareth, \u00e0 travers sa vie et son \u00e9vangile, avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une connaissance publique (<em>exot\u00e9rique<\/em>), destin\u00e9e \u00e0 tous les hommes et femmes, qu&#8217;ils soient lettr\u00e9s ou illettr\u00e9s; et disaient que toutes les personnes, par la simplicit\u00e9 de la foi, pouvaient atteindre la connaissance parfaite du messie. Les ma\u00eetres gnostiques, quant \u00e0 eux, soutenaient une pr\u00e9misse oppos\u00e9e; pour eux, il fallait distinguer le contenu exot\u00e9rique de l&#8217;enseignement de J\u00e9sus de son contenu <em>\u00e9sot\u00e9rique<\/em>, c&#8217;est-\u00e0-dire r\u00e9serv\u00e9 et transmis uniquement au sein d&#8217;une caste sp\u00e9ciale de disciples (les gnostiques), qui \u00e9taient des personnes lettr\u00e9es et dot\u00e9es d&#8217;une science sup\u00e9rieure et, par cons\u00e9quent, se sentaient les seuls capables d&#8217;obtenir la connaissance parfaite (PI\u00d1ERO, 2010, p. 197-198).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 ce contraste, il semble que Celse avait plus raison qu&#8217;Orig\u00e8ne : les chr\u00e9tiens ne formaient pas des \u00e9coles, comme les philosophes, et, en fait, ils \u00e9taient divis\u00e9s en factions irr\u00e9conciliables. Les P\u00e8res pouvaient pr\u00e9tendre que ce sont les gnostiques qui se s\u00e9paraient de l&#8217;\u00c9glise une, mais les uns et les autres luttaient pour le m\u00eame troph\u00e9e. Les \u00e9bionites (jud\u00e9o-chr\u00e9tiens) consid\u00e9raient que l&#8217;ap\u00f4tre Paul \u00e9tait un \u00ab apostat de la loi \u00bb (IR\u00c9N\u00c9E DE LYON, 1995, p. 108), et l&#8217;auteur de l&#8217;<em>Apocalypse de Pierre<\/em> \u00e9tait convaincu que les catholiques avaient abandonn\u00e9 le juste suivi de J\u00e9sus et de Pierre, et \u00e9taient devenus des \u00ab propagateurs de la fausset\u00e9 \u00bb (ROBINSON, 1990, p. 474). Celse, qui voyait tout de l&#8217;ext\u00e9rieur, semble avoir saisi le c\u0153ur du probl\u00e8me, malgr\u00e9 son d\u00e9dain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9glises qui se rattachent \u00e0 la grande tradition des conciles \u0153cum\u00e9niques consid\u00e8rent l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie comme la n\u00e9gation des v\u00e9rit\u00e9s de la foi et, reprenant l&#8217;argument de Tertullien, affirment que l&#8217;orthodoxie est la premi\u00e8re, tandis que l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie est la seconde (DUBOIS, 2009, p. 47). Dans le d\u00e9bat th\u00e9ologique et la vie eccl\u00e9siale des deux premiers si\u00e8cles, ce n&#8217;\u00e9tait pas une \u00e9vidence s\u00fbre, du moins pas pour les groupes qui participaient alors au mouvement chr\u00e9tien (CHADWICK, 2001, p. 100).<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><strong>3 Nous, les n\u00f4tres et eux, les h\u00e9r\u00e9tiques<\/strong><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une grande partie des d\u00e9saccords entre les P\u00e8res et les ma\u00eetres gnostiques est due au fait que ces derniers, bien qu&#8217;affirmant qu&#8217;ils seuls d\u00e9tenaient la parfaite connaissance du Christ, restaient au sein des communaut\u00e9s catholiques, m\u00eal\u00e9s aux chr\u00e9tiens ordinaires. L\u00e0, ils se voyaient comme une \u00e9lite spirituelle, un groupe s\u00e9lect qui se distinguait des autres chr\u00e9tiens, y compris des clercs, parce qu&#8217;ils affichaient une instruction philosophique raffin\u00e9e et pratiquaient le c\u00e9libat \u2013 les ma\u00eetres gnostiques s&#8217;abstenaient du mariage car ils le voyaient comme une concession \u00e0 la carnalit\u00e9, interdite aux parfaits. Ir\u00e9n\u00e9e de Lyon les appelle encratites, et attribuait la condamnation du mariage \u00e0 un certain Tatien, ancien \u00e9l\u00e8ve de Justin, \u00e0 Rome (IR\u00c9N\u00c9E DE LYON, 1995, p. 111). Les P\u00e8res auraient-ils \u00e9t\u00e9 moins agac\u00e9s par les gnostiques, s&#8217;ils avaient quitt\u00e9 les \u00e9glises et fond\u00e9 leurs propres communaut\u00e9s? C&#8217;est une question pour laquelle il n&#8217;y a pas de r\u00e9ponse certaine, mais qui semble l\u00e9gitime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoi qu&#8217;il en soit, les ma\u00eetres n&#8217;\u00e9taient pas toujours en d\u00e9saccord avec leurs \u00e9v\u00eaques; Tertullien, par exemple, souligne que Valentin et Marcion \u00ab professaient la doctrine catholique au sein de l&#8217;\u00e9glise des Romains, sous l&#8217;\u00e9piscopat d&#8217;\u00c9leuth\u00e8re [174-189] \u00bb, et qu&#8217;ils travaillaient comme professeurs eccl\u00e9siastiques; Valentin, qui poss\u00e9dait des dons intellectuels et oratoires impressionnants, a presque \u00e9t\u00e9 \u00e9v\u00eaque (TERTULLIEN, 1957, p. 126). En pratique, les ma\u00eetres gnostiques agissaient comme le catholique Justin : ils instruisaient les fid\u00e8les qui cherchaient une connaissance philosophiquement plus approfondie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e (mort en 339), dans son <em>Histoire eccl\u00e9siastique<\/em>, nous offre un bon exemple de la mani\u00e8re dont ces groupes fonctionnaient au sein d&#8217;une \u00e9glise urbaine. \u00c0 Rome, un groupe d&#8217;hommes int\u00e9ress\u00e9s par l&#8217;\u00e9tude plus intense des \u00c9critures s&#8217;est rassembl\u00e9 autour d&#8217;un tanneur nomm\u00e9 Th\u00e9odote, pendant le pontificat de Victor (189-199). En plus d&#8217;\u00e9tudier les textes bibliques, et \u00e9ventuellement de les corriger, le groupe r\u00e9digeait ses propres commentaires et s&#8217;occupait de faire de nombreuses copies pour la distribution parmi les fid\u00e8les. En aucun cas Eus\u00e8be ne semble d\u00e9rang\u00e9 par l&#8217;existence de ce type d&#8217;initiative. Le probl\u00e8me r\u00e9side, pour lui et pour les autres P\u00e8res, dans le contenu de ces \u00e9crits et les m\u00e9thodes de ces \u00e9tudes. Pour l&#8217;instant, nous mettons en avant le d\u00e9vouement de ces hommes qui ne vivaient pas de l&#8217;\u00e9glise, bien qu&#8217;ils cherchaient \u00e0 vivre pour l&#8217;\u00e9glise, m\u00eame \u00e0 leur mani\u00e8re. L&#8217;un des membres du groupe \u00e9tait un banquier, qui finan\u00e7ait les d\u00e9penses du processus \u00e9ditorial et logistique, employant de nombreux copistes et collaborateurs (EUS\u00c8BE DE C\u00c9SAR\u00c9E, 2000, p. 274-278).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les compagnons de Th\u00e9odote, Eus\u00e8be ajoute encore d&#8217;autres \u00e9crivains, tels qu&#8217;Ascl\u00e9piade, Hermophile et Apollonias, auxquels il attribue \u00e9galement la paternit\u00e9 de livres sur l&#8217;ex\u00e9g\u00e8se biblique et la th\u00e9ologie; \u00e9videmment, ils n&#8217;\u00e9taient pas des chr\u00e9tiens conventionnels. Ils \u00e9taient lettr\u00e9s, habiles \u00e0 l&#8217;\u00e9criture et connaisseurs des textes chr\u00e9tiens et de ceux de la Bible h\u00e9bra\u00efque. Un \u00e9v\u00eaque aurait de bonnes raisons de se r\u00e9jouir d&#8217;avoir de telles personnes dans son \u00e9glise, car toute communaut\u00e9 eccl\u00e9siale est une communaut\u00e9 de lecteurs et de consommateurs de livres. Ceux-ci faisaient partie du quotidien eccl\u00e9sial, et se trouvaient partout, que ce soit dans la liturgie, la cat\u00e9ch\u00e8se ou les communications intereccl\u00e9siales. Le fait qu&#8217;il y ait des illettr\u00e9s parmi les fid\u00e8les n&#8217;emp\u00eachait pas l&#8217;acc\u00e8s aux livres, car les communaut\u00e9s, en plus de l&#8217;\u00e9v\u00eaque, des pr\u00eatres et des diacres, comptaient sur le minist\u00e8re des lecteurs, qui ne manquaient \u00e0 aucun acte liturgique. Les livres \u00e9taient tellement constitutifs de l&#8217;identit\u00e9 chr\u00e9tienne, que les gouverneurs imp\u00e9riaux, au cours du IIIe si\u00e8cle, ont ordonn\u00e9 la destruction des livres eccl\u00e9siastiques, car ils savaient que les assembl\u00e9es liturgiques en d\u00e9pendaient. D\u00e9truire les livres revenait \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer la fin de l&#8217;\u00e9glise elle-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, depuis la g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;Ignace d&#8217;Antioche (mort en 107), les \u00e9v\u00eaques se consid\u00e9raient comme des \u00ab sentinelles \u00bb du troupeau et comme des \u00ab contr\u00f4leurs \u00bb de la qualit\u00e9 doctrinale et morale de leur communaut\u00e9; c&#8217;\u00e9tait ce que signifiait le terme <em>\u00e9piskopos<\/em>, celui qui observe la communaut\u00e9, qui la surveille en vue de son contr\u00f4le. Les luttes doctrinales issues du Ier si\u00e8cle avaient d\u00e9j\u00e0 enseign\u00e9 aux premiers \u00e9v\u00eaques qu&#8217;il ne fallait pas s&#8217;assoupir. L&#8217;erreur h\u00e9r\u00e9tique s&#8217;infiltre subrepticement. Et depuis Paul de Tarse, l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie est l&#8217;enseignement qui diverge de l&#8217;opinion du pr\u00e9sident d&#8217;une communaut\u00e9. Ir\u00e9n\u00e9e, par exemple, consid\u00e9rait comme h\u00e9r\u00e9tiques ceux \u00ab qui parlent comme nous [les \u00e9v\u00eaques], mais pensent diff\u00e9remment de nous \u00bb et \u00ab enseignent diff\u00e9remment de nous \u00bb (IR\u00c9N\u00c9E DE LYON, 1995, p. 30); Tertullien, des d\u00e9cennies plus tard, rappelait que les ap\u00f4tres, dans leurs \u00e9p\u00eetres, avaient insist\u00e9 pour \u00ab que tous parlent de la m\u00eame chose et de mani\u00e8re identique, et qu&#8217;il n&#8217;y ait pas, dans l&#8217;\u00e9glise, de schismes et de dissensions, car que ce soit Paul, ou les autres ap\u00f4tres, tous ont pr\u00each\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re \u00bb (TERTULLIEN, 1957, p. 123). L&#8217;unanimit\u00e9 dans l&#8217;enseignement et la doctrine constituait l&#8217;un des piliers de l&#8217;orthodoxie : il ne s&#8217;agit pas seulement d&#8217;un param\u00e8tre visant \u00e0 assurer la qualit\u00e9 du message, mais qui implique \u00e9galement une profonde m\u00e9fiance \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du pluralisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;\u00e9tait le probl\u00e8me du groupe de Th\u00e9odote \u00e0 Rome; ils produisaient beaucoup de livres, mais chacun contenait une th\u00e9ologie diff\u00e9rente. Eus\u00e8be rapporte que, si quelqu&#8217;un comparait les exemplaires d&#8217;Ascl\u00e9piade avec ceux de Th\u00e9odote, il ne trouverait rien de commun entre eux, ce qui valait aussi pour Hermophile et Apollonias. On voit que le crit\u00e8re de la catholicit\u00e9 \u00e9tait tr\u00e8s actif, ici comme auparavant, chez Ir\u00e9n\u00e9e : s&#8217;il n&#8217;y a pas unanimit\u00e9 dans l&#8217;enseignement, on est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 un pas de l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie. De plus, ces auteurs aimaient interpr\u00e9ter les donn\u00e9es de la r\u00e9v\u00e9lation en s&#8217;appuyant sur la philosophie et la science hell\u00e9niques, notamment Aristote, Euclide, Th\u00e9ophraste et m\u00eame Galien, \u00ab qui est presque ador\u00e9 par certains d&#8217;entre eux \u00bb (EUS\u00c8BE DE C\u00c9SAR\u00c9E, 2000, p. 277).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9fiance chr\u00e9tienne envers la philosophie \u00e9tait aussi ancienne que la <em>Lettre aux Colossiens<\/em> (2,8), et m\u00eame lorsque des hommes comme Justin embrassaient la foi, ils cherchaient \u00e0 \u00eatre prudents : le salut survient par l&#8217;acte r\u00e9dempteur du messie, non par un acte de raison \u00e0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9. Cette m\u00e9fiance diminuerait et m\u00eame s&#8217;effacerait, momentan\u00e9ment, au cours du IIIe si\u00e8cle, avec la g\u00e9n\u00e9ration de Cl\u00e9ment d&#8217;Alexandrie et Orig\u00e8ne. Mais, au IIe si\u00e8cle, la philosophie d\u00e9rangeait encore, d&#8217;abord parce que les contemporains pa\u00efens prenaient facilement le christianisme pour une philosophie, et les pasteurs voulaient \u00e9viter cette confusion. Ensuite, parce que la philosophie, telle qu&#8217;elle \u00e9tait pratiqu\u00e9e \u00e0 ce moment-l\u00e0, supposait des communaut\u00e9s de lettr\u00e9s (les \u00e9coles), qui repr\u00e9sentaient une petite minorit\u00e9 \u00e9litiste, et les \u00e9glises voulaient \u00eatre ouvertes \u00e0 tous, lettr\u00e9s et illettr\u00e9s. L&#8217;h\u00e9r\u00e9siologue anonyme que cite Eus\u00e8be pour traiter de Th\u00e9odote insiste pour dire que ces hommes pr\u00e9f\u00e9raient les philosophes \u00e0 la parole de Dieu, c&#8217;est-\u00e0-dire qu&#8217;entre le donn\u00e9 de la raison et celui de la r\u00e9v\u00e9lation, c&#8217;\u00e9tait toujours la raison qui pr\u00e9dominait. Les communaut\u00e9s eccl\u00e9siales refusaient d&#8217;\u00eatre des \u00e9coles philosophiques : la foi qui sauve est simple, d\u00e9pourvue de raisonnements syllogistiques, d&#8217;abstractions conceptuelles et de calculs logiques. Tertullien a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 l&#8217;adversaire le plus ardent des philosophes, mais, en ce qui concerne la simplicit\u00e9 de la foi, il n&#8217;\u00e9tait pas seul.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais jusque-l\u00e0, les ma\u00eetres gnostiques vivaient encore parmi les chr\u00e9tiens ordinaires. Le probl\u00e8me est devenu insoutenable lorsque Th\u00e9odote, suivant la pens\u00e9e d&#8217;un certain Art\u00e9mon, a ni\u00e9 la divinit\u00e9 du Christ et l&#8217;a pr\u00e9sent\u00e9 comme un simple homme. Il ajoutait encore que la croyance en la divinit\u00e9 de J\u00e9sus \u00e9tait, en r\u00e9alit\u00e9, une invention r\u00e9cente, fruit d&#8217;une alt\u00e9ration de la foi apostolique, r\u00e9alis\u00e9e par le pape Victor, et accept\u00e9e comme v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 partir de son successeur, Z\u00e9phyrin (199-217) : ce n&#8217;\u00e9tait pas une petite affaire. Th\u00e9odote accusait le pape d&#8217;avoir corrompu les textes n\u00e9otestamentaires pour faire en sorte qu&#8217;ils attestent que J\u00e9sus \u00e9tait Dieu. Mais ce type d&#8217;accusation n&#8217;\u00e9tait-il pas fait justement par les \u00e9v\u00eaques \u2013 comme Ir\u00e9n\u00e9e \u2013 contre les gnostiques ? Ir\u00e9n\u00e9e affirmait que Marcion, par exemple, avait \u00e9limin\u00e9 les chapitres initiaux de l&#8217;<em>\u00c9vangile de Luc<\/em>, qui traitent de la naissance miraculeuse du messie, et qu&#8217;il avait interpol\u00e9 tous les passages o\u00f9 J\u00e9sus laissait entendre que son P\u00e8re \u00e9tait le Dieu cr\u00e9ateur du monde (que Marcion niait \u00eatre le Dieu supr\u00eame) (IR\u00c9N\u00c9E DE LYON, 1995, p. 109).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet \u00e9pisode, une fois de plus, \u00e9branle nos convictions empreintes d&#8217;essentialismes modernes. L&#8217;h\u00e9r\u00e9sie \u00e9tait le c\u00f4t\u00e9 perdant d&#8217;un jeu de forces; Victor a r\u00e9ussi \u00e0 vaincre parce que l&#8217;argument de Th\u00e9odote \u00e9tait faible. Apr\u00e8s tout, comme le rappelait bien l&#8217;h\u00e9r\u00e9siologue, n&#8217;importe qui pouvait consulter les exemplaires du Nouveau Testament, dispers\u00e9s dans les \u00e9glises, ou les trait\u00e9s christologiques plus anciens pour constater que Victor n&#8217;aurait pu rien alt\u00e9rer sans que d&#8217;autres \u00e9v\u00eaques ne le remarquent et sans l&#8217;approbation de tous. C&#8217;\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment cela le sens de la catholicit\u00e9 : partager une m\u00eame foi au sein d&#8217;un r\u00e9seau tr\u00e8s \u00e9tendu d&#8217;\u00e9glises, r\u00e9seau qui, \u00e0 ce si\u00e8cle-l\u00e0, couvrait l&#8217;\u00e9tendue du monde romain, et donnait d\u00e9j\u00e0 des signes de le transcender. Un \u00e9v\u00eaque seul ne faisait ni ne d\u00e9truisait la foi. Les gnostiques devaient se rappeler que la doctrine catholique \u00e9tait le consensus minimum pour atteindre le maximum.<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><strong>4 D\u00e9voiler et d\u00e9montrer l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie<\/strong><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Th\u00e9odote \u00e9tait un tanneur, c&#8217;est-\u00e0-dire un artisan, et il \u00e9tait aussi un philosophe amateur; il n&#8217;\u00e9tait pas membre de la hi\u00e9rarchie de l&#8217;\u00e9glise romaine, et son excommunication n&#8217;a pas \u00e9branl\u00e9 la stabilit\u00e9 de l&#8217;\u00e9glise ni l&#8217;autorit\u00e9 de son \u00e9v\u00eaque, au contraire, ce fut une le\u00e7on explicite montrant qu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait pas facile d&#8217;accuser un \u00e9v\u00eaque, m\u00eame lorsque l&#8217;on \u00e9tait assez populaire. Mais si un \u00e9v\u00eaque, gardien de la foi catholique et chef d&#8217;une \u00e9glise, venait \u00e0 d\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 la r\u00e8gle de la foi ? Qui l&#8217;accuserait d&#8217;h\u00e9r\u00e9sie ? Qui le condamnerait ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout le d\u00e9bat contre les gnostiques a renforc\u00e9, parmi les \u00e9v\u00eaques, la conscience de la communion intereccl\u00e9siale et du principe de la synodalit\u00e9. Des auteurs comme Ir\u00e9n\u00e9e, Tertullien, Hilaire et Orig\u00e8ne n&#8217;ont pas \u00e9crit pour leurs communaut\u00e9s locales, mais pour la Grande \u00c9glise, un r\u00e9seau d&#8217;\u00e9glises \u00e9piscopales qui, au tournant du IIIe au IVe si\u00e8cle, n&#8217;avait pas un seul centre, mais au moins deux, Rome et Alexandrie. On s&#8217;attendait \u00e0 ce que ces deux \u00e9glises, ou plut\u00f4t leurs \u00e9v\u00eaques, dirigent les processus eccl\u00e9siastiques devant avertir et corriger les \u00e9v\u00eaques suspects et punir les \u00e9v\u00eaques condamn\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ce moment-l\u00e0, l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie prend une nouvelle connotation, car si, auparavant, il \u00e9tait plus ou moins facile de d\u00e9signer l&#8217;h\u00e9r\u00e9tique comme un d\u00e9viant de la r\u00e8gle de foi, il \u00e9tait tr\u00e8s compliqu\u00e9 de qualifier un \u00e9v\u00eaque dans ces conditions. Un \u00e9v\u00eaque est plus qu&#8217;un professeur que l&#8217;on peut licencier, il est le dirigeant d&#8217;une communaut\u00e9 urbaine, \u00e9lu \u00e0 partir d&#8217;une base \u00e9lectorale qui pouvait repr\u00e9senter une petite foule de partisans, parmi lesquels des personnes politiquement importantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne les membres de la hi\u00e9rarchie, la discussion sur l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie prend une dimension \u00e9minemment politique, soit parce qu&#8217;un \u00e9v\u00eaque, b\u00e9n\u00e9ficiant d&#8217;un soutien politique, peut \u00e9chapper \u00e0 un proc\u00e8s eccl\u00e9siastique, soit parce qu&#8217;un \u00e9v\u00eaque, sans soutien politique, peut \u00eatre accus\u00e9 d&#8217;h\u00e9r\u00e9sie simplement comme excuse pour le destituer de son poste. C&#8217;est ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 un clerc nomm\u00e9 Paul de Samosate (mort en 275), \u00e9lu \u00e9v\u00eaque d&#8217;Antioche en 261 (CHADWICK, 2001, p. 166-169), environ un an apr\u00e8s que, dans cette m\u00eame ville, l&#8217;empereur Val\u00e9rien (253-260) ait \u00e9t\u00e9 vaincu et captur\u00e9 par l&#8217;Empire perse. Ce furent des ann\u00e9es tr\u00e8s difficiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec la d\u00e9faite romaine, la Syrie fit partie d&#8217;un royaume ind\u00e9pendant, bas\u00e9 \u00e0 Palmyre, dont la reine, Z\u00e9nobie (260-267), devint la pointe de lance d&#8217;un mouvement antiromain qui, au d\u00e9but, semblait tr\u00e8s fort, avec de r\u00e9elles chances de balayer le pouvoir imp\u00e9rial du Moyen-Orient, mais qui, en pratique, dura tr\u00e8s peu de temps. Ce fut la premi\u00e8re erreur de Paul de Samosate : d\u00e8s qu&#8217;il fut \u00e9lu \u00e9v\u00eaque, il d\u00e9cida de soutenir une reine \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, mais qui, du moins pendant un certain temps, le r\u00e9compensa tr\u00e8s bien, lui conf\u00e9rant le titre de ducenarius et lui versant un salaire \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se trouve que les \u00e9v\u00eaques qui formaient la catholicit\u00e9 chr\u00e9tienne, jusqu&#8217;\u00e0 ce moment-l\u00e0, pr\u00e9sidaient des \u00e9glises situ\u00e9es dans des villes appartenant \u00e0 l&#8217;Empire romain; en termes civils, les \u00e9v\u00eaques \u00e9taient des sujets de l&#8217;Empire, et tous consid\u00e9raient que c&#8217;\u00e9tait l&#8217;Empire qui garantissait, l\u00e9gitimement, l&#8217;ordre social, institutionnel et juridique, gr\u00e2ce \u00e0 ses structures \u00e9tatiques. Il n&#8217;y avait pas tr\u00e8s longtemps que N\u00e9ron avait martyris\u00e9 une centaine ou plus de chr\u00e9tiens (les protomartyrs romains), et Cl\u00e9ment (mort vers 100), un pr\u00eatre de Rome, \u00e9tait convaincu que cet empire, une miniature de l&#8217;univers, \u00e9tait la grande r\u00e9f\u00e9rence pour les \u00e9glises, surtout en ce qui concerne l&#8217;ordre, la discipline et la hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Antioche, par exemple, avait \u00e9t\u00e9 la capitale de la province romaine de Syrie jusqu&#8217;\u00e0 ce que Z\u00e9nobie prenne le pouvoir. La ville o\u00f9 les fid\u00e8les furent appel\u00e9s chr\u00e9tiens pour la premi\u00e8re fois (Ac 11, 26), \u00e9tait pass\u00e9e aux mains des antiromains et, pire encore, avait un \u00e9v\u00eaque ouvertement antiromain. Il est difficile de comprendre la v\u00e9ritable position de Paul, car, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&#8217;il divergeait politiquement de ses coll\u00e8gues, et parce qu&#8217;il recevait un salaire d&#8217;un \u00c9tat ennemi, il fut s\u00e9v\u00e8rement critiqu\u00e9; Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e, qui soutenait toujours l&#8217;Empire romain, consacre de nombreuses pages de son <em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em> pour relater les \u00e9v\u00e9nements, sans cacher combien Paul de Samosate \u00e9tait, d\u00e8s le d\u00e9but, un corrupteur de l&#8217;\u00e9piscopat et un danger pour l&#8217;\u00c9glise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon lui, Paul corrompait l&#8217;\u00e9piscopat en se servant de sa position de ducenarius pour afficher son pouvoir : dans une encyclique que les \u00e9v\u00eaques syriens envoy\u00e8rent aux \u00e9v\u00eaques de Rome et d&#8217;Alexandrie, il est dit que Paul se faisait transporter en liti\u00e8re, qu&#8217;il avait introduit des femmes dans la r\u00e9sidence \u00e9piscopale, qu&#8217;il s&#8217;asseyait sur une estrade qui ressemblait plus \u00e0 un tr\u00f4ne de magistrat qu&#8217;\u00e0 la chaise d&#8217;un \u00e9v\u00eaque, enfin, qu&#8217;il travaillait comme usurier. Et pour aggraver les choses, Paul lan\u00e7ait des attaques contre l&#8217;<em>establishment<\/em> \u00e9piscopal grec, l&#8217;accusant de condescendre avec Orig\u00e8ne qui, selon lui, pratiquait une mauvaise ex\u00e9g\u00e8se biblique et expliquait mal la nature du Verbe incarn\u00e9. Dans le proc\u00e8s intent\u00e9 contre Paul, on ne sait pas si ce qui irritait le plus les \u00e9v\u00eaques \u00e9tait son mode de vie princier ou les critiques qu&#8217;il adressait aux Grecs : la ville de Samosate, sur l&#8217;Euphrate, avait une population assyrienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9v\u00eaques ne se laiss\u00e8rent pas faire. Ils organis\u00e8rent des conciles pour le destituer et, n&#8217;y parvenant pas, ils firent appel aux \u00e9v\u00eaques sup\u00e9rieurs de Rome et d&#8217;Alexandrie. Il ne serait pas facile de destituer un \u00e9v\u00eaque s&#8217;il ob\u00e9issait fid\u00e8lement \u00e0 la r\u00e8gle de la foi; cependant, les \u00e9v\u00eaques disaient que Paul niait la divinit\u00e9 du Fils et enseignait que le Logos divin n&#8217;avait fait qu&#8217;inspirer J\u00e9sus, sans s&#8217;incarner v\u00e9ritablement. Ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 la question de savoir comment agir lorsqu&#8217;un \u00e9v\u00eaque devient h\u00e9r\u00e9tique. Comme nous l&#8217;avons vu dans le cas de Marcion et Cerdon, la peine que l&#8217;on pouvait appliquer \u00e9tait l&#8217;exclusion de l&#8217;\u00e9glise, mais cela \u00e9tait facile \u00e0 r\u00e9soudre lorsque le condamn\u00e9 \u00e9tait un la\u00efc ou un diacre ou m\u00eame un pr\u00eatre. La situation \u00e9tait totalement diff\u00e9rente pour un \u00e9v\u00eaque, dont la fonction reposait sur un pr\u00e9suppos\u00e9 th\u00e9ologique, d\u00e9fendu par Ignace d&#8217;Antioche, selon lequel l&#8217;\u00e9v\u00eaque \u00e9tait le vicaire de Dieu sur terre, et sans lequel rien ne pouvait se faire dans l&#8217;\u00e9glise (IGNACE D&#8217;ANTIOCHE, 1995, p. 92 ; 118).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bas\u00e9 sur l&#8217;indissolubilit\u00e9 du lien entre l&#8217;\u00e9v\u00eaque et son \u00e9glise, Paul de Samosate n&#8217;a pas accept\u00e9 la d\u00e9cision le destituant, bien qu&#8217;un nouvel \u00e9v\u00eaque ait \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 pour prendre sa place. C&#8217;est alors qu&#8217;il refusa de quitter la r\u00e9sidence \u00e9piscopale, propri\u00e9t\u00e9 de l&#8217;\u00e9glise. Il n&#8217;aurait pas pu soutenir sa position sans de bons (et influents) partisans parmi les membres de son troupeau. Peut-\u00eatre pour cette raison, il fit appel \u00e0 l&#8217;empereur romain Aur\u00e9lien, qui venait de r\u00e9tablir l&#8217;autorit\u00e9 sur la Syrie et de mettre fin au royaume de Palmyre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9cit d&#8217;Eus\u00e8be est d\u00e9taill\u00e9, mais pas tant que \u00e7a. On ne sait pas si Aur\u00e9lien \u00e9tait inform\u00e9 ou non que Paul avait \u00e9t\u00e9 un alli\u00e9 de Z\u00e9nobie, donc un tra\u00eetre \u00e0 Rome. Il est probable qu&#8217;il le savait, bien qu&#8217;un \u00e9v\u00eaque d\u00e9pos\u00e9 ne repr\u00e9sentait plus aucune menace. Quoi qu&#8217;il en soit, l&#8217;empereur accueillit la p\u00e9tition de Paul, qui sollicitait l&#8217;arbitrage imp\u00e9rial dans l&#8217;impasse concernant la r\u00e9sidence \u00e9piscopale : cependant, au lieu de prendre lui-m\u00eame la d\u00e9cision, Aur\u00e9lien transmit la demande \u00e0 l&#8217;\u00e9v\u00eaque de Rome, qui soutenait \u00e9videmment la d\u00e9position d\u00e9cid\u00e9e au synode de 268. Et Eus\u00e8be ajoute : \u00ab et c&#8217;est ainsi que le susmentionn\u00e9 Paul fut expuls\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise de la mani\u00e8re la plus honteuse par le pouvoir s\u00e9culier \u00bb (EUS\u00c8BE DE C\u00c9SAR\u00c9E, 2000, p. 387).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cas de Paul de Samosate, aussi singulier qu&#8217;il ait \u00e9t\u00e9 pour le IIIe si\u00e8cle, d\u00e9montre que l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie \u00e9tait devenue un m\u00e9canisme permettant \u00e0 l&#8217;\u00e9piscopat de r\u00e9guler sa propre institution, en exer\u00e7ant une pression sur les \u00e9v\u00eaques, individuellement ou en groupes, qui pour une raison quelconque, interpellaient leurs voix contre les opinions th\u00e9ologiques h\u00e9g\u00e9moniques, curieusement soutenues par des si\u00e8ges \u00e9piscopaux h\u00e9g\u00e9moniques, comme Alexandrie ou Rome. Sous l&#8217;\u00e9tiquette de consensus eccl\u00e9sial, on assiste \u00e0 un jeu de forces r\u00e9gionales, o\u00f9 l&#8217;\u00e9glise qui commande le plus ou qui est la plus riche parle le plus fort. L&#8217;h\u00e9r\u00e9sie \u00e9tait devenue ce que les \u00e9glises voulaient (ou avaient besoin) qu&#8217;elle soit et, en tant que telle, nous ne devons pas perdre de vue la complexit\u00e9 sociopolitique de l&#8217;histoire lorsque nous \u00e9tudions tout groupe condamn\u00e9 pour h\u00e9r\u00e9sie.<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><strong>5 H\u00e9r\u00e9sie comme question d&#8217;\u00c9tat<\/strong><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme nous venons de le voir, Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e s&#8217;est montr\u00e9 tr\u00e8s satisfait du d\u00e9nouement donn\u00e9 par un empereur pa\u00efen \u00e0 un conflit purement eccl\u00e9siastique, apr\u00e8s tout, comme il est \u00e9crit en Rm 13,4, le prince \u2013 ind\u00e9pendamment de sa croyance \u2013 est un instrument de Dieu pour punir ceux qui font le mal, et l&#8217;h\u00e9r\u00e9tique est une de ces personnes. Mais c&#8217;est Paul de Samosate qui a cherch\u00e9 l&#8217;arbitrage imp\u00e9rial, et il l&#8217;a fait en croyant que la d\u00e9cision synodale qui le destituait n&#8217;avait pas compl\u00e8tement respect\u00e9 ses droits. L&#8217;initiative de Paul \u00e9tait enti\u00e8rement conforme \u00e0 la loi. En effet, il existait deux voies possibles pour la r\u00e9solution des conflits entre civils, dans l&#8217;Empire romain : l&#8217;arbitrage extrajudiciaire, \u00e0 condition de respecter les proc\u00e9dures l\u00e9gales, et le processus judiciaire proprement dit, qui d\u00e9pendait des tribunaux et des magistrats publics.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l&#8217;arbitrage extrajudiciaire, il \u00e9tait permis au m\u00e9diateur de tenir compte de la l\u00e9gislation, de la jurisprudence et des coutumes locales, tandis que le proc\u00e8s judiciaire officiel devait suivre strictement les d\u00e9crets et d\u00e9cisions applicables \u00e0 tout l&#8217;empire. Si nous y pr\u00eatons attention, le synode antiochien de 268 a fonctionn\u00e9 comme un arbitrage non officiel, comme on le d\u00e9duit de ce passage d&#8217;Eus\u00e8be :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celui qui a le mieux convaincu [Paul] de dissimulation, apr\u00e8s avoir examin\u00e9 ses th\u00e9ories, fut Malchion, un homme \u00e9loquent, sophiste et pr\u00e9sident de l&#8217;enseignement de la rh\u00e9torique dans les \u00e9coles hell\u00e9niques d&#8217;Antioche, en plus d&#8217;\u00eatre honor\u00e9 du presbyt\u00e9rat dans la communaut\u00e9 de cette ville, en raison de la puret\u00e9 extraordinaire de sa foi en Christ. Il a engag\u00e9 une dispute contre Paul, tandis que des st\u00e9nographes la consignaient, et nous savons que les annotations sont parvenues jusqu&#8217;\u00e0 nous (&#8230;). (EUS\u00c8BE DE C\u00c9SAR\u00c9E, 2000, p. 381-382)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tant que sophiste et orateur, Malchion \u00e9tait un professionnel qualifi\u00e9 pour arbitrer un litige judiciaire, et il a suivi les protocoles : l&#8217;accus\u00e9 et les accusateurs ont \u00e9t\u00e9 entendus, les t\u00e9moignages enregistr\u00e9s, le proc\u00e8s d\u00fbment mont\u00e9. Dans ces conditions, Malchion pouvait rendre sa d\u00e9cision, qui serait ratifi\u00e9e par les magistrats et aurait une validit\u00e9 juridique. Pour qu&#8217;un arbitrage extrajudiciaire soit officiellement reconnu, il \u00e9tait n\u00e9cessaire que les parties impliqu\u00e9es soient d&#8217;accord sur le choix de l&#8217;arbitre : Malchion \u00e9tait pr\u00eatre de l&#8217;\u00e9glise o\u00f9 Paul \u00e9tait \u00e9v\u00eaque, de plus, il jouissait d&#8217;une bonne r\u00e9putation. Il remplissait toutes les conditions requises pour la fonction qu&#8217;il exer\u00e7ait et, certainement, Paul avait confiance en sa capacit\u00e9. Cependant, le verdict n&#8217;a pas plu \u00e0 l&#8217;\u00e9v\u00eaque. C&#8217;\u00e9tait son droit, en tant que citoyen, de faire appel au tribunal formel pour voir si cette autre instance pouvait inverser le r\u00e9sultat. Et c&#8217;est ce qu&#8217;il a fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cas particulier de Paul de Samosate marque un tournant important dans la mani\u00e8re dont les \u00e9glises ont commenc\u00e9 \u00e0 traiter les h\u00e9r\u00e9sies, c&#8217;est-\u00e0-dire en les transformant en une question judiciaire et, par cons\u00e9quent, en une affaire d&#8217;\u00c9tat. Ce changement a entra\u00een\u00e9 au moins deux \u00e9volutions significatives : la premi\u00e8re est la participation croissante de professionnels du droit, comme Malchion, dans les d\u00e9bats sur l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie et, gr\u00e2ce \u00e0 ces professionnels, le langage juridique-rh\u00e9torique est devenu r\u00e9current dans la r\u00e9daction des textes d&#8217;accusation et de d\u00e9fense, influen\u00e7ant le propre vocabulaire th\u00e9ologique. Le deuxi\u00e8me changement concerne la m\u00e9diation directe de l&#8217;\u00c9tat dans la d\u00e9lib\u00e9ration doctrinale et la conclusion des d\u00e9bats. Or, le pouvoir public ne s&#8217;immis\u00e7ait pas dans les questions particuli\u00e8res \u00e0 moins d&#8217;y \u00eatre requis, et, depuis Paul de Samosate, les \u00e9v\u00eaques ont commenc\u00e9 \u00e0 recourir \u00e0 ce proc\u00e9d\u00e9, soit pour d\u00e9noncer des h\u00e9r\u00e9tiques, soit pour se d\u00e9fendre de l&#8217;accusation d&#8217;h\u00e9r\u00e9sie (HUMFRESS, 2007, p. 260-268).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;ardeur anti-h\u00e9r\u00e9tique que nous observons chez Ir\u00e9n\u00e9e et Tertullien a seulement chang\u00e9 de place; dans leur z\u00e8le pour \u00e9radiquer l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie, les \u00e9v\u00eaques ont ouvert les portes de leurs \u00e9glises pour que l&#8217;\u00c9tat fasse ce qu&#8217;ils n&#8217;arrivaient pas \u00e0 r\u00e9soudre eux-m\u00eames. Pour les \u00e9v\u00eaques, c&#8217;\u00e9tait un prix qu&#8217;il valait la peine de payer. Il se trouve que l&#8217;\u00c9tat ne fonctionne pas comme une \u00e9glise, m\u00eame si l&#8217;\u00e9glise a clairement adopt\u00e9 des expressions \u00e9tatiques depuis au moins le IIe si\u00e8cle. Pour que le pouvoir public intervienne dans les questions eccl\u00e9siales, les clercs devaient adapter les demandes th\u00e9ologiques aux proc\u00e9dures juridiques et permettre \u00e0 l&#8217;\u00c9tat d&#8217;adapter le langage th\u00e9ologique aux cat\u00e9gories l\u00e9gales. L&#8217;h\u00e9r\u00e9sie est devenue une infraction juridiquement imputable et, par cons\u00e9quent, passible de sanctions coercitives. Les \u00e9v\u00eaques \u00e9taient contents; pendant un moment, il semblait qu&#8217;ils disposeraient de plus de moyens pour r\u00e9primer les h\u00e9r\u00e9tiques. Il se trouve qu&#8217;avant un jugement formel, personne ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 coupable, et ainsi les pr\u00e9tendus h\u00e9r\u00e9tiques pouvaient aussi mobiliser les tribunaux civils contre les orthodoxes. Une longue lutte judiciaire commen\u00e7ait, dans laquelle l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie restait en suspens jusqu&#8217;\u00e0 ce que le magistrat l&#8217;attribue \u00e0 l&#8217;une des parties en conflit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En l&#8217;an 313, les \u00e9v\u00eaques donatistes d&#8217;Afrique du Nord ont fait appel \u00e0 l&#8217;empereur Constantin, demandant qu&#8217;il r\u00e9vise la d\u00e9cision du concile de Rome, qui les avait condamn\u00e9s. Constantin a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 faire comme Aur\u00e9lien, et privil\u00e9gier l&#8217;opinion des \u00e9v\u00eaques catholiques, dirig\u00e9s par le pape Miltiade. Non satisfaits, les donatistes ont commenc\u00e9 une s\u00e9rie de protestations qui ont oblig\u00e9 l&#8217;empereur \u00e0 convoquer un synode d&#8217;\u00e9v\u00eaques occidentaux, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 Arles, en 314. Le cas donatiste a clairement montr\u00e9 \u00e0 Constantin qu&#8217;un schisme collectif pouvait signifier des troubles civils difficilement contr\u00f4lables et tr\u00e8s co\u00fbteux pour le tr\u00e9sor public ; il fallait r\u00e9soudre la situation, et c&#8217;est pour cela que le concile a \u00e9t\u00e9 r\u00e9uni. Lors de celui-ci, le donatisme a \u00e9t\u00e9 formellement condamn\u00e9 comme h\u00e9r\u00e9sie, et le r\u00e9sultat a pris force juridique ; sur cette base, Constantin, en 317, a ordonn\u00e9 la suppression de l&#8217;\u00c9glise donatiste, la confiscation des biens eccl\u00e9siaux et l&#8217;emprisonnement de ses \u00e9v\u00eaques (IRVIN ; SUNQUIST, 2004, 317).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, ce qui semblait \u00eatre la victoire de la catholicit\u00e9 s&#8217;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 beaucoup plus fragile. La loi peut d\u00e9finir l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie comme un d\u00e9lit, mais l&#8217;interpr\u00e9tation jurisprudentielle de la loi, la rapidit\u00e9 des proc\u00e8s et la port\u00e9e des verdicts d\u00e9pendent de l&#8217;\u00e9tat du syst\u00e8me judiciaire, de la position des magistrats et de la capacit\u00e9 de pression politique exerc\u00e9e par les parties. En d&#8217;autres termes, pour que le processus fonctionne, il fallait que les autorit\u00e9s publiques aient la volont\u00e9 d&#8217;agir. Augustin d&#8217;Hippone (mort en 354), qui s&#8217;est activement impliqu\u00e9 dans le d\u00e9bat donatiste, a laiss\u00e9 transpara\u00eetre dans ses \u00e9crits comment la judiciarisation de l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie pouvait aboutir \u00e0 des mesures peu efficaces. Les \u00e9v\u00eaques catholiques pouvaient \u00e9ventuellement \u00eatre favoris\u00e9s par la bienveillance imp\u00e9riale, mais jusqu&#8217;\u00e0 quand ? Ils ont rapidement compris que la bienveillance d&#8217;un dirigeant pouvait facilement changer de direction. Et pour la maintenir de leur c\u00f4t\u00e9, les \u00e9v\u00eaques ont d\u00fb apprendre \u00e0 n\u00e9gocier avec les magistrats et les autorit\u00e9s publiques comme toute autre personne influente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autrefois, il fallait convaincre les h\u00e9r\u00e9tiques de leur h\u00e9r\u00e9sie, maintenant les \u00e9v\u00eaques devaient aussi convaincre les magistrats, mais, dans ce cas, le pur argument ne suffisait pas toujours. Des accords et des concessions \u00e9taient in\u00e9vitables et avaient des cons\u00e9quences. Le concile de Nic\u00e9e, par exemple, a d\u00e9fini l&#8217;orthodoxie trinitaire, mais ce qui a suivi le concile fut une s\u00e9rie de d\u00e9faites pour les orthodoxes et l&#8217;ascension des h\u00e9r\u00e9tiques, qui ont convaincu l&#8217;empereur Constance II (337-361) de rechercher une conciliation. Lorsque l&#8217;\u00c9tat d\u00e9finit l&#8217;orthodoxie, les termes de la foi deviennent une mati\u00e8re de n\u00e9gociation politique, tout autant que le texte de la loi. L&#8217;intransigeance doctrinale peut continuer \u00e0 enflammer certains \u00e9v\u00eaques, mais ils savent que sans compromis politique et une certaine dose de flatterie, l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie continuera d&#8217;\u00eatre une option pour les m\u00e9contents et les dissidents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme nous l&#8217;avons vu jusqu&#8217;ici, toute la question de l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie se pr\u00e9sente comme un jeu de forces entre des groupes divergents mus par la conviction qu&#8217;il ne peut y avoir qu&#8217;une seule vraie foi. La judiciarisation de l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie a montr\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00c9tat que ces diff\u00e9rences th\u00e9ologiques cachaient des fissures sociales, culturelles et ethniques qui refl\u00e9taient l&#8217;Empire romain lui-m\u00eame, dans sa vaste pluralit\u00e9 culturelle. Les chr\u00e9tiens peuvent d\u00e9fendre que leur doctrine est, en th\u00e9orie, universelle, cependant, leurs communaut\u00e9s sont des segments de populations locales, \u00e9tablies sur des terrains particuliers, o\u00f9 le pass\u00e9, la langue, les conditions \u00e9conomiques deviennent des filtres catalyseurs pour que la foi universelle y prenne racine. L&#8217;orthodoxie implique n\u00e9cessairement le dialogue ou le d\u00e9bat avec et entre les cultures de la m\u00eame mani\u00e8re que l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie peut exprimer la x\u00e9nophobie et le pr\u00e9jug\u00e9 racial. L&#8217;invention des conciles \u0153cum\u00e9niques, comme politique d&#8217;\u00c9tat, montre \u00e0 quel point l&#8217;orthodoxie peut \u00eatre fragile, car elle r\u00e9sulte de l&#8217;\u00e9quilibre entre r\u00e9gionalismes, dont le capital politique est toujours asym\u00e9trique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis le Concile de Nic\u00e9e, en 325, l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie n&#8217;a \u00e9t\u00e9 qu&#8217;une des nombreuses armes utilis\u00e9es par les \u00e9v\u00eaques dans leurs incessantes &#8220;guerres pour J\u00e9sus&#8221; (JENKINS, 2013), guerres men\u00e9es par des clercs mais parrain\u00e9es par l&#8217;\u00c9tat. Les empereurs pouvaient, en fait, essayer de m\u00e9diatiser les conflits entre les diff\u00e9rentes \u00e9glises, en excluant les h\u00e9r\u00e9tiques et en promulguant l&#8217;orthodoxie. Cependant, la recherche de la foi correcte \u00e9tait, en soi, une activit\u00e9 de silencier les voix qui n&#8217;int\u00e9ressent pas le pouvoir et d&#8217;amplifier les voix qui l&#8217;int\u00e9ressent. C&#8217;est ce qui s&#8217;est pass\u00e9, par exemple, au Concile de Chalc\u00e9doine, en 451 : les d\u00e9fenseurs de la nature unique du Christ, appel\u00e9s miaphysites ou monophysites, et qui \u00e9taient \u00e9gyptiens, syriens, arm\u00e9niens, m\u00e9sopotamiens, ont \u00e9t\u00e9 simplement ignor\u00e9s par le courant dominant \u00e9piscopal gr\u00e9co-latin, repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9poque par la christologie du pape L\u00e9on le Grand (440-461) et par les \u00e9v\u00eaques align\u00e9s avec l&#8217;imp\u00e9ratrice Pulch\u00e9rie (m. 453).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9saccord de Chalc\u00e9doine nous montre comment les d\u00e9bats th\u00e9ologiques r\u00e9sultent en r\u00e9alit\u00e9 de probl\u00e8mes sociaux, ethniques et politiques. Le monde romain pouvait former un seul empire, mais il n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 plus qu&#8217;un kal\u00e9idoscope de diff\u00e9rences qui, en temps de paix, \u00e9taient facilement g\u00e9r\u00e9es, mais, en temps de crise, se r\u00e9v\u00e9laient tr\u00e8s aigu\u00ebs. Le Ve si\u00e8cle est c\u00e9l\u00e8bre pour \u00eatre le moment final de l&#8217;unit\u00e9 romaine : en 476 disparaissait le dernier empereur romain d&#8217;Occident, laissant l\u00e0 des centaines d&#8217;\u00e9glises catholiques et des dizaines d&#8217;\u00e9glises ariennes, comme \u00e0 Ravenne et Tol\u00e8de. En Orient, l&#8217;empire a continu\u00e9, mais sans la m\u00eame coh\u00e9sion. L&#8217;\u00c9gypte et la Syrie, les r\u00e9gions \u00e9conomiquement les plus productives et donc les plus riches, abritaient les populations chr\u00e9tiennes antichalc\u00e9doniennes, pers\u00e9cut\u00e9es par l&#8217;\u00c9tat romain, orthodoxe et chalc\u00e9donien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pers\u00e9cution des h\u00e9r\u00e9tiques antichalc\u00e9doniens n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 une bonne politique d&#8217;\u00c9tat, car les sujets qui, \u00e0 cause de l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie, se sentent diminu\u00e9s par le r\u00e9gime ne sont g\u00e9n\u00e9ralement pas tr\u00e8s fid\u00e8les \u00e0 celui-ci. Lorsque l&#8217;Empire islamique a \u00e9merg\u00e9 en M\u00e9diterran\u00e9e, apportant la proposition de prot\u00e9ger ceux qui signeraient des trait\u00e9s de paix, les antichalc\u00e9doniens syriens et \u00e9gyptiens n&#8217;ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer que le moment \u00e9tait venu de se venger des h\u00e9r\u00e9tiques chalc\u00e9doniens. Ils ont accept\u00e9 que le califat islamique remplace le basileus h\u00e9r\u00e9tique et ont commenc\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer que l&#8217;ascension de l&#8217;islam \u00e9tait une juste punition divine pour l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie chalc\u00e9donienne. Nous revenons \u00e0 Celse. En termes historiques, l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie est un dispositif qui d\u00e9limite le champ de l&#8217;autorit\u00e9 et justifie la violence et l&#8217;intol\u00e9rance contre ceux qui ne se soumettent pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Andr\u00e9 Miatello. <\/em>UFMG\/FAJE (Br\u00e9sil). Texte original en portugais. Soumis : 20\/08\/2021. Approuv\u00e9 : 25\/10\/2021. Publi\u00e9 : 30\/12\/2021.<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">ALTANER, B.; STUIBER, A. <em>Patrologie<\/em>. Vie, \u0152uvres et Doctrine des P\u00e8res de l&#8217;\u00c9glise. Trad. Monjas Beneditinas. 3e \u00e9d. S\u00e3o Paulo : Paulus, 2004.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CHADWICK, H. <em>The Church in Ancient Society.<\/em> From Galilee to Gregory the Great. Oxford : Clarendon Press, 2001.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DUBOIS, J.-P. Pol\u00e9miques, pouvoir et ex\u00e9g\u00e8se : l&#8217;exemple des gnostiques anciens dans le monde grec. In : ZERNER, M. (Ed.). <em>Inventer l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie ?<\/em> Discours pol\u00e9miques et pouvoirs avant l&#8217;Inquisition. Trad. N\u00e9ri de Barros Almeida et al. Campinas : Editora Unicamp, 2009. p. 39-55.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">EMPIRICO, S. Hypotyposes Pyrrhoniennes Livre I (traduction de Danilo Marcondes). <em>Ce qui nous fait penser<\/em> : Cahiers du D\u00e9partement de Philosophie de la PUC-Rio, vol. 9, n\u00b0 12, p. 115-122, juin 1997.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">EUS\u00c8BE DE C\u00c9SAR\u00c9E. <em>Histoire Eccl\u00e9siastique.<\/em> Trad. Monjas Beneditinas do Mosteiro de Maria M\u00e3e de Cristo. S\u00e3o Paulo : Paulus, 2000.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">HADOT, P. <em>Qu&#8217;est-ce que la philosophie antique ?<\/em> Trad. Dion Davi Macedo. S\u00e3o Paulo : Loyola, 2004.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">HUMFRESS, C. <em>Orthodoxy and the Courts in Late Antiquity<\/em>. Oxford : Oxford University Press, 2007.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">IR\u00c9N\u00c9E DE LYON. Contre les H\u00e9r\u00e9sies. D\u00e9nonciation et r\u00e9futation de la fausse gnose. Trad. Louren\u00e7o Costa. 2e \u00e9d. S\u00e3o Paulo : Paulus, 1995.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">IRVIN, D.; SUNQUIST, S. <em>Histoire du mouvement chr\u00e9tien mondial.<\/em> vol. 1. Trad. Jos\u00e9 Raimundo Vidigal. S\u00e3o Paulo : Paulus, 2004.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">JENKINS, Ph. <em>Guerres Saintes.<\/em> Comment 4 Patriarches, 3 reines et 2 empereurs ont d\u00e9cid\u00e9 en quoi les chr\u00e9tiens croiraient pour les 1 500 prochaines ann\u00e9es. Trad. Carlos Szlak. Rio de Janeiro : LeYa, 2013.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">JOSEPH, F. <em>Antiquit\u00e9s Juives<\/em>. Livres XII-XX. \u00c9dition de Jos\u00e9 Vara Donado. Madrid : Akal, 1997.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">JOSEPHUS, F. <em>The Whole Genuine Works of Flavius Josephus<\/em>. Trad. William Whiston. vol. III. Londres : Blackie and Son, 1865.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">JUSTIN DE ROME. <em>I et II Apologies, Dialogue avec Tryphon<\/em>. Trad. Ivo Storniolo; Euclides Balancin. S\u00e3o Paulo : Paulus, 1995.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MINNS, D. Irenaeus of Lyons. In : PARRY, K. (Ed.). <em>The Wiley Blackwell Companion to Patristics<\/em>. Oxford : John Wiley &#038; Sons, 2015. p. 71-84.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ORIG\u00c8NE. <em>Contre Celse<\/em>. Trad. Orlando Reis. S\u00e3o Paulo : Paulus, 2004.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">IGNACE D&#8217;ANTIOCHE. <em>P\u00e8res Apostoliques.<\/em> Trad. Ivo Storniolo; Euclides Balancin. S\u00e3o Paulo : Paulus, 1995.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PI\u00d1ERO, A. La Gnose. In : ALVAR, J. et al (Ed.). <em>Christianisme Primitif et Religions Myst\u00e9riques<\/em>. 3e \u00e9d. Madrid : C\u00e1tedra, 2010. p. 197-225.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ROBINSON, J. <em>The Nag Hammadi Library in English<\/em>. New York : HarperCollins, 1990.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">TERTULLIEN. <em>Trait\u00e9 de la Prescription contre les H\u00e9r\u00e9tiques<\/em>. Introduction, texte critique, et notes de R. F. Refoul\u00e9. Trad. P. De Labriolle. Paris : \u00c9ditions du Cerf, 1957.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sommaire 1 D\u00e9finition conceptuelle 2 Chemins irr\u00e9conciliables 3 Nous, les n\u00f4tres et eux, les h\u00e9r\u00e9tiques 4 D\u00e9voiler et d\u00e9montrer l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie 5 L&#8217;h\u00e9r\u00e9sie comme question d&#8217;\u00c9tat 1 D\u00e9finition conceptuelle L&#8217;h\u00e9r\u00e9sie d\u00e9rive de hairesis [\u03b1\u1f35\u03c1\u03b5\u03c3\u03b9\u03c2], un mot grec provenant du verbe hair\u00e9o [\u03b1\u1f31\u03c1\u03ad\u03c9], qui a trois principales classes de signification : la premi\u00e8re indique l&#8217;action de prendre, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1131],"tags":[],"class_list":["post-3330","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire-de-la-theologie-et-du-christianisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3330","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3330"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3330\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3342,"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3330\/revisions\/3342"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3330"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3330"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/teologicalatinoamericana.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3330"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}